‹ Le Parthénon: l'histoire, l'architecture et la sculptureChapitre 27 sur 32 · LA STATUE D ATHENA PARTHENOS · texte numérisé non relu

LA STATUE D ATHENA PARTHENOS

L'examen de la frise, dans son développement logique, conduisait le visiteur à l'entrée de la cella de 100 pieds, le néôs Hécatompédos. Le seuil franchi, il se trouvait en présence de l'Athéna Parthénos. Dans le demi-jour du sanctuaire, au fond de la colonnade intérieure formant comme une chapelle, la statue colossale apparaissait, enveloppée d'une lumière amortie, qui l'éclairait sans dureté, atténuant le vif éclat de l'or et caressant la chaude blancheur de l'ivoire. La hauteur avec la base était d'environ i5 mètres.

Sur le chef-d'œuvre d'art et de technique dont Phidias s'était réservé l'exécution, les écrivains anciens nous ont laissé des renseignements trop brefs, mais précis (2). La statue mesurait près de 12 mètres de hauteur. « Au milieu du casque, écrit Pausanias, est la figure d'un sphinx... et de chaque côté sont des griffons... La statue est debout, vêtue d'un chiton qui tombe jusqu'aux pieds, et sur la poitrine elle

(1) Thucydide, II, 4i.

(2) Voir Jahn-Michaelis, Arx Athenarum, p. 59-60.

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porte la tête de Méduse en ivoire. La Victoire a environ 1 coudées de hauteur; de l'autre main, la déesse tient la lance; à ses pieds est son bouclier, et près de la lance, le serpent... Sur le piédestal de la statue est figurée la naissance de Pandore (1). » Nous savons encore que sur le bouclier était ciselée une Gigantomachie, et que Phidias avait répété le même sujet sur la tranche de la semelle des sandales, « tant il excellait dans les petits sujets » (2).

Ainsi nous entrevoyons tout au moins les lignes générales de la statue, la déesse debout, tenant de la main droite une Niké, de l'autre la lance. Les parties nues, le visage, les bras et les pieds, étaient exécutées en ivoire, tandis que For était réservé pour le costume et pour le casqtie.

Il faut désespérer de retrouver jamais une copie exacte de la Parthénos, comme celles qui nous ont conservé le souvenir de tant d'œuvres perdues. Les anciens ne moulaient guère que les statues de bronze (3), et la nature des matériaux dont se composait une statue chrvséléphantine, faite de pièces rapportées, interdisait une telle opération, à plus forte raison s'il s'agissait d'une œuvre colossale. Pour compléter le témoignage des textes, nous ne disposons que de documents dont la valeur d'art est en général médiocre, des réductions faites par des marbriers, des répliques libres, des reproductions partielles ou totales conservées par de petits monuments, bas-reliefs, monnaies, bijoux, pierres gravées. Encore est-il possible, en les interrogeant, d'évoquer une image assez nette de l'ensemble et de certains détails (4).

(1) Pausanias, I, 2 1.

(2) Pline, Nat. Hist., XXXVI, iS.

(3) S. Reinach, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1900, p. 35.

(4) Outre l'ouvrage de Michaelis (Der Peirthenon, p. 2GG-284) et les histoires générales de la sculpture grecque, voir la bibliographie spéciale citée par Frazer (Pausanias, II, p. 312-31S), et par IIjtzh.-Ri.uemner (Pausaniœ Gracia descriptio, I1, p. 273-273). Nous renverrons surtout à l'étude de Th. Schreiber, Die Athena

Une petite statuette inachevée, de travail sommaire, trouvée en i85g à Athènes, près de la Pnyx, et connue sous

Phot. PthomaîUcs.

Fig. 76. — La statuette Lenormant. Copie de l'Athéna Parthéaos (Athènes, Musée national).

le nom de statuette Lenormant (Fig. 76), a fait jadis connaître la première réduction certaine de l'original (1). Elle a perdu

Parthenos des Phidias (Abhandl. der k. sœclts. Gesellschaft der JVissensch., 18S3, p. 546 et suiv.). Nous citerons" plus loin les autres travaux plus récents.

(1) Musée d'Athènes. Lenormant, Gazette des Beaux-Arts, 1S60 ; Michaelis,

LE PARTJIENON

quelque peu de sou importance depuis que le hasard a fait découvrir, en 1880, près du gymnase du Varvakeion, une copie beaucoup plus complète. C'est une statuette haute de imo5, exécutée sans doute au temps d'Hadrien, et qui garde des traces de polychromie (1) (PI. 22). Si médiocre qu'en soit la valeur d'art, elle nous donne au moins l'essentiel: la forme du chiton et de l'égide bordée de serpents, et que ferme sur la poitrine, comme une large agrafe, un masque grimaçant de Méduse, le décor du casque, la pose de la main droite soutenant la Niké, celle de la main gauche posée sur le bouclier dressé de champ, et contre lequel, à l'intérieur, le serpent enroule ses anneaux. La lance est absente; mais si l'on s'en tient au témoignage de Pausanias, la déesse la tenait de la main qui repose sur le rebord du bouclier. D'autres répliques plus ou moins directes, et de valeur inégale, forment une liste déjà longue (2). Nous mentionnerons surtout une statuette du musée du Prado à Madrid (3), un beau torse de l'Acropole d'Athènes (4), l'Athéna de l'ancienne collection Ludovisi, copie néo-attique portant la signature du sculpteur Antiochos (5), et l'Athéna découverte à Pergame, où elle décorait la grande salle de la bibliothèque créée par Kumène II (fi). Cette dernière, exécutée par un sculpteur grec du deuxième siècle avant Jésus-Christ, est une copie libre,

Der Parthenon, pi. i5; Brunn-Bruckmann, Denkmasler, u° 3S ; Staïs, Marbres et bronzes du musée d'Alhènes, n° 12S.

