LE LIBERALISME BONAPARTISTE
tiles à l'Empiie. De ce nombre était le Censeur. Indigné, dans sa sincérité, de la palinodie des bonapartistes, il conseillait à ses lecteurs «de se défier des hommes qui semblaient embrasser la liberté parce que le pouvoir d'opprimer leurs concitoyens leur était enlevé ». « Qu'on y prenne garde, ajoutait-il ; celui qui n'aime la liberté que parce qu'il ne trouve pas à vivre dans l'arbitraire ne saurait appartenir longtemps à la nouvelle cause qu'il paraît avoir embrassée. " Le spectacle de ces anciens instruments de la censure et de la police impériales, devenus dans la presse les champions intolérants de la liberté , avait en effet de quoi dégoûter les honnêtes gens. « Personnages impudents, a dit M. Prévost-Paradol , qui, n'ayant rien eu à redire à la constitution de l'an l IH, trouvaient leur grande àme à l'étroit dans la charte constitutionnelle ; qui, ayant approuvé qu'on mit au pilon les œuvres de madame de Staël , s'indignaient des moindres entraves opposées à la liberté d'écrire ; qui , ayant envahi , sans forme de procès , dépouillé et administré des journaux pour le compte de la police impériale, pouvaient à peine supporter, quelques années plus tard, qu'un jury réprimât les excès de la presse; que ne blessait pas sous l'Empire l'image des prisons d'Etat et des détentions sans jugement, mais que révoltaient, sous la Restauration, les moindres précautions prises contre le fléau renaissant des conspirations militaires. »
Si les impérialistes se prêtaient à jouer une corné-
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die qui, Iiors du pouvoir, ne leur coulait guère, les indépendants de leur colé aidaient leurs alliés à réveiller les souvenirs et les rancunes du militarisme napoléonien. A ce jeu, l'Empire ne perdait pas. .Au début, les bonapartistes avaient dû feindre de désavouer l'empereur pour se faire croire libéraux. Bientôt ce fut au tour des libéraux d'être contraints de concourir à la glorification de Xapoléon. Il suffit de regarder les titres des publications patronnées alors par l'opposition : Victoires, conquêtes et revers des Français; les Fastes de la gloire; l'Almanach des guerriers, ou De la gloire pour tous les jours; Une victoire par jour, ou le Calendrier militaire , etc. On remuait le patriotisme du vieux soldat, on caressait ses passions, on envenimait ses regrets. Ce n'étaient que vaudevilles en l'honneur des «braves». Une invention nouvelle, la lithographie, contribuait puissamment, entre les mains habiles de Charlel et plus tard de Raffct, à vulgariser cette légende guerrière. Toutes les industries s'en mêlaient, et il y avait jusqu'à des mouchoirs patriotiques où étaient représentés les hauts faits du grand capitaine. On réj)andait à profusion les brochures de Châtelain dont tout l'art consistait à placer systématiquement dans un cadre vulgaire, d'un côté un émigré bête et poltron , un curé méchant et hypocrite, un l'onctionnaire intrigant et bas, de l'autre un paysan aoquéreur de biens nationaux , un philosophe de village, pleins, tous deux, d'intelligence et de droiture,