LKS SOCIETES SECRETES ET L'ARMEE
n'avait en vue que le soldat : le bourgeois ou l'ouvrier, on s'en occupait peu.
De déviation en déviation, la politique « libérale » aboutissait donc à fonder tout son espoir et à concentrer tous ses efforts dans des insurrections de caserne. « Singulière situation, a écrit plus fard un des membres de la Haute-lente. On courait aux leçons de M. Cousin, on recueillait, avec une incroyable ardeur, les paroles de liberté qui, du baut des tribunes de France, d'Italie et d'Espagne, ébranlaient l'Europe; puis on allait s'entendre avec des sousofficiers pour enlever des régiments '. » En rappelant ces souvenirs, l'ancien carbonaro paraissait être frappé surtout de ce que le contraste avait de piquant et d'étrange L'bistoire doit être plus sévère. Elle dira que les prétendus libéraux de la gauche ont tenté alors de commettre l'un des plus grands crimes dont on pût se rendre coupable envers la liberté ! Par passion politique, ils ont travaillé à pervertir l'esprit militaire, attentat analogue à celui du 2 décembre. Le parti révolutionnaire n'en était pas d'ailleurs à ses débuts en ce genre. Ne l'avait-on pas vu, au 13 vendémiaire, pousser le premier la troupe à intervenir dans nos discordes intérieures, exciter les généraux à devenir des hommes de parti, et introduire les soldais, l'arme au poing, dans les luttes civiles? Au
1 Documents pour servir à f histoire des conspirations , par
M. DE CORCELLE.
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18 fructidor, il avait été plus loin encore; pour conserver entre ses mains un pouvoir que le pays, indi- ;]né et dégoûté, menaçait de lui enlever par ses votes, il avait lancé nuitamment les soldats de Bonaparte et d'Augereau contre la représentation nationale, montrant ainsi, le premier encore, comment des régiments, conduits par un général ambitieux et sans scrupule, pouvaient disperser un parlement et déchirer une constitution'. En 1820, c'était le même mal sous une autre forme : il ne pouvait plus être question de coup d'Etat; mais on essayait de Tinsurrccfion militaire et du prominciamcnto. L'échec de celte tentative ne diminue pas la responsabilité morale de la gauche. 11 n'a pas tenu à elle, en effet, que le mal espagnol ne s'acclimatât parmi nous, et n'infestât notre armée. Ce que fussent devenues alors la liberté et la paix publicpie en France, il suffit, pour s'en rendre compte, de jeter les yeux au delà des Pyrénées; de même qu'il suffit, au contraire, de regarder aujourd'hui autour de nous, pour voir comment une armée, demeurée étrangère aux partis et supérieure à toutes leurs divisions, ne servant que la loi et la patrie, peut devenir, dans les crises les plus redoutables, l'un des fondements principaux de
1 Xous ne pouvons (|uc renvoyer, pour ces faits, à la première de nos études, L(i f/i/ex(iun de Monarchie ou de liépub/iqite du 9 tficrmidor au IS brunutire. Voir nolaniincnt les eiiapilres sur le 13 vendémiaire et le 18 IVuctidor {Roijalislcs et Republica'nis , p. 59 et 105).
L'I\SLRRECTIO\ A LA TUIBLXE. l!l»
la liberté, de l'ordre social et de rexisfence nationale. Que des aventuriers et des Césars aient cherché parfois, dans l'intérêt de leur ambition , à détourner le soldat d'un si grand devoir, cela s'explique; mais on comprendra plus difficilement que la même œuvre de corruption ait été tentée un jour par de prétendus libéraux.
§ 3. l'iXSURRECTIOX a la TRIBUXE. (1850-1821.)
Pendant que les complots se tramaient dans les sociétés secrètes, le palais Bourbon n'était plus le théâtre des luKes fécondes de la liberté légale, et les discussions parlementaires dégénéraient en agitations stériles et factieuses La violence de tribune devenait complice du trouble des rues et de la conspiration de caserne.
