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des loyalistes mécontents qui jetaient cette date dans la polémique, comme un avertissement. iM. Agier, après avoir rappelé en plein Parlement «la chute de l'infortuné Jacques II » , ajoutait : « Que les exemples de l'histoire ne soient pas perdus! » Et AI. de Montlosier disait dans son Mémoire à consulter : « Des millions de Français n'ont pas pu préserver Louis XVI de la mort de Charles 1"; des millions de Français parviendront-ils à sauver notre pays des événements qui terminèrent le règne de Jacques II ? »> Enfin, dans une lettre intime, Lamennais écrivait à Berryer, le 30 novembre 1827 : « Je vois beaucoup de gens s'inquiéter pour les Bourbons ; on n'a pas tort; je crois qu'ils auront la destinée des Sluarts. » Il semble donc que la pensée de cette ressemblance entre le sort des deux familles royales ait obsédé certains esprits, pendant toute la Restauration. Toutefois, sous M. de l'illèle et sous M. de Marlignac, il entrait plutôt dans les calculs de la gauche de présenter la monarchie comme définitivement fondée et comme n'ayant plus à craindre aucune révolution. C'est seulement après la formation du ministère Polignac que la tactique conduit, au contraire, à rappeler la fin des Stuarts. Dès lors, il y
ment l'Anglolerre, en déhônant Jac(|Ui'.s II et en niellant i sa place Guillaume (l'Orange, avait fini par comprendre » rpie, pour conserver la royauté avec avantajîc, il fallait la rcjjénérer, c'est-à-dire lu séparer du principe de la légiliinilé ». Mais après réflexion, l'auteur trouva probablement que celte plirase mettait trop sa pensée à découvert : il la sipprima.
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a dans l'opposition anlidynastique le parti de 1688; plus actif que tous les autres, il a vile pris la tête et laissé derrière lui les vieux restes du bonapartisme et les jeunes adeptes d'une république encore lointaine. Par l'effet d'un mot d'ordre, il n'est plus question, dans les journaux, que de cette pagedes annales d'Angleterre. Avec quel art on transforme ce rapprochement historique en une menace politique, sans cependant s'exposer à une répression pénale! Avec quelle persévérance on y revient sans cesse, afin de bien faire entrer cette idée dans le cerveau populaire et de familiariser avec elle ceux mêmes qu'au premier abord elle rebutait le plus ' î N'étaitce pas du reste ingénieusement imaginé pour séduire l'esprit à la fois vif et superficiel d'un public français? N'était-il pas jusqu'à cette apparence d'érudition qui ne flattât son amour-propre? Et, surtout, comme c'était habilement calculé pour effaroucher aussi peu que possible ceux qui avaient souci de sécurité et de repos! L'inconnu d'une révolution les eût effrayés et fait reculer. Mais on leur répétait tous les jours qu'en 1688, l'Angleterre n'avait pas fait une révolution comme en 1640, qu'elle avait seulement procédé à un changement de personnes. « Elle avait été si peu révolutionnaire, disait-on,
• C'était devenu une sorte de manie de tout comparer à l'époque de Jacques II. Lors du procès de presse intenté, en 1829, à M. Berlin, le directeur du Jounialdes Débats, quelqu'un disait devant M. de Chateaubriand : a En vérité, sauf la différence des personnes, c'est ici le procès des évêques sous Jacques II. »
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qu'elle avait autant que possible respecté le vieux droit et choisi la famille de ceux qui étaient les plus proches parents du prince destitué. ;' Puis on ajoutait : « Il n'y a plus de révolution possible en France, la révolution est finie ; il n'y a plus qu'un accident ; qu'est-ce qu'un accident? changer les personnes sans les choses '. » D'ailleurs n'avait-on pas l'exemple encourageant du régime de liberté stable, durable et prospère que 1688 avait inauguré chez nos voisins? On ne se demandait pas si cette analogie, sur la foi de laquelle on allait se lancer, n'était point un trompe-l'œil, s'il n'y avait pas au dix-septième siècle, dans la société chrétienne et aristocratique d'.'^ngleterre, des forces de gouvernement et des points d'arrêt sur la pente des révolutions qu'on ne saurait retrouver dans la France démocratique et
