LES SOCIETES SECRETES ET L'ARMEE
toyens... Ici ce sont les troupes elles-mèuies qui, sans désordre, sans chef ambitieux , ont les premières redemandé la constitution, émanée de la volonté générale du peuple. » Vainement M, Casimir Périer ajoutait-il que si « l'opposition se réjouissait de ces événements », c'était « dans l'intérêt de la liberté, non dans l'espoir d'une révolution en France »; il était sincère, en ce qui le concernait du moins, mais il était peu logique. Cet éloge àw pronunciamento était, par la force des choses, une excitation à l'imiter. Les ardents l'entendaient bien ainsi, et, dans sa correspondance intime, La Fayette ne dissimulait pas l'espoir qu'il fondait sur l'exemple donné par l'armée espagnole. Etait-ce d'ailleurs sans dessein qu'à ce moment même ou répandait à profusion dans tous les régiments la chanson de Déranger sur le vieux drapeau? Aussi le général d'Ambrugeac disait-il un jour : « Il est temps, dans l'intérêt de la patrie, de mettre un terme aux débats scandaleux qui agitent la Chambre. L'armée obéit et ne délibère pas. L'armée est fidèle; elle n'est pas tentée d'imiter les criminels exemples qu'on vante sans cesse à la tribune. » Et M. de Serre, rappelant certains discours des orateurs de l'opposition, y dénonçait « une provocation manifeste à la révolte , provocation qui s'adressait bien moins à la nation qu'à l'armée « . La Quotidienne signalait la même tactique : « .^u lieu d'élire des avocats, des professeurs, disait-elle, on nomme des généraux. » Il est vrai que le parti de
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la Quotidienne, tout en se plaignant justement de ces coupables manœuvres, semblait parfois, quand il traitait des intérêts ou touclmil aux sentiments de l'armée, avoir h tàcbe de seconder la gaucbe par ses animosités imprudentes et ses maladroites provocations. Le gouvernement, inquiet, jugeait nécessaire de prendre des précautions contre un pronii/iciamenlo possible, et il veillait à ce que, sur aucun point, il n'y eût plus de quatre régiments rassemblés.
Ce n'est pas ici le lieu de raconter les complots qui se sont succédé presque sans interruption, à Paris en 1820, à Saumur et à Défort en 1821, à Saumur, à Strasbourg, à la Rochelle en 1822, et qui, les uns après les autres, ont échoué, découverts avant d'éclater, ou promptement déjoués après un commencement d'exécution. Cette triste histoire est connue. Tous ces complots avaient le même caractère. Des députés, des hommes de j)arli donnaient le signal, commandaient du moins nominalement, et devaient se montrer en cas de succès; à chaque nouvelle entreprise, les conspirateurs obscurs déclaraient ne vouloir marcher que si des personnages politiques en renom s'engageaient avec eux. Mais ceux qui agissaient, qui prenaient les armes, qui payaient de leur tête, étaient des généraux en disponibilité, des officiers au service ou en demi-solde, des sous-officiers engagés dans les sociétés secrètes. Le plan se résumait toujours à entraîner telle ou telle garnison. On