Lors de la discussion de la loi électorale , en juin 1820, la gauche avait voulu essayer de cette intimidation du dehors, ressource habituelle des minorités révolutionnaires, toutes les fois qu'on n'a pas la sagesse d'éloigner de Paris les i\ssemblées L'agitation populaire, persévéramment excitée par ses orateurs, avait promplement tourné en émeute. Pendant que le Paris oisif et badaud s'était installé sur les terrasses de la place Louis XV, pour y goûter le spectacle, redevenu nouveau, des troubles populaires, les bandes formées dans les faubourgs étaient
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descendues sur les Tuileries et avaient lâché de les enlever. La fermeté de l'armée seule avait arrêté et dispersé les assaillants. Il est aujourd'hui prouvé, par les aveux mêmes des écrivains du parti, qu'un comité composé des députés de la gauche encourageait, dirigeait ces trouhles et se préparait à en profiler; il avait même cru un mouient tenir cette révolution tant désirée. Au parlement, les orateurs n'en affectaient pas moins de montrer dans la répression nécessaire de ces émeutes une sorte de guet-apens des troupes et du gouvernement contre la population et la Chambre. Chacun d'eux apportait à la tribune des récils où, avec les banalités d'usage, les soldats étaient présentés comme des assassins et les émeutiers comme d'innocentes victimes '. Le ministre dénonçait-il la faction « qui faisait appel à la multitude, et voulait obtenir par la révolte ce qu'elle désespérait d'obtenir de la libre délibération du pouvoir législatif» , aussitôt les députés, chefs ou complices de celte fiiclion si justement accusée, criaient à la calomnie. Ainsi commençait ce double jeu, sans dignité et sans franchise, qui devait marquer, pendant plusieurs années, le rôle parlementaire de l'opposition.
1 Plus lard, M. Louis Blanc ajoutera, après avoir rappelé, d'un ton à demi railleur, les <]émisscmcnls des orateurs d'alors sur les vicfinies de ces troubles : » Ces tumultes de la place publi<iue, que la bourgeoisie prolé;|eait ouvertement en 1819, nous l'avons vue depuis les flétrir avec passion. Ah! c'est (pi'eu 1819 elle n'était pas encore à bout de complètes, i
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Ayant échoué dans ce premier effort pour dominer l'Assemblée par la rue, les députés de la gauche n'eurent plus qu'un dessein : susciter et entretenir une agitation qui pût seconder les conspirations. Moins que jamais ils traitaient les questions sérieusement et pour elles-mêmes; ils saisissaient tout prétexte de faire naître quelque débat irritant qui mît face à face le drapeau tricolore c le drapeau blanc, 1789 et l'ancien régime, le vieux soldat et l'émigré, le combattant de Waterloo et le royaliste de 1815; qui inquiélàt le paysan sur la propriété des biens nationaux, le soldat sur son droit d'avancement, la société entière sur tous les intérêts nouveaux issus de la Révolution. A force de remuer chaque jour tant de matières inflammables , ils espéraient que l'incendie finirait par éclater. L'extrême droite, d'ailleurs, avec sa sagesse et sa clairvoyance ordinaires, no manquait pas de tomber dans le piège que lui tendait la gauche. Elle répondait avec une violence égale à ces provocations ; parfois même elle prenait l'offensive. De là des dialogues tumultueux, 011 les deux partis se heurtaient en agitant des drapeaux opposés qui étaient, en réalité, des drapeaux de guerre civile, on pourrait dire de guerre sociale. C'était, en effet, le choc de deux sociétés : celle de la révolution et celle de la contre-révolulion; entre elles, plus de médiateur.
