‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 14 sur 121 · PALL-LOUIS COURIER KT BERAXGKR. C · texte numérisé non relu

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grande partie à l'œuvre du chansonnier, celui ci lui a fait bonne figure, sans cependant trop se compromettre'. Aussi, en 1857, Xapoléon III reconnaissant a fait rendre un hommage solennel au - poëte national », lors de sa mort, et les critiques officiels l'ont justement revendiqué pour leur parti -. Seulement, par l'effet de cette merveilleuse habileté avec laquelle Déranger avait, de tout temps, soigné sa popularité auprès des hommes de gauche, les républicains Pont pleuré aussi comme un des leurs. On a même vu, ce qui est plus inexplicable, M. de Rémusat le célébrer comme u l'Alcée de la France libérale " ; « type pur et vif de ce que l'on veut que

1 M. Sainte-Beuve raconte que quelqu'un vit Déranger peu de mois après le rétablissement du second ICmpire. Le poêle était content, et dit à son interlocuteur : i Xe voyez-vous pas ([uc nous sommes à jamais délivrés du drapeau blanc? Vous n'avez pas compris le péril de cette Fusion ! \e i oyez-vous pas ici le triomplie de la Révolution et la portée des événements? — Mais la liberté ajournée v, lui objecta-t-on. Il se mit à rire: « Bah! elle reviendra! s

- Aussitôt que la mort de Déranger fut connue , le préfet de police fit afficher un placard qui débutait ainsi : ^ La France vient de perdre son poëte national ! Le gouvernement de l'empereur a voulu que des honneurs publics fus><cnt rendus à la mémoire de Déranger. Ce pieux hommage était dû au poète dont les chants, consacrés au culte de la patrie, ont aidé à perpétuer dans le cœur du peuple le soutenir des gloires impériales... j — De son côté , -M. Sainte-Beuve pouvait écrire : " Béranger est mort en communion parfaite acec le réfjime impérial ({u il n'avait pas appelé, mais (ju'il avait certainement préparé i ; il a compris « qu'il lui serait ridicule , « lui cpti avait tant fait pour entretenir par ses refrains le culte de Xapoléon, de n'en pas accepter les conséquences. // acail mis les autres en train; c'était bien le moins qu'il les suivit, t

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]a France ne soit plus », ajoutait-il, en faisant allusion au gouvernement d'alors.

Cependant l'heure de la réaction est enfin venue. Des mains honnêtes et hardies ont secoué et renversé l'idole, non sans faire crier les dévols de ce culte au scandale et au sacrilège. La besogne n'a pas été faite seulement par des adversaires politiques. D'autres y ont contribué , venus de la démocratie ou de la libre pensée '. Le renom usurpé de grand poëte a été ramené à une plus juste mesure. Le caractère surfout a été dévoilé. Il n'a plus été question de ce Béranger, cher à tous les Prudhommes bourgeois ou

' M.\L Pelletan, Renan, Proudhon, ont complété ce qu'avaient déjà commencé M. de Pontmartin et, dans une moindre mesure, MXI. Sainte-Beuve et Montégut. — D'ailleurs, même au temps oîi l'idole était debout, quelques-uns de ceux qui paraissaient s'associer au culte général en parlaient librement dans l'intimité. Dans les Crt///é>/'.y récemment publiés de M. Sainte-Beuve, on trouie le récit suivnntd'une convcr.';ation que cedernier eut, en 1847, avec M.Tliiers: » J'ai diiié hier chrz Tliiers. 11 y avait Cousin et .Mignet. On a parlé de Béranfjer. Thiers qui l'a bien connu, et qui a vécu avec lui durant de longues années, dans les moments 1rs plus décisifs de son ciistence, le juge comme moi : un homme calculé, faux bonhomme, un comédien qui ne fait rien que par rapport à son rôle, dans les plus petites choses comme dans les plus imposantes; d une vanité qui n'a de comparable que celle de M. de La Fayette; ayant d'ailleurs du patriotisme sincère. Connue bon sens, il lui en trouve beaucoup, mais gâté par un esprit de contradiction et par le caprice. Cousin non plus que Jlignet ne voient rien de tout cela, et sont dupes du dehors. Je souriais en entendant Cousin défendre chaleureusement Bérangor; je me rappelais qne celui-ci ne l'appelait jamais dans ini tenqis que le laquais de l'ialon, et qu'il disait de Mignet : * Oh! pour Mignet, ï il est comme les chats ([ui peuvent passer même par les égouts sans «se salir... s Car tel est Béranger quand il parle, le dos tourné, de «es amis : il a une manière de les louer qui les dénigre, i

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démocrates , patriote éniu , philanthrope au cœur sensible et indulgent, trinquant avec le vieux soldat, présidant aux plaisirs de guinguette avec « l'air d'un Franklin attendri 55. On a montré à nu le faux bonhomme, malicieux, haineux, d'inspiration basse et d'esprit étroit , plus corrupteur encore que corrompu , d'une prudence égoïste , hardi dans l'attaque, lâche devant la responsabilité ; nullement libéral et foncièrement bonapartiste, n'ayant eu qu'un but, faire le plus de mal possible aux Bourbons qu'il détestait, en s'arrangeant à lui-même la petite vie la plus douce et la moins compromettante ; courtisan habile, mais courtisan de la popularité, toujours occupé à soigner son rôle, et d'une adresse merveilleuse à mener la barque de sa réputation à travers le flux et le reflux de la faveur des foules. Proudhon, avec sa franchise d'irrégulier, est venu donner le dernier mot en résumant ainsi l'œuvre du personnage : « Il a servi la Révolution , mais il a fait baisser le sens moral et dérouté le sens politique. »

§ b. LE LIBERALISME BOX'APARTISTE.

