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riez traînés à l'échafaud, elle peuple vous regarderait passer. » Carrel n'était pas moins persuade que l'armée aurait aisément raison de toute émeute; il ne supposait pas du reste que le peuple voulût se battre pour une telle cause. Quiconque eût pensé autrement, a-t-il écrit plus tard, « eût été pris pour un fou ' » . Aussi les chefs du parti libéral, réunis chez le duc de Broglie pour délibérer sur l'éventualité désormais certaine d'un coup d'Etat, ne prévoyaient pas d'autre moyen de résistance que le refus individuel de l'impôt. « Si cela devenait insuffisant et qu'on eût recours à la force, demanda l'un des assistants, que faudrait-il faire? » La question excita quelques murmures, et l'on se sépara sans vouloir l'examiner.
Mais la folie du gouvernement allait provoquer cette lutte armée, à laquelle aucun homme sérieux
1 L'opposition, même la plus avancée, n'avait rien alors de démocratique, et l'un des reproches adressés par Carrel au gouvernement d'extrême droite était de chercher s dans la nation une autre nation que celle qui lit les journaux , qui s'anime aux débats des Chambres, qui dispose des capitaux, commande l'industrie et possède le sol; de descendre dans ces couches inférieures de la population, où l'on ne rencontre plus d'opinions, où se trouve à peine qiichpie discernement politique, et où fourmillent par milliers des êtres bons, droits, simples, mais faciles à tromper et à exaspérer, qui vivent au jour le jour, et, luttant à toutes les heures de leur vie contre le besoin, n'ont ni le temps, ni le repos du corps et d'esprit nécessaires pour pouvoir songer quehjuefois à la manière dont se gouvernent les aifaires du pays ». Il Et en effet, ajoutait Carrel, c'est dans les bras de la populace (pi'il faut se jeter, c[nand on ne veut plus de lois, i Que diront de ces déclarations les modernes flatteurs du suffrage universel'?
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ne songeait, et son imprévoyante incapacité allait rendre possible ce succès de l'insurrection auquel les plus ennemis ne croyaient pas. Dès le lendemain des élections, Charles X, persuadé qu'il était en présence d'une rébellion, convaincu du droit qu'il puisait dans l'héritage de ses pères et qui lui paraissait réservé par l'article 14 de la Charte, s'é'ait résolu à accomplir enfin le coup d'État auquel il rêvait depuis longtemps. Le dimanche 25 juillet, le conseil lut réuni à Saint-Cloud pour arrêter la dernière forme des trop célèbres ordonnances. L'histoire raconte qu'au moment de signer, le roi s'arrêta, et, mettant sa lête dans ses mains, garda quelque temps le silence. « Plus j'y réfléchis, dit-il enfin, plus je reste convaincu que je suis dans mon droit, et que c'est le seul moyen de salut. » Puis il reprit la plume et traça son nom. Après lui, les ministres signèrent, sans rien dire. Le lendemain l'émeute commençait, et quelques heures suffisaient pour qu'elle devînt une révolution.
Convient-il de faire le récit de ces jours d'émeute, drame bien connu, hélas! pour s'être plusieurs fois reproduit sous nos yeux : la population qui regarde,
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étonnée et curieuse, les premières barricades, qui écoute, inquiète, les premiers coups de feu et le tocsin ébranlé par les mains populaires; les rues, qui se vident de leurs passants ordinaires, et se remplissent de figures inconnues et sinistres; la ville devenue muette, sauf quand retentit par intervalles le fracas de la mousqueterie et de la canonnade; quelques chefs parlementaires qui se glissent dans l'ombre, pâles et tristes, ahuris et impuissants; les troupes harassées, sans vivres, sans commandement, mornes et indécises, environnées d'un ennemi insaisissable, souvent invisible, qui se reforme derrière elles à mesure qu'elles avancent; un gouvernement tantôt confiant jusqu'à l'illusion, tantôt éperdu, n'ayant rien prévu, rien préparé, bien qu'il ait paru vouloir provoquer le conflit suprême, ne sachant que faire, ne donnant aucun ordre, obstiné quand la transaction serait encore possible , lâchant tout quand il est trop tard; un roi aveuglé par une sorte de confiance mystique, partant pour la chasse au moment où commence l'émeute, jouant aux échecs, avec toutes les observances de l'étiquette, pendant que le bruit du canon fait vibrer les fenêtres du palais, refusant d'écouter aucun conseil ou même d'entendre aucune nouvelle, et ne sachant sauver, dans cet universel écroulement, que sa dignité, le seul bien qu'il conserve de cet héritage de plusieurs siècles de royauté!