' Les meneurs de cette campagne montraient ainsi qu'ils se rendaient bien compte de l'état de l'opinion. Lord Palmerston constatait à cette époijue que le pays ne \ouiait pas de bouleiersenient , et « que pas un Français sur mille ne désirait autre chose de plus qu'un gouvernement raisonnablement libéral « . Seulement, s'il y avait un coup d'I'Jtat — et » Poli;]nac, ajoiitait-il , était homme à en essayer un : un homme qui a passé dix ans en prison en sort brisé ou obstiné (either iroken or liardened) : c'est le dernier qu'il est »; — si donc il y avait coup d'Etat, » dans ce cas, le résultat serait probablement un changement dans le nom de l'habitant des Tuileries , et le duc d'Orléans pourrait être invité à iranchir la distance qui sépare le Palais- Royal de ce château. Quant à tout antre changement, c'est hors de question. Il y a un trop yrand nombre de millions de propriétaires de terres et de londs en France, pour qu'il soit possible que rien arrive qui mette en danger la sécurité de l'une ou l'autre de ces deux propriétés. ■> (Lettre du 4 décembre 1820. tife of viscoiint Pa/mcrslon, par Buluer.)
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volfairienne du dix-neuvième siècle. Pour le moment, on était tout à l'illusion de celte ressemblance. L'influence en a clé des plus considérables et des plus fâcheuses. Elle a donné l'autorité et le prestige d'un précédent historique à un expédient qui, sans cela, n'eût probablement attiré et satisfait personne. Elle a permis à des esprits fort soucieux de stabilité d'aller à la révolution, ou de s'y laisser conduire avec une sorte de sécurité.
§ 2. LE .V.ITIOXAL.
M. Thiers avait compris, dès le premier jour, l'action prépondérante et décisive que les circonstances donnaient aux journaux. Mais par quel instrument l'exercer? Le Constitutionnel ne pouvait suffire, il était trop vieux, trop riche, pour courir volontiers les risques d'une guerre nouvelle; trop d'intérêts y étaient engagés, trop d'influences diverses s'en disputaient la direction. Il fallait un organe nouveau, jeune, alerte, moins obligea la circonspection, d'une manœuvre plus libre et plus facile. Tel fut le Xational dont le premier numéro parut le 3 janvier
Pour cette œuvre, M. Thiers s'assura d'abord le concours de son fidèle ami M. Mignel. Tous deux
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nous sont connus '. A défaut de M. de Rémusat, qui refusa de quitter le Globe, ils s'associèrent un écrivain dont la notoriété ne faisait que commencer, M. Armand Carrel. C'était alors un homme de trente ans, grand, la taille bien prise, maigre d'une maigreur osseuse et nerveuse, qui dénotait la vigueur et n'était pas sans distinction, les (rails heurtés avec je ne sais quoi de dur et de net comme l'acier; l'allure et le costume rappelaient l'officier en tenue civile; les mains, d'ordinaire rapprochées du corps, n'accompagnaient des paroles brèves que d'un geste court et sévère ; la physionomie était franche, hardie, énergique, mais souvent triste et pensive, avec quelque chose, à cette époque, d'un peu farouche, provoquant et inquiet : on sentait l'homme qui voulait le premier rang et exigeait la déférence, mais n'était pas encore sûr qu'on consentît à les lui accorder : aussi tenait-il les autres à distance, avec une politesse froide, hautaine, non exempte de rudesse et d'amertume; plus lard seulement le succès le détendra, et laissera apparaître, par moments, une sorte de grâce sobre et d'élégance virile qui n'étaient pas sans charme.