Tel jour, par exemple, une périlleuse digression conduisait à discuter de quel côté, dans quel camp,
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avaient élé le droit et le devoir, pendant la Révolution ou les Ccnt-Jours. Etait-ce à Paris et dans l'armée française, ou à Coblentz et à Gand? « Les membres de l'opposition ont été fidèles à leurs serments, disait le général Foy. [Réclamations.) Oui, parce que le premier serment, celui qui domine tous les autres, était Ja fidélité envers la patrie. » — « Qu'entendcz-vous par la patrie? s'écriait d'une vois la droite; c'est au roi qu'il fallait être fidèle. A l'ordre! à l'ordre! » — «La nation et la pairie, reprenait le général Foy, n'étaient ni à Coblentz ni à Gand, mais sur le sol national. « — «A l'ordre ! répétait la droite. Vous justifiez la révolte, vous justifiez le 20 mars! » — «Qui donc, demandait l'orateur, a amené le 20 mars? » — « Vous! »' criait la droite en désignant la gauche. — « Vous! » répliquait la gauche en montrant la droite. Le président agitait vainement sa sonnette, et le général, reprenant sa thèse, portait au comble l'irritation de ses adversaires, en affirmant que « le régime légal avait cessé, au moment oii le roi avait passé la frontière ' ».
' Par une sorte de fatalité, ou plutôt par l'habileté perfide de quel(iues-iins , ce sujet, aussi passionnant que stérile, semblait èlre constamment à l'ordre du jour. Les orateurs de la ;;auclie ne manquaient pas une occasion d'évoquer Coblentz et i'émifjralion. i Vous insultez le roi, s'écriait alors la droite; le roi était à Coblentz; où est le roi, là est la France, s Un autre jour, c'était un membre de l'extrême droite, \l. de Courtavcl, (jui proposait d'élever une statue au prince de Condé, !e commandant de la petite armée des émiyrés. t [,es lauriers de ce priixe, disait-il, furent les lauriers de toute la l'ranre, (ar (oute 'a France a désavoué la Révolution, i Les
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De telles altercations pouvaient durer indéfmiment et se produire tous les jours, sans qu'aucun des adversaires arrivât à convaincre l'autre. On chercherait longtemps ce que la liberté et la paix publique pouvaient y gagner; on voit au contraire tout de suite ce qu'elles y perdaient. Mais les habiles de gauche avaient leur dessein. Manuel, contestant avec une subtilité audacieuse « le droit antérieur » de la famille royale, et osant parler de la « répugnance n avec laquelle elle avait été accueillie, atteignait son but, quand l'extrême droite exaspérée soutenait, pour répondre à son irrévérence factieuse, que, de 1790 à 1814, il n'y avait eu en France que des rebelles. En effet, le débat était amené sur un terrain où la réconciliation paraissait impossible entre la royauté et la révolution. Alors, avec un sangfroid perfide, l'orateur « prenait acte de l'aveu 5? , et se plaisait en quelque sorte à le souligner. ^ Ainsi, disait-il, jusqu'au 31 mars 1814, tout a été en France crime, révolte? [A l'extrême droite: Oui!) Ainsi les acquéreurs des biens nationaux n'étaient que des spoliateurs jusqu'au moment où la Charte est venue légitimer leur possession? [A l'extrême droite : Oui!) Eh bien, messieurs, puisque telle est
applaudissements éclataient à droite; à gauche les interruptions et les protestations. — » Parlez de votre France à vous! j disnit M. de Girardin. — » Oui, je le répète, reprenait M. de CourUuei , la France entière a désavoué la Révolution! d — « La France ciitièie, s'écriait le général Foy de sa voix tonnante, adopte et bénit les bienfaits et la gloire de la Révolution ! s
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votre opinion, il faut avoir le courage de le dire franchement à la nation. Il reste à savoir si elle est disposée à subir cette humiliation ; il reste à savoir si ceux qui ont eu le bonheur de rester sur le sol de la patrie, qui ont versé leur sang pour la conquête de ses libertés, pour la défense de ses lois et de son indépendance, consentiront à recueillir celte honte et cet outrage. )> Il terminait en rappelant les Stuarts, et, à mots couverts, mais cependant clairement intelligibles, il menaçait les Bourbons d'une révolution analogue à celle de 1688. Ce jour-là, Manuel, en descendant de la tribune, devait se féliciter d'avoir puissamment secondé l'œuvre de conspiration qui était sa préoccupation principale , et à laquelle, en réalité, il subordonnait son action parlementaire.