On n'est plus d'ailleurs en face de ce jeu des par-
lis réguliers qui était l'objet de notre étude. Au contraire, ce qui ressort tout d'abord est la rapidité avec laquelle ces partis sont débordés, annihilés, dès que commence la lutte armée. Dans un pays où régnent malheureusement les habitudes et les passions révolutionnaires, la résistance légale au pouvoir dégénère aussitôt en insurrection. Et dans l'insurreclion, qui commande, qui dirige? Sont-ce les hommes politiques, les chefs parlementaires qu'on a vus pendant quinze années à la tête de l'opposition? Non, ils ne voulaient pas du recours à la force. Quand ils commencent à entrevoir l'émeute et la révolution, les plus importants d'entre eux, MM. Dupin, Guizot, Sébasliani, AI. Casimir Périer surtout , reculent effrayés'; ils voudraient qu'on restât dans la stricte lé-
1 Dans une réunion, quelqu'un propos;int d'adhérer au drapeau tricolore arboré par le peuple, le général Sébastian! s'écriait avec violence « ne pouvoir prendre la moindre part à de semblables discussions « , et ajoutait que n le seul drapeau national était toujours pour lui le drapeau blanc j . Casimir Périer déclarait dans la matinée du 28 : «■ Ce qui convient le mieux à la France, ce sont les Courbons sans les ultras, s 11 disait à ceux qui étaient disposés à se rapprocher de l'émeute : « V'ous vous perdez ea sortant de la li'galité; vous nous faites perdre une position superbe. » Aussi les écrivains révolutionnaires ne tarissent-ils pas en reproches sur l'attitude de ces députés: a Casimir Périer, dit M. Louis liianc, aurait certainement étouiïé la révolution à son berceau, s il n'avait eu besoin pour cela que de l'appui de ses collègues, i AI. Cérard, fort en;;a;jé dans le mouvement, écrit de son côté, dans ses Souvenirs : « J'ignore quel était le fond de la pensée de Casimir Périer et de Sébastiani ; mais ce (jue je sais bien, c'est que tous leurs efforts ont été employés ii entraver le mouvement révolutionnaire, et qu'ils l'eussent tout à fait arrêté, si cela avait été en leur pouvoir, i
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galité et qu'on se bornât à adresser au roi une supplique respectueuse pour le conjurer de changer ses ministres. Les hommes de presse, |)his vifs, plus disposés parsituation à se risquer, et qui ont donné, par leur fameuse protestation, le signal du refus d'obéissance, MM. Thiers, Carrel, de Rémusat, n'entendent pas qu'on sorte de la résistance constitutionnelle. L'émeute leur paraît une folie dangereuse, et ils essayent de s'y opposer'.