Dès le début de sa vie, Carrel avait été fort engagé contre les Bourbons. Militaire par vocation, il ne leur pardonnait pas d'avoir remplacé la gloire par la paix.
' Voir, sur l'origine et les débuts de ces deux jeunes écrivains, chap. m, ^ 2.
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Ce fils de petit marchand, qui par plus d'un côlé tenait du gentilhomme, fier, loyal, intrépide, volontiers chevaleresque et héroïque, très-chatouilleux sur le point d'honneur, dédaigneux de la vulgarité, d'une libéralité insouciante au milieu même de sa pauvreté, ayant le goût des choses d'art et des exercices du sport, en voulait d'autant plus à celte noblesse dont il avait certains instincts, mais dont il n'était pas. Nul ne se sentait plus froissé de ce qui subsistait alors des hiérarchies et des idées du vieux régime; nul ne personnifiait mieux l'orgueil de la nouvelle société heurté par les prétentions de l'ancienne. Ses chefs, malgré des intentions généralement bienveillantes, avaient dû parfois blesser cette susceptibilité si irritable '. On put bientôt juger à quel point la plaie était profonde : à peine officier, ce jeune homme qui avait pourtant le sens du devoir militaire, de la discipline et du patriotisme, se jetait
• A Saint-Cyr, bien qu'assez aimé de ses chefs , il fut vite noté comme mal pensant. Tn jour, le général d'Albignac , commandant de l'Ecole, Gt sortir des rangs le jeune Carrel cl lui dit : i Monsieur Carrel, on connaît votre conduite et vos sentiments; c'est dommage que vous ne soyez pas né vingt-cinq ans plus tôt, vous auriez pu jouer un grand rôle dans la Révolution. Jlais fonvenez-vous que la llévolution est finie. Si vous ne tenez aucun compte de mon avertissement, nous vous renverrons à Houca pour auuer de la toile dans la boutique de monsieur lotre père, i A quoi Carrel répondit : c Mon général, si je reprends jamais l'a'inc de mon père, ce ne sera pas pour auner de la toile. i 1! lut mis aux arrêts pour cette riposte. — Le mot du général av.iit du vrai. Xulle époque n'était plus défavorable que la Restauratioii au caractéiC de Canel. Trente ans plus tôt, il eût pu devenir d"emblci' général, et probablement général très-fier, très-aristocrate, nullement porté à composer avec la canaille.
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dans les conspirations, puis donnait à vingt-trois ans sa démission, allait en Espagne se mêler aux rangs des réfugiés républicains ou bonapartistes, et était pris les armes à la main contre les soldats français. Sous cette monarchie plus débonnaire envers les émigrés que ne l'avait été la république, il n'eut à subir qu'un procès assez long, suivi d'un acquittement. Il sortit de là déclassé, probablement mécontent de lui-même, mais trop orgueilleux pour ne pas s'en prendre aux autres, sa carrière brisée, sans ressources, et obligé de se frayer une voie nouvelle. 11 se fit homme de lettres et s'essaya pendant trois ans dans des travaux diuers, sans pouvoir attirer l'attention publique, souffrant de la position secondaire et gênée au-dessus de laquelle il semblait ne devoir pas s'élever. Enfin, en 1828, un article remarqué sur la guerre d'Espagne et publié dans la Revue française j que dirigeait M. Guizot, le mit un peu plus en lumière. A force de volonté et de travail, cet homme d'épée était, en effet, devenu un écrivain. Il manquait de souplesse et de couleur : rien en lui de cette aisance variée, de cette belle humeur qui sont les grâces du style. Il y avait au contraire dans sa manière quelque chose de contraint et de tendu, avec une amertume souvent fatigante par sa monotonie. Mais sa langue était exacte, forte, mâle, vaillante, se plaisant à aller droit au but, d'inspiration vigoureuse et fière, quoiqu'un peu sombre et violente, sans jamais rien qui sentît l'avocat ni le rhéteur.