LE XOLVEAU PROGRAMME DE LA GAUCHE
libertés publiques». Il donne le mot d'ordre de la nouvelle campagne : « Plus de concessions! ont dit récemment les journaux officiels du parti contrerévolutionnaire. Plus de concessions! dit à son tour, et à plus juste titre, le peuple français '. »
M. Thiers représentait dans la jeune génération, comme La Fayette dans l'ancienne, l'hostilité implacable contre les Bourbon». Tout à l'heure, sous le ministère de M. de Martignac, désespérant de voir tomber le gouvernement qui lui paraissait incompatible avec son idéal politique, et sous lequel son ambition ne trouvait pas d'issue, dégoûté d'un rôle effacé et d'une opposition sans espoir, il avait pris le parti de s'éloigner de France et d'Europe, pour plusieurs années; il avait obtenu d'accompagner le capitaine Laplace, dans un long voyage de circumnavigation. Sur ces entrefaites , apparaît le ministère du 8 août. M. Thiers conlremande son départ; il comprend que le moment est venu pour lui d'agir selon ses vues et ses passions. Jusqu'alors, il avait un peu tâtonné; il avait éparpillé son activité; désormais, il voit clairement le point d'attaque sur lequel il va concentrer tous ses efforts. Et pendant
' « Il y a quelque temps, écrivait à ce propos le Journal des Débats , M. du l^a Fayette voyageait dans les départements du centre, et on l'y avait bien accueilli , mais sans enthousiasme populaire. Que s'est-il passé dans rintetvalle? Vous proclamez 1815, on vous répond par 1789; rien de plus naturel. Sans doute il est affligeant de voir de telles scènes succéder aux liommages que le roi recevait naguère en Alsace. Mais à qui la faute? »
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que le vieux LaFayelle, fidèle au seul rôle qu'il sût jouer, s'amuse aux parades tapageuses des ovations populaires et des banquets démocratiques, le jeune Tliiers s'apprête à exercer une action autrement efficace. L'éloignement des Chambres facilitait son dessein. Charles X, en attendant la dispersion des députés pour constituer son nouveau cabinet, n'avait songé qu'à lui épargner, pour plusieurs mois, les embarras d'un tête-à-tête avec une assemblée peu favorable'. Mais ainsi il permettait aux journaux, c'est-à-dire à la force le plus facilement acquise aux violents, de prendre la direction du mouvement d'opinion , et de choisir eux-mêmes le terrain de résistance et d'attaque. M. Thiers, dont l'influence eût été nulle sur les députés, était au contraire l'un des plus habiles, et déjà des plus renommés, parmi les journalistes du temps. 11 s'empare avec décision et promptitude du rôle de leader de la presse, et, sous son inspiration, le programme de l'opposition se trouve aussitôt arrêté avec une rare précision.
Révolutionnaire dans son but, mais légal dans ses moyens d'action, ce programme porte bien la marque de celui qui i'a imaginé. Point de retour aux violences factieuses de 1820, à ces conspirations périlleuses, à ces insurrections toujours avortées, véritable enfance de l'art, où l'on risquait sa tête sans arriver à rien. C'est la tactique constilution-
1 Le minisière fut couslituc le 8 août 1829; la session ne s'ouvrit que le 2 mars 1830.