(1) Musée d'Athènes. Bull. <li corresp. hellénique, Y, 1SS1, p. 54 (Hauvette) ; Alhen. Mittheil., VI, 1SS1, p. 37-94 (K. Lange); Staïs, ouvr. cité, n° 129; Brunn- Bruckmann, Denkmaler, n° 4o.

(2) La liste, déjà incomplète, en a été donnée en dernier lieu par Poli.ak, Wiener Juhreshefte, IV, 1901, p. i46, note i4G. (Tf. Schreiber, Die Athena Parthenos des Phidias.

(3) Arndt-Bruckmann, Denhnœler, n° 5li, avec texte; Amei.ung, Wiener Jahreshefte, XI, 1908, p. 196 et 203, fig. 73-74.

(4) Michaelis, Der Parthenon, pi. i5, 2; Coiaignon, Phidias, p. 29.

(5) Brunn-Bruckmann, Denhmœhr, 11° 25}.

(G) Winter. Arch. Jahrbuch, XXII, 19117, P- 55 et suiv., et Altertùmer von Pergamon, VII, p. 33-46, pi. VIII ; Colucnon et Pontremoi.i, Pergame, p. 1 I3, 1 45.

modernisée dans le gont hellénistique. Enfin, une admirable statue du Louvre, la Minerve au collier, est certainement inspirée de la Parthénos pour le type de la tête et la forme de la draperie (1). Toutes les copies s'accordent potir nous montrer l'agencement sévère et simple du chiton dorique, avec Yapoptygma serré cà la taille par une ceinture, dessinant de beaux plis crime fermeté architecturale, droits et rigides

Fig. 77. — Médaillon d'or de Koul-Oba (Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage).

comme les cannelures d'une colonne, et rompus seulement par la flexion de la jambe gauche.

Pour le type du visage et l'ornementation du casque, un des documents les plus surs est l'intaille en jaspe rouge du musée de Vienne portant la signature du graveur Aspasios (2). Il faut y joindre deux médaillons en or du musée

(1) Arndt-Bruckmann, Henkmœler, n° 5i 2, avec texte.

(2) Furtw^engler, Die antiken Gemmen, II, p. 236, pi. XLIX, 11° 1.

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de l'Ermitage, provenant du tumulus de Koul-Oba en Crimée (i)(Fig. 77), et un relief en terre cuite trouvée Athènes(2). Nous possédons d'ailleurs des répliques en marbre de la tête, et nous signalerons en particulier relie de Berlin (3), rehaussée de peinture, celles du musée de Cologne (4), de la Glyptothèque Ny-Carlsberg (5) et du Louvre ((">) (Fig. 7 S).

On ne peut guère se flatter de restituer par la pensée la forme et l'expression du visage, sculpté dans l'ivoire, et qu'avivait le regard des yeux d'émail, incrustés de pierres noires (7). Pourtant la gemme d'Aspasios, la tête Ny-Carlsberg et celle de la Minerve au collier nous laissent entrevoir un tvpe bien conforme à ce que nous pouvons connaître de l'esthétique de Phidias : le visage plein, le nez droit prolongeant la ligne du front, le menton fort, la bouche aux lèvres nettement découpées, en un mot un idéal de beauté dont la gravité se tempère de noblesse et de douceur. La chevelure débordait du casque sur les tempes, encadrant le visage de la souplesse de ses boucles, tandis que d'autres, dénouées, flottaient sur l'égide de chaque côté du cou.

Véritable chef-d'œuvre d'orfèvrerie et de ciselure, le casque était d'une extrême richesse, surchargé d'ornements, surmonté d'un triple cimier à hautes aigrettes. Si l'étude des détails reste encore matière à discussion, nous connaissons au moins l'essentiel, grâce à la statuette du Varvakeion et à

(1) KiESERiTZKY, A/Ikii. Mittheil., YIII. 1883, p. 291-315, pi. XV.

(2) Pagenstecher, Alliai. Mitteil., XXXIII. 1908, p. 113 el suiv,

(3) Antike Denkmceler, I, pi. ;.

(-4) Loeschcke, Festschrift zum fûnfzigjœhrigen Jubilaum des Vereins von Ahtrthumsfreunden im Rheinlande, 1891, pi. I, 4.

(5) Poli.ak. Wiener Jahreshefte, IV., 1901, p. 1 1 1 e1 suiv., pi. IV.

(f>) Michon, Monuments Piot, VII, 1908, p. 154-173, pi. XV. Deux nouvelles répliques de la tête de la Parthénos ont été publiées par Robinson, American Journal of Archœology, XV, 1911, p. IS2-503.

(7) M. Ch. E. Ruelle veut bien nie signaler un texte peu connu de Psellus, où il est question de la pierre noire (|AÉ).ava xiva >!0ov), dont les yeux étaient incrustés. Psellus, E!; IIoOov, publié par Papadopoui.os Klrameus, Journal des Missions russes, janvier 1910.

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