LE \OLVEALI PROGRAMME DE LA GAUCHE
nelle suivie depuis 1824, que, par une manœuvre autrement savante, on prétend faire aboutir au renversement de la dynastie, de telle sorte que le cri de : « Vive la Charte ! » signifie : « A bas les Bourbons! » Pour cela, il fallait tout d'abord persuader à l'opinion que le gouvernement était résolu à sortir de celte Charte. Mais était-ce difficile? Le langage des royalistes d'extrême droite , les extravagances de leurs journaux et de leurs brochures, ne semblaient-ils pas faits exprès en vue de justifier ces prémisses de l'argumentation des opposants '? Ceux-ci n'ont qu'à citer leurs adversaires, pour exécuter la première partie de leur plan de campagne qui était de mettre constamment celle prévision de coup d'Etat devant les yeux du public. Il leur est facile ensuite de présenter la lutte avec la royauté, qu'ils préparent ouvertement, sous la forme, non plus d'une offensive insurrectionnelle , mais d'une défensive légale. Même pour cette défensive, on se
' Lord Palmerston, alors à Paris, écrivait à un de ses amis d'Angleterre : » Qiiei([ues-uns des royalistes qu'on rencontre duns la société parlent comme des extravagants et des fous : « // nous faut de « la force , d'abord de la force , et puis on pourra être raisonnable « à loisir, i Quand vous leur demandez comment leur force peut être applicjuée , et contre qui, ils ne peuvent vous le dire; mais ils déclarent qu'une presse libre n'est pas applicable en France, et qu'on doit la détruire ; que l'opinion publique n'existe pas, si ce n'est en lant qu'elle a été créée par les journaux, et que si l'on pouvait se débarrasser de ceux-ci, le gouvernement serait assuré des tribunaux, de l'armée, des électeurs et de la Chambre des pairs. — Ce sont autant de sottises, i {Life of Palmerston , par Blluer; Lettre du 15 décembre 1829 )
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garde bien de faire entrevoir un appel aux armes, ou rien qui ressemble à une émeute. On se borne à donner pour mot d'ordre le refus de (out impôt qui serait inconstilutionnellement établi. Seulement — et là est riiabilelé redoutable — on agit comme si cette perspective était prochaine et certaine. On forme publiquement les associations bretonne, parisienne, lorraine, bourguignonne, normande, en vue d'organiser ce mode de résistance. Consultations, manifestes, manuels de tous genres sont publiés sur ce sujet, habituant ainsi peu à peu l'opinion, sans paraître sortir de la stricte légalité, à l'idée d'un conflit qui, en France et dans l'état des esprits, deviendra nécessairement une révolution.
Les meneurs ne l'ignoraient pas, et ils devaient se demander au profit de qui il conviendrait de faire tourner cette révolution. Là encore se retrouve la main habile de M. Thiers. On se rappelle les embarras et les divisions de la Haute-Vente en 1821, et ces singuliers conspirateurs qui invitaient la France à se soulever, sans pouvoir lui dire d'avance si elle se battrait pour l'Empire ou la République. En 1829, au contraire, on offre aussitôt aux mécontents une idée nette et facile à formuler, celle d'une imitation française de la révolution anglaise de 1G88. Il y avait eu jusqu'alors entre l'histoire des Bourbons et celle des Stuarts une analogie si extraordinaire que plusieurs en avaient été frappés : Louis XII était monté sur l'échafaud comme