L. Buste d'Athéna
M. Torse de Poséidon (British Muséum et Musée de l'Acropole.
FRONTON OUEST
Tête de Laborde (Paris.)
FRONTON EST
par son manteau, Poséidon, et le char du dieu que conduit Ampliitrite (1).
Comme celles de la façade orientale, les métopes de la façade ouest, encore en place, ont subi des mutilations qui ne laissent parfois entrevoir que le contour des figures (2). Des scènes de combat, où alternent, suivant un rythme très régulier, un personnage à cheval, victorieux d'un adversaire tombé (3), et deux personnages à pied, dont l'un semble armé à la grecque et porte un bouclier, voilà ce qu'on peut y reconnaître. Suivant l'explication généralement acceptée, le sculpteur aurait représenté ici la lutte des Grecs contre les Amazones, c'est-à-dire un de ces thèmes courants de la sculpture monumentale qu'on retrouve dans la frise du temple de Phigalie et dans celle du Mausolée d'Halicarnasse. Rappelons-nous cependant la légende attique qui attribue à Thésée, le héros cher à Athéna, l'honneur d'avoir repoussé l'assaut livré à l'Acropole par les guerrières asiatiques (4). Au Parthénon, une Amazonomachie trouvait sa place autrement que comme un sujet de remplissage. Les métopes de l'ouest disaient la gloire de Thésée, comme celles de l'est retraçaient les exploits guerriers d'Athéna, sa protectrice.
Il est fort probable que, dans le projet primitif, l'unité des sujets devait être respectée sur les faces latérales. Au sud, une Centaiiromachie ; au nord, des scènes relatives à la
(1) On discutera longtemps encore sur ces identifications. Récemment, une nouvelle explication a été proposée par M. Studniczka. Les divinités se succéderaient dans l'ordre suivant : Hermès, Dionysos, Ares, Athéna, Ampliitrite, Poséidon, Héra conduisant le char ailé de Zeus, plus loin Zeus, Apollon, Aphrodite guidant son char, Éros, Artémis, Héphaistos, et enfin le char de la Nuit (Neue Jahrbiicher fur Mass. Altertum, XXIX, 1912, p. 252-25S).
(2) A.-H. Smith, The Sculptures of the Parthénon, p. 44-45, fig. S7-94. Ces basreliefs ont été étudiés minutieusement par Ebersole (American Journal of Arclueology, 2e série, t. III, 1S99, p. 409-532).
(3) Sauf sur la métope I, où est représenté un personnage à cheval, galopant vers la droite.
(4) Judeich, Topographie von Athen, p. 58.
légende troyenne et à des mythes attiques. El puis, au moment de la mise en place, Tordre des tableaux fut changé. Il fallait en effet éviter la monotonie qu'aurait présentée une
suite de trente-deux métopes racontant un même épisode, le combat d'un Lapitlie contre un Centaure, ou l'enlèvement
Fig, 17. — Métope, face nord, XXXII. En place au Parthéni
d une femme lapitlie. Pour parer à cet inconvénient, une partie des métopes de la Centauromachie fut reportée au milieu de la face nord, et remplacée sur le côté sud par un nombre égal de tableaux empruntés à l'autre série. Ainsi l'unité de la composition fut sacrifiée à la recherche de la variété.
Considérons d'abord le côté nord (1). Les métopes aujourd'hui perdues de la Centauromachie s'encadraient entre des tableaux dont plusieurs sont encore en place, mais mutilés au point que tout essai d'interprétation reste conjectural. Tout au plus peut-on reconnaître çà et là des épisodes qui font songer à la légende du sac de Troie, Vllioupersis. Voici, par exemple, Hélène poursuivie par Ménélas, et se réfugiant près d'un xoanon ; elle est protégée par Aphrodite, qu'escorte un petit Eros ailé. Voici encore un sujet qui paraît emprunté à la grande fresque de Vllioupersis peinte par Polygnote sur les murs de la Lesché de Delphes : un cheval portant deux cavaliers, deux jeunes gens, sans doute les Troyens Elasos et Astynoos, fuyant devant Néoptolème dont une déesse, Thétis, essaie d'arrêter l'élan en lui posant une main sur l'épaule. Une seule métope, la dernière à droite, est assez bien conservée pour qu'on s'y arrête ; elle montre une femme debout, saluant d'un beau geste Athéna assise sur un rocher (Fig. 47). Si, comme il est vraisemblable, les métopes du nord retraçaient des épisodes de la prise de Troie, on s'explique aisément le choix d'un tel sujet. Le triomphe des Grecs en Troade n'évoquait-il pas, par voie d'allusion, le souvenir d'une autre victoire remportée sur des Asiatiques, celle de Marathon ?