Dans le même dessein, et avec une insistance qui révélait une préméditation concertée, les orateurs de la gauche répétaient que la Charte était violée et que le droit était désormais du côté de la résistance extra légale. « Je dois faire une déclaration d'une haute importance, disait le général Tarayre. Je me crois consciencieusement obligé de déclarer à mes commettants que leurs droits naturels ont été attaqués, que le gouvernement représenlalif est faussé, et qu'il ne nous reste plus aucun moyen de défense ; paisible et régulière '. » Aussi l'un des membres les
• Si nous ne dei ions nous borner, il nous serait facile île faire des
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plus respectés de ia droite, M. de Kergorlay, dénoncait-il, indigné, les « provocations à la rébellion armée qu'il entendait journellement 5> ; puis il ajoutait : « Tout ce que les députés provocateurs j)ouvaient faire, sans compromettre leur siàreté , ils l'ont fait! » Et comme la gauche murmurait : « Ils l'ont fait, répétait-il, ils ont conspiré à la tribune! ;'
Ils conspiraient en effet, et ce n'était pas seulement à la tribune. MM. de La Fayette, Manuel, Voyer d'Argenson, de Corcelle, Beauscjour, Dupont (de l'Eure), iMartin de Gray, général Tarayre , étaient, on l'a vu, directement associés à l'œuvre ténébreuse et violente des sociétés secrètes. D'autres députés, comme MM. Benjamin Constant, Laffitte, le général Foy, Casimir Périer, deGirardin, n'étaient pas personnellement mêlés aux complots, mais ils savaient que leurs amis y étaient engagés '. Leur situation équivoque a été ainsi définie par un homme qui avait été à même de la bien connaître : « La séparation des libéraux révolutionnaires et des libéraux constitutionnels n'eut rien d'hostile. Les procédés parlementaires ne paraissaient pas tellement assurés à ceux qui en faisaient un si bon usage.
citations analojïiics de La I''ayottc,dc Manuel, de MM. Cignon, Voyer d'Argenson, de Ivénitry, etc.
* Telle élait aussi, en deliors de la Gliambrc, la situation de M. Odilon liarrol , qui a écrit dans i^cs Méi.'ioircs : a Quoique étranger à ces conspirations, je vivais dans l'intimité de ccu,\ qui jouaient, à ce terrible jeu, leur liberté et même leur lie. Ils se caciiaicnt peu de 11)02... t
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qu'ils ne fussent disposés à prendre une nouvelle attitude, en cas de troubles civils. D'un autre côté, les partisans d'une révolution n'avaient pas assez de confiance dans les forces qu'ils essayaient, pour négliger entièrement les moyens que le régime légal offrait encore ' . «
Peu s'en était fallu que La Fayette et quelques autres ne fussent compris dans les poursuites dirigées devant la haute Cour, à l'occasion du complot d'août 1820. lis n'y avaient échappé que grâce à la bienveillance personnelle de certains pairs qui s'étaient employés à détourner les menaces de la procédure. Intimidés un moment par ce péril, ils n'en furent que plus audacieux une .fois assurés de l'impunité. Tant de déloyauté et d'impudence poussait parfois à bout les ministres. Alors M. de Serre, revenu à la hâte du Midi pour soutenir presque seul ces terribles luttes, pâle, le corps défaillant et l'àme intrépide, soulevait d'une main irritée, dans une de ces improvisations qui semblaient suffire à faire reculer l'émeute, une partie du voile sous lequel s'abritaient les coupables; mais aussitôt, de ces bancs, où l'on savait bien que le garde des sceaux était encore au-dessous de la vérité, partait une explosion de feinte indignation et de récriminations injurieuses : « C'est trop fort!... C'est épou-
' M. DE CuRCEi,i.E j Documents pour scrrir à i'/iistoire des couspiraiions.