Ceux qui prennent l'initiative de l'appel aux armes, et qui engagent le pays dans une révolution, contre la volonté de tous ses chefs politiques, sont quelques membres obscurs des sociétés secrètes, des jeunes gens à la tête chaude, des élèves de l'Ecole polytechnique flattés de la popularité de leur uni-
1 I ]Von, s'écriait M. de Rémusat, ce n'est pas une révolution que nous avons prétendu faire. Il s'ajjissait uniquement d'une résistance légale! i — Carrel disait en IS^U à M. V'éron : t Xon-seulement je ne me suis pus battu en juillet , mais j'ai tout fait pour empêcher les autres de se battre. Je n'ai i)as le droit de me dire u:i da auteurs de la révolution de juillet, i II écrivait aussi dans le. Vrtf /«««/, eu parlant des trois journées : a Xous y étions, nous l'avons vu, nous tous qui en parlons, qui en discutons aujourd'hui; mais soyons de bonne foi , nous n'y avons rien compris. » On avait rencontré en effet Carrel, pendant l'insurrection, » errant dans les rues, une b.i;{uctte à la main, l'air pensif et distrait au milieu des balles, l'esprit assiégé des plus tristes prévisions, épiant, d'un œil inquiet, les péripéties du combat ». Quant à AI. Thiers, il n'avait pas mieux » compris » que Carrel; sa surprise, son déplaisir et son elfroi avaient même été tels, en voyant la résistance légale dont il avait formé le plan et donné le signal, devenir aussitôt une insurrection populaire, qu'il avait jugé nécessaire de se cacher dans (|nelque campagne des environs. 11 ne devait se remontrer que deux jours après, une fois la victoire bien dessinée du côté de la révolution.
forme, des journalistes de second ordre, des ouvriers sans travail '. Parmi eux, pas un homme ayant autorité par son nom, sa situation, son talent. En style démocratique, cela s'appelle «le peuple»! Quels sont, par exemple, les émeutiers qui ont eu tout à coup l'idée, sans que personne la leur ait suggérée, de faire flotter les trois couleurs au sommet de Notre- Dame, et ont ainsi donné à l'insurrection, jusqu'alors incertaine et sans programme, ce qui fait le mieux marclier une foule et combattre une armée — un drapeau? Ils sont si obscurs, si ignores, que l'histoire n'a recueilli aucun de leurs noms. Les hommes politiques n'ont connu cet acte, peut-être le plus décisif de ces journées, et qui était comme le signe matériel d'une séparation irrévocable avec la vieille dynastie, qu'en voyant les passants lever la tête et se montrer du doigt les tours de l'église métropolitaine. La Fayette lui-même, grand maître de toutes les cérémonies révolutionnaires, et qui va tout à l'heure être à l'Hôtel de ville, sinon le chef, du moins le représentant de l'insurrection victorieuse, n'a fait que suivre le mouvement à l'origine duquel il était absolument étranger. Rentré à Paris quand la lutte était déjà engagée, il avait hésité à donner son nom, tant le résultat était encore incertain. Incident cu-
' Peut-être aussi, dans ces passions anonymes , faut-il faire une part, sinon aux ambitions, du moins aux rancunes bonapartistes. (Voir sur ce point M. Calchois-Lemaire , Histoire de la révolution rfeI830.)
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rieux qui montre bien la situation faite , dans cette aventure, aux personnages en vue : le général populaire avait pu, en arrivant dans la ville, lire son nom sur des placards qu'avaient fait aiBcher, sans le consulter, des faussaires subalternes j on y annonçait un gouvernement provisoire, composé de La Fayette, du général Gérard et du duc de Choiseul.
Pendant ce temps, les cbefs parlementaires erraient de réunion en réunion, délibérant sur les sommations de cette émeute anonyme, n'osant lui résister de front, mais lâchant de ralentir sa marche et bornant leur rôle à enregistrer avec tremblement des victoires gagnées sans eux, malgré eux, et qu'à leur physionomie on pouvait croire gagnées sur eux '. Ou avait déjà vu la direction de l'opposition libérale passer peu à peu des modérés aux violents, du parlement à la presse. II restait donc à la regarder descendre dans la rue!
