‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 101 sur 121 · LES LIBERAUX F.T AI. DE MAHTKJXAC · texte numérisé non relu

LES LIBERAUX F.T AI. DE MAHTKJXAC

suivie par les meneurs. Elle a donc en tléfinitive produit un heureux effet.

Depuis lon^fTlemps , Déranger désapprouvait la lactique de modération suivie par les députés de la gauche. I! s'en exprimait avec amertume dans sa correspondance. Quand, en 1828, son intention de faire paraître un nouveau volume de chansons, dont plusieurs étaient ouvertement factieuses, fut connue des chefs du parti libéral, ceux-ci tâchèrent de le détourner de cette publication. Le chansonnier tint bon, et il a écrit lui-même à ce propos r

Plus on me prêcha le silence, plus je sentis la nécessité de le rompre, en protestant ainsi, à ma manière, contre une fusion (c'était le mot du moment) qui égarait l'opinion puhlique et pouvait servir à l'affermissement du principe légitimiste. J'avais acquis alors assez d'influence pour espérer que ma tentative ne serait pas sans quelque succès. Le volume fit scandale, surtout dans les rangs de la haute opposition, dont plusieurs chefs, qui se croyaient près de devenir ministres, me maudissaient de loin, sans jamais oser cesser de me tendre la main, quand ils me rencontraient.

Le dernier trait est caractéristique. \ peine, en effet. Déranger était-il poursuivi, comme il s'y attendait, que les journaux do gauche criaient à la persécution; MM Laffille, Dérard, Sébastiani accompagnaient le chansonnier à l'audience; et tous les

LFi PERIL REVOLUTIOXIVAIRE. 439

chefs du parti libéral se croyaient obligés d'aller faire visite au condamné dans sa prison. Celui-ci pouvait rire, à part lui, de l'embarras où il avait mis ses amis les modérés, et de l'hommage qu'il les contraignait de rendre en sa personne à la politique antidynastique.

Sans doute une grande partie de la gauche parlementaire désapprouvait, sinon toujours pour le fond des idées, du moins au point de vue de la tactique, l'opposition irréconciliable. Mais cette témérité trop franche et peu babile de quelques irréguliers trahissait la persistance des passions révolutionnaires, et aussi parfois la façon dont ces passions s'imposaient aux libéraux qui auraient voulu élre plus sages. On pouvait noter, d'ailleurs, des symptômes plus alarmants encore. Presque toutes les élections partielles auxquelles donnaient lieu les doubles nominations amenaient, malgré la résistance timide et le déplaisir secret des modérés de la gauche, le succès des candidats de la nuance la plus avancée et la plus hostile aux Bourbons. On remarquait parmi les élus les généraux Lamarque, Clausel ' et Demarcay, MM. de Salverte, de Corcelle, Bavoux, etc. Béranger triomphait, et il écrivait à un de ses amis :

' En apprenant l'élection du yénéial Clausel , qui avait été condamné à mort par contumace après les Geiit-Jours, le roi s'écria : «C'est un coup de canon tiré contre les Tuileries. »

Page 1