‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 31 sur 121 · LES C0\SP1RAT10\S · texte numérisé non relu

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qui voyaient déjà les régiments faisant « demi-tour», sur le commandement d'un chansonnier, se rendaient un compte inexact de ce qu'était devenu le personnel militaire. Sa composition et son étal moral ont été analysés après coup par Carrcl , dans un article qui a été justement remarqué ' ., et où , comme l'a bien dit M. le duc de Broglie, « il a jugé en historien les éiénements où il s'était lancé en étourdi» . Très-peu de soldats de cette armée, beaucoup plus nouvelle qu'on ne le croyait . avaient servi sous l'Empire. Les trois quarts des sous-ofliciers devaient leurs grades aux dispositions libérales de la loi de 1818. Parmi les officiers, de qui en réalité dépendait la fidélité du soldat, les vieux capitaines ou commandants étaient peut-être au fond mécontents, mais ils avaient plié « sous la nécessité de conserver le morceau de pain attaché à l'épaulette » , Le plus grand nombre des lieutenants et des sous-lieutenants étaient entrés au service depuis la Restauration; ils désiraient à leur tour faire une guerre, quelle qu'elle fût, pour avancer, et pour avoir, eux aussi, à raconter leurs nuits de bivouacs et leurs bonnes fortunes d'avant-garde. C'était d'ailleurs un caractère nouveau de notre armée, et bien saisi par Carrel, que la présence sous les drapeaux de nombreux officiers, fils de leurs œuvres, étrangers aux partis, n'ayant d'autre opinion que leur consigne, d'autre préoccupation

' Revue française de 1828.

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que leur avancement, modestes, dévoués, ayant fait une fois pour toutes le sacrifice de leur pensée personnelle sur les affaires de leur pays. Quant aux anciens généraux de la République et de TEmjjire, ils faisaient assaut de zèle, et s'essayaient à parler arec émotion de Henri IV ef du panache blanc. Aussi, conchit Carrel, après avoir fortemenî et finement dessiné ces diverses figures du monde mililaire en 1823, «quels que fussent les sentiments de l'armée, l'ordre de passer les Pyrénées trouva tous les esprits disposés à l'obéissance, les uns comme à un devoir, les autres comme à une nécessité ;' . Ajoutons que l'écrivain républicain fait aussi honneur de ce succès à la sagesse et à la modération du duc d'Angoulème. La guerre fut bien conduite; c'est encore Carrel qui le reconnaît, et qui vante la tenue admirable des troupes. « Il est probable, dit-il, qu'il n'y a jamais eu, sous TEmpire, une armée de cent mille hommes mieux disciplinée et aussi instruite. 5)

Sans doute, si l'on ne considère que l'objet direct de cette guerre, les résultats en ont été médiocres; la malheureuse Espagne ne pouvait être tirée de l'anarchie que pour retomber dans le plus répugnant et le plus inepte des despolismes; aussi le duc d'Angoulème a-t-il été vite découragé et dégoûté de cette partie de sa tâche. Hors d'Espagne, les effets ont été plus considérables, \on-seulement la France a retrouvé en Europe, par cette dcraonslra-

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tion de sa force militaire, un prestige et une indépendance diplomatique qu'elle n'avait plus depuis 1815; mais, au point de vue qui nous occupe en ce moment, cette guerre, en mettant à une épreuve solennelle la fidélité, si criminellement tentée et si souvent contestée, du soldat, a fait cesser toutes les entreprises de perversion militaire, et a dissipé le malaise dont l'armée se sentait par suite atteinte. Désormais, tout complot devenait impossible; les conspirateurs eux-mêmes le reconnaissaient'. M. de Chateaubriand, dont l'imagination aventureuse a, dans cette circonstance, vu plus clair que la sagesse un peu terre à terre de M. de Villèle , avait pressenti ce grand résultat. Il avait donc le droit de le célébrer, la guerre terminée: «11 y allait de notre existence, s'écriait-il. . . Que de tentatives faites sur nos troupes ! Que de complots sans cesse renaissants ! ... De là cette fatale opinion, qu'il nous serait impossible de réunir dix mille hommes, sans nous exposer à une révolution. Eh bien, l'expérience a été faite. Le coup de canon tiré à la Didassoa a fait évanouir bien des prestiges, a dissipé bien des fantômes, a renversé bien des

• il Les complots, a écrit un député conspirateur ([ue nous avons souvent cité, n'auraient pas eu la iiioinilre consistance sans l'appui d'une classe formidable de mécontents : nous voulons parler de l'armée qui, pleine de brillants souvenirs, se tourmentait dans son oisiveté. Celi est si vrai qn'à partir de la guerre d'Kspa;jne, l'irrilaliou des troupes ayant lait place aux sentiments que devaient produire de nouvelles chances d'activité, les sociétés secrètes n'eurent plus qu'à mourir de faiblesse et d'ennui. »

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espérances. « Gardons-nous d'ailleurs de ne voir là, comme semble le faire M. Guizot, « qu'un heureux coup de main de dynastie et de parti ». Le danger auquel on échappait était pire qu'une crise dynastique, si fâcheuse fùt-elle. En écartant définitivement de la France le mal des insurrections militaires, on ne faisait pas seulement les affaires d'une maison royale, on sauvait la liberté et la paix sociale du plus effroyable des périls.