Arrivons au côté sud. Les métopes du milieu ont disparu, et seuls les dessins dits de Carrey nous en conservent le souvenir (2). A l'inverse de la disposition adoptée pour la
(1) Il y a encore en place trois métopes à gauche et sept à droite. Il faut y ajouter deux métopes conservées au musée de l'Acropole (Michaelis, Der Parthenon, pi. 4 ; A.-H. Smith, Sculptures of the Parthenon, p. 4o-43, fig. 75-85). Les métopes de la Centauromachie intercalées au milieu de la face nord sont perdues; trois d'entre elles sont connues par les dessins de la mission Gravier d'Ortières (Omont, Athènes au XVIh siècle, pi. XXVII).
(2) Michaelis, pi. 3, métopes XIII-XXI ; Omont, Athènes au XVIIe siècle, pi. V-VI. Un torse provenant de la métope XIX a été publié par Bruno Sauer (Festschrift fur J. Overbeck, p. 73). Cf. A.-H. Smith, The Sculptures of the Parthenon, p. 34, fig. 58.
face nord, les métopes de la Centauromachie, réparties à droite el à gauche, encadrenl un sujet central emprunté à une légende toute différente. Il faut sans doute restituer à la scène du combat des Lapithes et des Centaures la métope XXI, OÙ, pour échapper à une agression brutale, deux femmes se réfugient auprès d'une raide idole de bois, le xoanon d'Artémis. Dès lors les métopes se répartissent ainsi : douze de chaque côté pour la Centauromachie, vingt-quatre au total, et huit au centre pour une autre série de tableaux. Dans ces derniers il y a lieu de reconnaître des scènes de l'histoire mythique d'Athènes et de la légende d'Athéna (1). (le sont d'abord les trois Cécropides, dont l'une, Aglaure, vient, malgré la défense d'Athéna. d'ouvrir la ciste mystérieuse où est renfermé le jeune dieu-serpent Érichthonios, né de la terre. Leur frère, Erysichthon, regarde la scène avec des gestes de terreur. Plus loin, viennent des épisodes de la vie terrestre d'Erichthonios ; après la métope où est représenté son char, une autre le montre luttant contre Amphiktyon, le successeur de Kranaos. qu'il expulse de l'Attique pour en prendre la royauté. Le voici encore, accompagné d'un joueur de lyre, instituant la fête panathénaïque, et fondant sur l'Acropole le culte d'Athéna. Sous l'œil d'une prêtresse escortée de son acolyte, des jeunes filles accomplissent des actes rituels, et l'une d'elles développe une large bandelette ou une pièce d'étoffe qui est peut-être le péplos de la déesse. Nulle part, on le voit, les sujets des métopes ne sont en rapport plus direct avec la déesse qui habite le temple. Aussi ne saurait-on
in Cf. Pernicje, Arch. Jahrbuch, X. i8g5, p. 93-113; A. -H. Smith, The Sculptures
of tin l'urtlunon, p. 32-34. D'après Stmlnic/.ka (Neue Jahrbûcher fur klass. Altertum, XXIX. 11J12. p. 260-264), les métopes XIII-XIV représenteraient la scène de la reconnaissance d'Ion par sa mère Creusa, en présence <le la Pythie et de Xuthos;ce serait le moment <>ù Creusa ouvre la corbeille contenant les objets qui font reconnaître Ion connue le fils d'Apollon. Sur les métopes XVII-XX seraient figurés les apprêts du sacrifice par lequel Erechthée avait acheté sa victoire sur Eumolpos, en immolant une de ses filles. La métope XXI appartient à la Centauromachie.
trop regretter la perte de ces tableaux de marbre où les sculpteurs avaient certainement mis la part d'invention la plus originale (1).
