LES LIBÉRAUX ET M. DE MAHÏKJXAC
constitutionnelle. Aussitôt d'anciens ca?'bonari,républicains d'aspiration et de doctrine, et membres d'une société secrète, dite des Francs-Parleurs, MM. Bastide, Boinvilliers, Cavaignac, Joiibert , Thomas, Carnot, Desloges, Marchais, Sauleiet, etc. , avaient demandé à se fondre avec la nouvelle association. On n'avait pas osé les repousser. Les derniers venus étaient d'abord restés au second plan; ils avaient laissé nommer M. Guizot président; il leur suffisait, pour commencer, de s'être introduits dans la place. Après les élections et la constitution du cabinet, les libéraux dynastiques, estimant que leur but était atteint, voulurent dissoudre la société; les ardents s'y opposèrent et firent prévaloir leur avis : il ne leur convenait pas de détruire des cadres dont ils comptaient se servir un jour pour une autre campagne « Tout n'est pas fini, disaient-ils; le mal d'ailleurs n'est pas au ministère; il est à la cour, et c'est jusque-là qu'il faut aller'. » Quelques modérés plus prévoyants que les autres, M. l itet et M. Duchatel par exemple, se retirèrent; le plus grand nombre demeura. AI. Guizot continua à être président, dans l'espoir, disait-il, de conserver quelque influence sur ses associés révolutionnaires. En réalité, ceuxci, sans vouloir encore arborer ouvertement leur drapeau, étaient les maîtres; ils avaient fait plus que de déposséder les modérés ; ils les avaient
1 C'est un témoin peu suspect, M. de V'aulabelle , qui leur prête ce langage.
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joués et enlacés. C'est l'image de ce qui se passait alors dans Topposilion. Les hommes de renversement se pliaient pour la forme à la tactique constitulion- ,nelle, parce qu'ils y voyaient leur intérêt momentané; mais ils s'emparaient de plus en plusde tousles moyens d'action; et, fait plus grave, les dynastiques consentaient à demeurer à côté d'eux et à couvrir de leur bonne réputation les desseins pervers de leurs alliés.
D'ailleurs, parmi les adversaires de la monarchie, quelques-uns ne se contenaient qu'avec une visible répugnance. La Fayette sentait bien que le pays voulait le repos; mais il ne dissimulait pas le peu de confiance que lui inspirait ce centre gauche, qui K tremblait, disait-il, de compromettre l'autorité royale, la dynastie légitime et la tranquillité publique, tremblement qui le conduirait à ne compromettre que la cause de la liberté ». Il expliquait comment lui et ses amis « se réservaient, si la Charte était continuellement violée, de rester, autant qu'ils le pourraient, dans la plénitude de leurs imprescriptibles droits » . Aussi le vieux chef des conspirateurs se tenait-il à l'écart, gardant une sorte d'attitude expectante. D'autres personnages, plus indisciplinés et plus impatients de se mettre en avant, se posaient d'ores el déjà en intransigeants, se refusaient à tout ménagement de tactique et prêchaient la guerre ouverte, implacable au ministère. Telle était à peu près, nous l'avons vu, la politique que le Courrier
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défendait, avec trop de succès, dans la presse. Elle était professée à la Chambre, d'une façon plus tapageuse du reste qu'influente, par un personnage récemment nommé député, l'abbé de Pradf.
Ancien membre de la droite à l'Assemblée constituante, vivant dans l'émigration des secours des princes, rentré en France en 1802, attaché dès lors à la personne et à la fortune de Napoléon dont il avait été l'aumônier, — sinécure d'un genre particulier ', — par lui nommé archevêque, grand officier de la Légion d'honneur, chargé de missions diplomatiques, M. de Pradt n'en avait pas moins fait du zèle royaliste en 1814, et il aimait à se vanter d'avoir « remis les Bourbons sur le trône ». Il était passé ensuite au camp libéral, et y avait publié force brochures et pamphlets. Ce rôle nouveau l'avait fait élire député, en 1827. Personnage vaniteux, léger, brouillon, parleur et écrivassier infatigable, besoigneux d'argent et d'applaudissements, sans consistanceni considération, «saltimbanque mitre» , comme l'appelait Chateaubriand, il avait rêvé déjouer un rôle éclatant à la Chambre. Déçu dans son amourpropre, il donna au bout de peu de temps sa démission, par une lettre où il se plaignait amèrement des défaillances d'une opposition sans énergie, qui ne comprenait pas comment « la session de 1828 devait être, au régime importé en 1814, ce que l'As-
' M. de Pradt s'appelait lui-même, sous la Restauratiou , » l'ex- {.umônier du dieu Mars » .
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semblée constituante avait été pour l'ancien régime » . Puis il engageait avec Benjamin Constant, sur la conduite de la gauche, une polémique d'abord aigredouce et bientôt injurieuse. Un peu plus tard, AI. loyer d'Argenson et M. Chauvelin devaient donner leur démission pour un motif analogue. « C'est à périr d'ennui, disait ce dernier à M. de Barante; nous vivons sous une discipline de modération et de prudence qui peut être fort sage, fort estimable, fort nécessaire, mais qui m'est insupportable. On ne peut pas monter à la tribune sans être sermonné par ses amis; ils sont inquiets de ce que nous allons dire. Nous en sommes venus à être régentés par M. Royer-Coliard ! n
Si M. de Pradt avait contre lui les chefs parlementaires, il avait pour lui Béranger, qui écrivait, en avril 1828, à un de ses amis :
Pour en venir à votre abbé, je vous dirai que tout le monde de la conciliation le désapprouve, mais que ceux qui sont restés ûdèles aux principes et qui gémissent de voir la marche que des meneurs intrigants ont fait prendre à la Chambre, sans approuver complètement sa retraite, lui savent gré de sa lettre d'adieu... J'avais déjà fassurance de l'influence que les petits intérêts avaient prise sur tout le côté gauche. Comme je suis habitué à lutter souvent seul contre le ramas des politiques de salon, j'eus à défendre cette lettre, et je crois ne l'avoir pas toujours fait sans efficacité. D'ailleurs, les vrais patriotes y ont vu un commencement de lumière répandue sur la marche mjstérieuse