Après tout, n'est-ce pas la conséquence ordinaire d'une révolution? Et s'il ne fallait considérer que cette phase du drame, les libéraux ne seraient-ils pas admis à se dire, en cette circonstance, aussi victimes que coupables, puisque c'était la royauté qui avait follement provoqué la lutte armée? Peut-on néanmoins les absoudre? Par une suite de fausses démarches, parfois d'actions mauvaises que nous
1 C'est en entrant dans une de[ ces réunions qu'àj la vue de la pâleur de ses collègues, M. Vilicniain laissa échapper ces mots : » Je ne m'attendais pas à loir tant de poltrons réunis. >
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avons du relever au cours de cette longue opposition de quinze ans, n'avaient-ils pas contribué à acculer le pays et la couronne dans la situation vraiment désespérée des derniers mois et des derniers jours? N'avaienl-ils pas poussé et enfermé la royauté dans une impasse dont un prince aveuglé n'a cru pouvoir sortir que parle coup d'Etat? Et si, embrassant d'un regard loiites ces fautes, il fallait noter d'une marque plus sévère celles qui ont été, entre toutes, funestes et inexcusables, celles qui ont eu la plus grande part dans le désastre final, nous indiquerions l'échec fuit, en 1819 et 1829, aux tentatives de conciliation entreprises par M. de Serre et par M. de Martignac.
D'ailleurs, dans les événements mêmes de la révolution, tout en tenant compte des circonstances qui atlénuent la responsabilité des libéraux, ceux-ci n'ont-ils aucun reproche à se faire, ou du moins aucun regret à éprouver? Si difficile qu'il soit, en de pareils moments, de remplir, et même de connaître son devoir, n'est-il pas évident qu'il fallait alors se prêter à toutes les transactions pouvant épargner au pays la périlleuse extrémité des solutions illégales et des expédients bâtards? Ces libéraux ont-ils conscience de n'avoir laissé échapper, par leur faute, aucune occasion? C'est rester fidèle à l'esprit de cette étude, d'examiner jusqu'à la dernière minute si quelque chance de conciliation ne s'offrait pas aux partis : aussi bien est-ce la seule recherche qui nous attire , dans
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l'histoire trouble et violente de ces jours d'émeute. 11 faut tout d'abord le reconnaître : au début, non-seuieuient les chefs de l'opjDosition eussent accepté, mais ils proposaient eux-mêmes un rapprochement, au prix d'un changement de ministère; le gouvernement refusa tout. C'est seulement dans l'après-midi du 29, quand l'insurrection, commencée depuis trois jours, était victorieuse, quand déjà on se trouvait en face de bien des faits accomplis, que le roi consentit enfin, et encore de fori mauvaise grâce, à essayer une transaction; il rapporla les ordonnances et chargea le duc de Mortemart de former un nouveau cabinet, en l'autorisant à offrir des portefeuilles à M. Casimir Périer et au général Gérard. Les chefs parlementaires qui eurent connaissance de ces actes dans la soirée, chez M, La£6tle, s'en montrèrent d'abord satisfaits. « La généralité des députés, rapporte M. de Vaulabelle, n'hésitèrent pas à trouver les concessions suffisantes; quelques-uns même déclaraient qu'elles dépassaient toute attente. » — « Mais ces propositions sont superbes, s'écriait à plusieurs reprises le général Sébastiani; il faut accepter cela! » Tout ce que put faire M. Laffitte, qui songeait dès lors, par vanité plus que par passion, à mettre lui-même la couronne sur la tête d'un nouveau Guillaume III, fut de gagner du temps par des objections de procédure , et , appuyé par Béranger, il obtint qu'on ajournât de quelques heures la résolution définitive. Toutefois, l'acceptation lui semblait
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si probable, qu'il disait à M. de Laborde : « Les cboses sont arrangées; le duc deMortemart est président du conseil, Gérard et Périer sont ministres. « Puis , voyant la surprise de son interlocuteur : «J'aurais désiré aulre chose, ajoutait-il; que voulezvous! tout parait décidé. «