Au moins possédons-nous, pour le côté sud, une importante série des métopes appartenant à la Centauromachie ; dix-neuf morceaux sur vingt-quatre ont échappé à la destruction (2). Le sujet n'était pas nouveau et offrait ici une difficulté particulière. Si, dans le fronton occidental du temple de Zeus à Olympie, l'artiste avait pu ramasser la scène dans un
(1) M. H. Schrader a proposé récemment une ingénieuse interprétation des métopes sud connues par les dessins dits de Carrey, avec une répartition nouvelle qui rendrait son unité à la scène de la Centauromachie. Les métopes XIII, XIV, XVIII, XXI, appartiendraient à la Centauromachie et représenteraient les parents de la fiancée de Peirithoos, une prêtresse et un acolyte surpris par l'assaut des Centaures, des femmes effrayées se réfugiant auprès d'une idole. Ce serait le sujet central de la face sud. M. Schrader renvoie à la face nord les métopes XIX, XVII et XX, où il reconnaît des dieux, Déméter et Coré, Apollon et Hermès, et des Muses, spectateurs de la prise de Troie. La scène de Y Ilioupersis, occupant tout le coté nord, serait encadrée entre Hélios et Séléné (métopes I et XXIX de la face nord). Les trois dernières métopes de la face nord (XXX, XXXI, XXXII) représenteraient le jugement de Paris (Wiener Jahreshefte, XIV, 1911, p. 35-S8). Cette répartition est fondée sur l'hypothèse que le dessinateur de Nointel n'a pas respecté l'ordre des métopes, et a mêlé celles de la face nord à celles de la face sud. Nous ne pouvons discuter ici en détail cette nouvelle théorie. Elle soulève cependant des objections. De ce qu'un motif aussi banal qu'un char et son conducteur est répété sur la métope I (face nord) et sur la métope XV (face sud), on ne saurait conclure que les deux métopes sont identiques, et que le dessinateur de Nointel a tout brouillé. D'autre part, dans les métopes que M. Schrader réunit pour en former le groupe des dieux, au centre de Yllioupersis, l'attitude des personnages semble démentir leur rôle de spectateurs divins assistant à une scène aussi tragique, et l'on ne s'explique guère la présence des Muses. Les conclusions de M. Schrader ont été également combattues par Studniczka, Neue Jahrhùcher fur klass. Altertum, XXIX, 1912, p. 25g. Cf. Lechat, Revue des Études anciennes, 1913, p. i4S.
(2) Voir les planches d'ensemble de Michaei.is (Der Parthenon, Atlas, pi. 3-4). Une des métopes est encore en place au Parthenon (métope I). Une autre (XII) est conservée au musée de l'Acropole. La métope X, rapportée par Choiseul-Gouffier, se trouve au Louvre. Quinze métopes appartiennent au British Muséum. Voir : A.-H. Smith, A Guide to the Sculptures of the Parthenon, Londres, 190S, p. 47-60; Murray, The Sculptures of the Parthenon, p. 53 et 63, pi. X; A.-H. Smith, The Sculptures of the Parthenon, p. 29-36, pi. i6-24. Le Louvre possède une tête de Lapithe provenant de la métope VII (Héron -de Vii.lefosse, Monuments grecs publiés par V Association des Études grecques, n°* 11-13, 1SS2-1884, p. 1-2, pi. 12; Waldstein, Journal of Hellenic Studies, 1SS2, p. 228-233, et Essays on the Art of Pheidas, p. 87-104). Tête de Centaure à Wurzbourg (Michaelis, Arch. Jahrbuch, XI, 1S96, p. 300; Treu, Ihid., XII, 1S97, p. 101). Sur différents fragments retrouvés, voir A.-H. Smith, Journal of Hellenic Studies, XII, 1S92-1893 ; Malmberg, Éphéméris archéologique, 1894, p. 213.
LE PARTIIENON
raccourci vigoureux et en tirer une dramatique composition d'ensemble, avec des groupes étroitemenl liés, au Parthénon il fallait la morceler en tableaux comprenant seulement deux personnages, presque toujours les mêmes, un Lapithe et un
Fig. 48. — Centaure et Lapithe. Métope 6ud, XXXI (British Muséum).
Centaure combattant. L'écueil était la répétition monotone des mêmes mouvements. Les artistes mis à l'œuvre par Phidias ont su résoudre le problème, et trouver dans ce thème unique des ressources imprévues. Varier les positions respectives des combattants, placer le Centaure tantôt à droite, tantôt à gauche, développer logiquement toutes les péripéties