II LA SCULPTURE
L'œuvre du sculpteur complétait celle de l'architecte. Alors que, dans certains temples, comme à Egine et à Olympie, la part faite à la sculpture décorative est limitée, au
(1) L. Magne, Le Parthénon, p. 4ç)-5o. Il n'y a pas non plus de canal d'écoulement, dans le sol de la cella, au-temple d'Aphaia à Egine. Furtvva3ngler se refuse à croire qu'il fût hypèthre (JEgina, p. 4i).
Parthénon Phidias avait livré à ses collaborateurs non seulement la totalité de l'espace que comporte l'ordonnance dorique, mais encore un champ très vaste ajouté par surcroît, celui de la frise empruntée à L'ordre ionique. Ainsi, au dehors, une ceinture de métopes coupées par les triglyphes, deux frontons, c'est-à-dire tout ce (pie les règles de l'architecture réservent à la décoration sculpturale; sous le péristyle, une frise continue, enveloppant ce (pie nous avons pu appeler le temple intérieur, telle est, dans le monument d'Ictinos, la place très large et exceptionnelle réservée à la sculpture décorative.
Est-il besoin de rappeler longuement ce qui a été si souvent observé, à savoir l'étroite relation qui apparaît entre les sujets traités par les sculpteurs et la destination du monument (î)i' De près ou de loin, tout évoque le souvenir de la déesse qui l'habite. Les métopes redisent les légendes qui la glorifient, la Gigantomachie où elle a combattu au premier rang, les scènes qui rappellent la fondation de son culte, les luttes où Thésée, son protégé, joue un rôle important, le combat contre les Amazones et la Centauromachie. Les frontons proclament le miracle de sa naissance, et cet autre miracle, l'apparition de l'olivier surgissant sous son coup de lance, prodige par lequel elle fait sienne la terre d'Attique en la dotant d une de ses principales richesses. Enfin, comme une parure plus discrète et plus intime, la frise des Panathénées déroule autour du sanctuaire ses reliefs où Ton voit la cité tout entière célébrant la fête solennelle de la déesse Poliade. Nulle part peut-être Fart grec n'a plus complètement réalisé, par l'unité de la conception, par l'accord harmonieux entre l'architecture et la sculpture, la pensée qui fait du temple la véritable demeure de la divinité.
(1) G. Perrot, La Sculpture dans le temple grec, Mélanges Weil, p. 355-383; Lec.h.vt, Phidias, p. 90-91 ; Petersen, Die liurgttmpel dtr Athenaia, p. 53.
EES METOPES
Quatre-vingt-douze métopes sculptées, au nombre de trente-deux sur les faces latérales, de quatorze sur chaque façade, alternaient avec les triglyphes sur la frise de l'entablement. Aucun autre temple dorique n'offre une décoration aussi complète. Haute de im34, en comprenant le listel supérieur qui la relie à la corniche, chaque métope offrait au sculpteur un champ presque carré, mesurant im 20 de hauteur sur im 27 de largeur. Ainsi placées sous la forte saillie du larmier, cernées sur les côtés par les profondes cannelures des triglyphes, les métopes faisaient vraiment corps avec l'architecture, à laquelle elles venaient ajouter un accent de vigueur. Aussi sont-elles traitées comme des hauts-reliefs, la saillie des figures atteignant jusqu'à 1 5 centimètres. Ces tableaux de dimensions uniformes offrant un champ très morcelé, le problème à résoudre était de découper pour ainsi dire, dans une suite d'épisodes, des scènes à deux personnages, d'éviter cependant la monotonie et de soutenir l'attention par la variété des attitudes et des mouvements. Pour apprécier comment les collaborateurs de Phidias avaient su triompher de la difficulté, nous ne disposons malheureusement que d'un nombre restreint de métopes conservées. Les autres ont cruellement souffert des dégradations que leur ont infligées les Turcs, ou ont disparu dans l'explosion de 1687 (1).
(1) Pour les métopes en général, voir : Michaeus, Der Parthenon, p. 127-151, pi. 3-5; Petersen, Die Kunst des Pheidias am Parthenon und zu Olympia, p. 201-235; G. Robert, Arch. Zeitung, i884, p. 47 et suiv. ; notre Histoire de la sculpture grecque, II, p. 8-18; Murray, The Sculptures of the Parthenon, p. 53-82, pi. X-XII ; Klein, Geschichte der griech. Kunst, II, p. 75-So; Peter Hertz, Parthenons Kvindefigurer, p. 6-54, Copenhague, ujo5 ; A.-H. Smith, Guide 10 the Sculptures of the Parthenon, 1908, p. 47-62; Lechat, Phidias; p. 90-94 ; A.-H. Smith, The Sculptures of the Parthenon, p. 28-49, pi. i6-25 et 26-29, où sont réunis les fragments.
Sur la façade orientale, les métopes sont encore en place, mais misérablement mutilées (1). Toutefois, le thème général, à savoir un combat entre deux adversaires, la présence de chars et de personnages féminins, permettent d'y reconnaître avec toute vraisemblance une Gigantomachie. Tel était le sujet du fronton oriental dans FHécatompédon des Pisistratides. et Ton s'explique aisément que Phidias l'ait repris pour en décorer la façade principale du Parthénon, le combat des dieux contre les géants ayant valu à Athéna Yaristt ion, le prix de la vaillance. Seulement, ici, la Gigantomachie a pour ainsi dire passé au second plan, laissant la place d'honneur, celle du fronton, à l'épisode de la naissance de la déesse. Pour l'identification des scènes, ces métopes martelées présentent souvent des énigmes indéchiffrables. Voici cependant les hypothèses les plus plausibles. En partant de l'angle sud-est. c'est-à-dire de la gauche, on distingue Hermès et Dionysos, ce dernier escorté de sa panthère familière; Ares, Héra, le char de Zens conduit par une femme, probablement Iris, puis le dieu lui-même terrassant un géant. Comme il convient, Athéna ligure au centre de la composition. C'est son char qu'on voit, sur la métope VII, attelé de deux chevaux ailés dont un seul est conservé, et ainsi le rapprochement s'impose avec la frise du Trésor dit des Cnidiens, à Delphes, où les chevaux de son char sont également munis d'ailes (2). La femme (pli guide le char est peut-être Aglaure, et la déesse apparaît dans la métope suivante, armée d'un bouclier. Viennent ensuite Héraclès suivi de son char guidé par Iolaos, Apollon, Artémis combattant, le bras gauche protégé
(1) Les dessins de ces métopes ont été publiés par de Laborde, Le Parthénon, pi. 71. Le British Muséum possède les dessins où Feodor, un des dessinateurs de lord Klgin, a essayé de les restituer. A.-H. Smith, The Sculptures of the Parthénon, |>. 37-4o, fig. 67 a, 74 a.
(2) Homolle, Fouilles de Delphes, pi. VII-VIII. Cf. Lechat, Revue des Etudes anciennes, XI, 1909, p. 129 et suiv.
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