Ce n'était pas l'affaire de M. Thiers, sorti depuis quelques heures de la retraite oîi il s'était caché après la signature de la proteslation des journalistes. Il passe la nuit à rédiger et à faire afficher à profusion de vives, courtes et habiles proclamations sans signature. ■■^ Charles X, y est-il dit, ayant fait couler le sang du peuple, ne peut plus rentrer dans Paris » ; et de là, on part pour poser ouvertement la candidature au trône du duc d'Orléans qui n'avait même pas été consulté. Par celte manœuvre hardie, le nom de ce prince que, le 29 au soir, presque personne ne prononçail, est, le 30 au malin, dans toutes les bouches. L'initiative d'un jeune journaliste niellait une fois de plus les meneurs parlementaires en présence d'un fait accompli. Et alors cesmêmesdéputés, qui semblaient avoir pour rôle de faire le contraire de ce qu'ils voulaient, faiblissent; ils n'osent plus accepter les propositions du roi que, la veille, ils trouvaient « superbes »; ils ajournent, traînent en longueur et finissent par décliner les ouvertures de M. de Morlemart. Bien lût même on les voit occupés à seconder M. Laffilte et Al. Thiers; la journée du 30 est employée par eux à brusquer et à engager irrévocable-
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meut les choses du côté du duc d'Orléans '. Consta- Jons du reste, pour la juste répartition des responsjhilités, que le duc de Wortemart, malade, sans foi dans sa mission, faiblement soutenu par Charles X, n'a pas mis dans ses démarches la promptitude et la décision qui seules forcent le succès et arrêtent la débandade, en temps de révolution. Quoi qu'il en >oil , en vingt-quatre heures, malgré les intentions premières des chefs du parti libéral, cette chance de conciliation s'était piteusement évanouie.
Il devait s'en présenter une autre, plus tardive encore, cependant plus importante, plus solennelle, dont l'échec sera le dernier et irréparable malheur de ces jours d'émeute. Le 2 août, Charles X, retiré à Rambouillet, abdiquait en faveur de sou petit-lils, le duc de Bordeaux, et désignait le duc d'Orléans comme lieutenant général du rojaume. C'est le sort ordinaire de ces sacritices suprêmes, d'être consentis quand l'insurrection, dans l'élan de sa victoire, dans l'elfervescence de ses passions, est peu disposée à s'arrêter. Toutefois, que pouvaient désirer au delà les opposants les plus exigeants? Ils oblenaient ainsi tout ce qu'ils espéraient de la révolution, avec celte révolution en moins, et la légalité en plus. Cette transaction satisfaisait , dépassait même les vœux secrets de presque tous les
1 Le Globe, des la première beiii c. poussa au cliangemeul de dynastie. II proclamait « la vacduce du IrJue » et déclarait « toute transact on impraticable * .
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libéraux. Ceux qui arrivaient de province ou qui , pour toute autre cause, étaient demeurés étrangers aux réunions de l'hôtel Laffitte , n'admettaient pas qu'on put hésiter à accepter et à soutenir le duc de Bordeaux. Le général de Ségur, malgré ses préventions contre les Bourbons, allait trouver Casimir Périer pour lui recommander cette combinaison. M. de Sainte-Aulaire, ancien député du centre gauche, et son gendre, M. Decazes, absents au début de la crise, revenaient à Paris avec le sentiment qu'il fallait éviter avant tout « cette extrémité d'une nouvelle dynastie » , et ils faisaient des démarches dans ce sens auprès de leurs amis ', Cependant, parmi les hommes politiques qui avaient pris la direction des événements, aucun n'essaya de faire valoir les droits du petit-fils de Charles X. L'abdication ne parut avoir d'autre résultat que de les j)ousser à précipiter d'autant plus la proclamation et l'installation du nouveau gouvernement.
A ceux qui insistaient en faveur du duc de Bordeaux on répondait alors qu'il était trop tard. « Cela n'est plus possible , s'écriait avec colère Casimir Périer, pressé par le général de Ségur. Je me suis vainement épuisé pour la conservation de ce principe dont je reconnais toute l'importance; m.iis aujourd'hui , nous en sommes si loin, qu'il suffirait de répéter cette proposition pour nous faire mas-
' Mfhnolrex tlii ;;énéral dk Skcir, et Notice sur M. de Sainli- Aiiliiin- , |)ar \I. dk RiiuvrK.