LES DEBUTS DE L'OPPOSITIO.V
on les croit morts, jusqu'au jour où les circonstances — le plus souvent les fautes de leurs adversaires — leur permettent de reprendre place dans l'arène. En 1815, ni les impérialistes, ni les révolutionnaires n'étaient représentés dans la nouvelle Chambre. Les libéraux de gauche n'y comptaient que MM. Voyer d'Argenson et Flauguergues. Quant aux hommes importants du parti , ceux qui n'étaient pas sous le coup des proscriptions se tenaient cois. La Fayette vivait retiré et silencieux dans son château de la Grange. Benjamin Constant avait jugé prudent de passer en Angleterre; un moment inscrit sur la liste des proscrits , il avait été rayé par le roi auquel il avait adressé une lettre justificative. Seuls, les enfants perdus s'agitaient; un ramassis de bonapartistes et de révolutionnaires subalternes, réfugiés à Bruxelles, nouaient des intrigues avec le prince d'Orange qu'on prétendait, à défaut de Na|)oléon II, pousser au trône de France. D'autres tentaient à l'intérieur des coups de main; mais l'insurrection de Didier à Grenoble, le complot des patriotes de 1816 à Paris, étaient facilement déjoués et impitoyablement réprimés.
Tout changea avec l'ordonnance du 5 septembre 1816 qui dissolvait la Chambre introuvable. Ce fut désormais la « politique du centre i> qu'adopta le roi, qu'appliquèrent les ministres, politique de transîiction et de pacification qui avait pour programme: a royaliser la nation, nationaliser la royauté. » Il
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semblait qu'on voulût, en revenant à l'esprit de 1814, effacer à droite et à gauche les tristes conséquences des Cent-Jours. La droite répondit, on le sait, par une oj)positiou méfiante et irritée. Après tout, n'élait-elle pas dans une certaine mesure excusable? Cette politique se présentait avec une physionomie agressive contre une fraction des royalistes. Elle prétendait déposséder ceux qui avaient dominé après les élections de 1815. Mais pourquoi les mêmes préventions auraient-elles existé à gauche? A ces libéraux naguère annihilés, persécutés, le ministère tendait la main; il cherchait à faire triompher les meilleurs de leurs principes; il allait jusqu'à donner certaines satisfactions à leurs antipathies en faisant la guerre aux ultras ; et si ce gouvernement du centre a mérité les reproches de quelques historiens, c'est pour avoir poussé trop loin sa lutte contre la droite et ses concessions à la gauche. Tous ceux qui avaient un souci réel de fonder le régime représentatif et qui comprenaient que l'avenir de la liberté ne pouvait être séparé de celui de la vieille dynastie, ne devaient- ils pas saisir cette occasion unique, inespérée? Comment donc les libéraux ont-ils répondu aux avances des modérés du centre? Histoire curieuse à connaître , car elle intéresse tous les gouvernements qui seraient tentés de désarmer les partis de gauche en leur cédant et de gouverner en s'appuyant sur eux.
Au premier moment, sans doute, la gauche ap-