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vanfable! » hurlait-on à gauche « Lorsque le garde des sceaux monte à la tribune, s'écriait Benjamin Constant, c'est connue si Ton y voyait monter l'Injure et la Calomnie! » Casimir Périer se plaignait « des rêves qu'enfantait l'imagination vindicative et déréglée du ministre » . C'étaient d'ordinaire les députés non personnellement compromis qui se jetaient avec le plus de véhémence dans ces protestations, couvrant ainsi leurs alliés de leur demi-innocence. Quant h Manuel, il se jouait, avec un sang-froid insolent et subtil, au milieu des dénonciations qui le visaient plus que tout autre; jamais mauvaise conscience n'avait eu tant d'aisance pour se dérober aux accusations, tant d'audace j)our les braver. Il y avait plus de franchise dans l'impertinence de La Fayette, qui semblait défier le gouvernement, plutôt que chercher à lui échapper par les habiletés d'un double langage.
On ne saurait trop insister sur ce qu'avait de faux et d'immoral cette situation d'un parti qui jouait à l'Assemblée la comédie d'une opposition légale, reprochait, avec une indignation bruyante, au gouvernement de porter atteinte à la Charte, et qui, à ce même moment, préparait des complots dans l'ombre, et faisait éclater des insurrections. Si ces députés pervertissaient l'armée par les desseins qu'ils poursuivaient dans les sociétés secrètes, ils corrompaient les mœurs publiques par leur conduite à la Chanibre. Ils mettaient en effet à l'ordre du jour, dans les luttes
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de la vie parlementaire, l'hypocrisie et le menson<je. On n'est guère tenté de porter un jugement moius sévère sur les hommes qui, sans conspirer personnellement, demeuraient les alliés de ceux qui conspilaient sous leurs yeux. Elaient-ils de meilleure foi que les autres, donnaient-ils un plus sain exemple de loyauté et de moralité politiques, quand, sachant ce qu'ils savaient, ils s'associaient à toutes les campagnes entreprises à la trihune par les députés carhonari, et servaient ainsi de secrets et coupables projets; quand ils s'unissaient à eux pour soulever à tout propos des débats irritants et stériles, sans autre but que d'aigrir les mécontentements, d'enflammer les passions; quand, avec eux, ils accusaient le gouvernement de violer la Charte, et tâchaient de légitimer par là leurs menaces de révolution; quand, avec eux, ils se portaient, contre une réj)ression nécessaire et légitime, les avocats et les apologistes d'une jeunesse qu'ils n'ignoraient pas être factieuse; quand, avec eux, ils louaient les révolutions militaires d'Espagne et d'Italie, et semblaient les proposer comme modèles; quand, en face des ministres indiquant où étaient les conspirateurs, ils criaient au scandale, s'offraient avec fracas aux recherches de la justice, notaient publiquement de mauvaise foi, de calomnie préméditée, des imputations dont la sincérité et l'exactitude leur étaient connues, et cherchaient, par leurs bruyantes protestations et leurs injurieux défis, à intimider la poursuite
CASIMIR PERIIiR ET LE GEXERAL KUV. 120
et à la détourner des vrais coupables"? Que ces mêmes personnages vinssent ensuite affirmer à la tribune, avec Benjamin Constant, « qu'ils ne voulaient pas une révolution nouvelle », ou revendiquer, avec M. de Girardin, le titre de « royaliste constitutionnel », — étaient-ils de bonne foi? et s'ils l'étaient, comment justifier, comment expliquer leur conduite et leurs alliances?