Avec Déranger, on a touché du doigt l'une des plaies de l'opposition prétendue libérale , le bonapartisme. Le mal n'est pas toujours aussi paient, ni aussi aigu. Néanmoins, on le retrouverait à des de-

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grés divers chez presque tous les hommes de gauche. Les plus ennemis du césarisme en apparence n'avaient pas échappé à la contagion. Pourquoi par exemple Benjamin Constant, réimprimant, vers 1817, un choix de ses principales œuvres, se gardait-il d'y mettre la plus éloquente, son fameux pamphlet publié contre Napoléon en 1813 : De l'esprit de conquête et de l'usurpation? M. Laboulaye , son panégyriste, est obligé de confesser que c'était pour ne pas déplaire à ses nouveaux alliés , les impérialistes. .Avoir été fonctionnaire sous les Cent-Jours était un titre pour être porté à la députation par les indépendants, et un journal satirique du temps représentait un candidat s'écriant avec une surprise indignée : « On prétend que je ne suis pas libéral , moi qui ai servi dans les mameluks ! » Xul ne saurait s'étonner, du reste, que tant d'anciens bonapartistes se soient transformés en libéraux après 1815, quand on voit combien de libéraux de cette époque deviendront plus tard bonapartistes. Pour ne s'en tenir qu'au barreau, ne retrouvera-t-on pas parmi les hauts dignitaires et les instruments les plus dociles de Napoléon III presque tous les jeunes avocats dévoués aux idées de la gauche sous la Restauration, MM. Barlhe , Dupin , Dclangle , IJoinvilliers, Mocquart, Chaix d'Est-Ange, Roulay de la Meurlhe"?

C'est surtout dans la presse qu'apparaissait, avec une sorte de cynisme, l'alliance, on pourrait dire la fusion, des deux partis. Le plus important des jour-

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naux opposants était, sans contredit, le Constitutionnel, fondé en 1815, sous le patronage de Fouché. Ce que le Siècle devait être sous le second Empire pour la démocratie du suffrage universel, le Constitutionnel Véiaii pour la petite bourgeoisie censitaire; il flattait ses prétentions, servait ses haines dans ce qu'elles avaient de plus mesquin et de plus étroit; il «mangeait du prêtre et du noble 55 chaque matin, mais avec une sorte de décence littéraire qui convenait à ce public; il ne se piquait pas d'une chevalerie qui eût été peu comprise de ses lecteurs , et se proclamait, au contraire, le "journal des intérêts et des besoins » ; aussi la caricature lui avait-elle donné pour blason un pain de sucre et un bonnet de coton : railleries que son succès matériel l'aidait à dédaigner; ses actions sur lesquelles on n'avait versé que 500 fr. en valurent bientôt 100,000.

Les rédacteurs de celte feuille offraient un éditlant mélange de bonapartistes et de révolutionnaires. Les plus en vue étaient trois écrivains qui ont fait partie de l'Académie française, MM. Jay, Tissot et Etienne. Leur passé est curieux à observer. M. Jay avait été, jusqu'en 1810, attaché comme précepteur à la maison de Fouché, puis chargé par le duc de Rovigo de faire, pour l'empereur, des rapports sur la presse étrangère, enfin placé d'autorité par Napoléon à la tête du Journal de Paris. M. Tissot, membre du club des Cordeliers en 92 et 93, avait été poursuivi comme terroriste après le 9 thermidor, et repoussé par le

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Directoire pour opinions Irop avancées ; sous l'Empire, il était devenu le familier et l'obligé de Fouché; en 1810, lors de la reorganisation des journaux, le ministre de la police lui avait confié la surveillance de la Gazette de France. M. Etienne avait été le protégé du duc de Bassano ; nommé , par la faveur particulière de l'empereur, censeur et rédacteur en chef préposé au Journal de l'Empire ( ainsi s'appelait alors le Journal des Débats ), il avait fini par être élevé au poste important de chef de la division de la presse au ministère de la police , et était devenu du reste fort impopulaire dans l'exercice de ses fonctions. i\ côté et au-dessous de ces trois rédacteurs, on pourrait aussi nommer M. Géniond , ancien juré révolutionnaire et juge de Marie- Antoinette, et M. de Saint-Albin, qui avait été ami de Danton et de Camille Desmoulins. Avec ce personnel , le journal se disait libéral et travaillait pour l'Empire. Il célébrait chaque mort de vieux grognard, avec la même piété que la Quotidienne pleurait les anciens émigrés. Parfois, suiloul dans les premières années , il affectait hypocritement d'attaquer Xapoléon ; mais ce n'était qu'une apparence. A voir les passions auxquelles il faisait appel , la manière dont il distribuait les éloges et le blâme , son dessein évident et très-arrêté était de servir la cause impériale. Le Constitutionnel n'était pas une exception. Sur une vingtaine de feuilles périodiques de gauche, à peine en comptait-on deux ou (rois qui fussent hos-

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