LE PÉRIL RÉVOLUTIONNAIRE
dont, avec quelque adresse et quelque intelligence de la silualion, la monarchie eût pu tirer profit'. Mais l'illusion eût élé grande d'en conclure, comme le faisaient tant d'orateurs et de journaux , que toute menace de renversement avait disparu, qu'on pouvait concentrer ses efforts contre la droite, sans avoir rien à redouter à gauche, et que, par suite, il n'y avait nulle raison, pour le parti libéral, de rompre avec les opposants suspects d'arrière-pensée antidynastique.
Au contraire, pour qui voulait regarder avec quelque attention, les symptômes étaient nombreux qui révélaient la permanence du péril révolutionnaire. L'association Aide-toi, le ciel t'aidera, avait élé fondée, à la veille des élections de 1827^ par les jeunes gens du Globe, dans un dessein d'opposition , vive sans doute, mais strictement légale et
* Comment douter de l'étendue de ce mouvement de résignation et de ralliement monarchiques , quand on le voit gagner jusqu'à des hommes comme M. Etienne, l'un des coryphées de l'ancien libéralisme bonapartiste et le rédacteur du Constitutionnel? A eu croire les ilémoiresde Fauche Corel, M. Etienne se serait exprimé ainsi, en 1828, dans une conversation avec cet ancien agent royaliste : c Lorsque le roi arriva et (ju'il s'assit sur son trône, au regard qu'il jeta sur la Chambre des députés, nous vîmes qu'évidemment Sa Majesté avait été prévenue contre la Chambre; mais au moment où le roi prononça, avec un élan solennel, ces mots : « La Charte que mon frère a octroyée,... la Charte que j'ai jurée à Reims,... la Charte que je jure de faire observer... », les acclamations partirent avec enthousiasme. Le visage du roi rayonnant alors de sincérité, nous nous dîmes, comme par inspiration : Le roi est à nous, et nous sommes à lui. j — On pourrait rapprocher de celte conversation la lettre de Benjamin Constant à Déranger que nous avons citée plus haut.