La gauche doit maintenant payer le prix des nouvelles fautes qu'elle vient de commettre. Ce que les conspirations avaient commencé, les tentatives de pronunciamento l'ont achevé. L'opinion s'est détachée plus encore de l'opposition. Celle-ci n'a plus confiance en elle-même. Elle a dépensé tant de forces pour manquer une révolution, qu'elle n'en a plus pour soutenir les luttes de la liberté. Le Censeur se plaint, avec une sévérité mélancolique, que les mœurs de ses amis politiques soient « à la fois séditieuses et serviles »; les mêmes hommes, dit-il, « qui déclament à huis clos et roulent toujours dans leur tête quelque pensée de conspiration, reculent ensuite devant le moindre acte légal de courage». Le ministère se montre habile et prompt à profiter de son succès. Il dissout la Chambre, avec le dessein , une fois en possession d'une Assemblée favorable, de substituer le renouvellement intégral tous les sept ans au renouvellement par cinquième chaque année. Les élections générales de 1824 sont

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pour la gauche plus qu'une défaite, elles sont une déroute. Malgré les pertes subies depuis 1820, les libéraux de diverses nuances comptaient encore dans la Chambre dissoute cent dix députés. Quatre-vingtonze restent sur le carreau ; dix-neuf seuls sont réélus, dont treize membres de la gauche et quatre du centre gauche. MM. de La Fayette, Laffitte, Dupont (de l'Eure), de Chauvelin, Voyer d'Argenson, Etienne, Beauséjour, de Kératry, les généraux Tarayre et Demarsay sont battus. Un homme personnifiait l'opposition, telle qu'elle s'était manifestée, depuis 1816, dans le Parlement et dans les sociétés secrètes : c'était Manuel; sa récente expulsion semblait auoir encore accru son importance et sa popularité. Eh bien ! signe de l'état nouveau des esprits , nonseulement il n'est pas renommé, mais, malgré les instances et les plaintes de M. Thiers dans le Constitulionnel, le comité central renonce à poser à Paris cette candidature qui lui semble trop compromettante. Les ennemis des Bourbons, qui s'attendaient, raconte M. Odilon Barrot dans ses Mémoires, à voir « le nom de Manuel sortir de l'urne de vingt collèges, comme une protestation éclatante», sont atterrés; ils « en sont à se demander, continue M. Barrot, si le pays, même légal, comprend les institutions , et s'il ne vaudrait pas mieux faire crier dans la rue : Vive le pain à deux sous! que : Vive la Charte! » Pendant ce temps, le général Laniarque, traduisant l'impression de ses amis, écrit : « Ces

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élections sont un nouveau Waterloo. » En face de ce désastre sans précédent, on serait tenté de juger les libéraux pour longtemps hors de combat, et de répéter ce qu'on leur disait alors : « Résignez-vous, vous en avez pour vingt-cinq ans! » si, en jetant ensuite les yeux sur les royalistes, on ne voyait à quel point ceux-ci sont exaltés par leur victoire, et quel usage les plus bruyants d'entre eux se préparent à en faire. Toutes les chances que la gauche a eues de servir elle-même ses idées et ses intérêts, elle lésa perdues par ses fautes; mais il lui reste encore celles que lui fourniront les fautes de la droite.

Si la conduite de l'opposition, depuis sept ans, n'avait eu pour résultat que son propre suicide, on pourrait s'en consoler, et sa responsabilité serait allégée devant l'histoire. Mais il y a plus : ses entreprises, pour n'avoir pas été profitables à sa cause, n'eu ont pas moins été nuisibles au pays. Par ses impatiences injustes, par ses exigences excessives, par sa mauvaise foi, par son parti pris révolutionnaire , la gauche a découragé la bonne volonté généreuse et confiante des hommes du centre; elle a fait échouer leur œuvre patriotique de conciliation entre la vieille monarchie et la jeune liberté, leur tentative médiatrice entre la France de l'Emigration et celle de la Révolution; elle n'a même pas eu de cesse qu'elle n'eût chassé du pouvoir, et en quelque sorte anéanti, ce parti intermédiaire et modéré, fût-ce avec l'alliance et au béné-

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fice des royalistes réactionnaires. Elle a inoculé dans les mœurs publiques un virus mortel à tout régime libre 5 au respect de la loi, elle a substitué la conspiration des sociétés secrètes; à la franchise dos luttes à ciel ouvert, l'hypocrisie et les mensonges de tribune. Crime plus grave encore contre la paix sociale et la liberté , elle a tenté de pervertir l'esprit militaire, en poussant les soldats dans les complols de casernes, en excitant les généraux à imiter, sur la terre de France, les p}^onwiciame?ilos à' Es[^Signc, Et au profit de quelle idée, de quel parti, a-t-elle fait ou tenté de faire tout ce mal? Au profil du bonapartisme, dont il ne suffirait pas de dire qu'elle a été la dupe; elle en a été le plus souvent la complice; à ce point que, s'il fallait chercher, dans les années suivantes, le résultat pratique et effectif de cette politique de la gauche, on le trouverait dans la facilité avec laquelle, un quart de siècle plus tard, le second Empire a pu être rétabli. Tel était, en 1824, à la veille de l'avènement de Charles X^ le bilan de ce qu'avaient fait pour la liberté ceux qui s'appelaient alors les « libéraux ",

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