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tout elle s'imaginait redresser, rajeunir, agrandir, apporter le mot dernier et décisif. C'était comme une immense espérance de la raison humaine, et à juger par les promesses et les inlentions, on eût cru assister aux débuts d'un grand siècle.
Ces travaux littéraires, historiques, philosophiques aboutissaient, ou du moins touchaient toujours par quelque côté à la politique, et généralement à une politique d'opposition libérale. Dans les premières années qui suivirent 1814, avant l'entrée en scène de la génération que la Restauration avait formée elle-même, la prépondérance littéraire semblait appartenir aux royalistes. De Maistre, de Donald, Lamennais, Ions ces grands noms de la littérature du temps étaient de leur côté, et entre tous celui qui avait le plus d'éclat et de retentissement, Chateaubriand. En était- il encore ainsi quelques années plus tard, vers l'époque à laquelle nous sommes arrivés? AI. de Alaistre était mort; AI. de Donald, vieilli, se répétait; Lamennais se perdait dans des exagérations qui l'isolaient, et faisaient prévoir sa chute dernière; Chateaubriand, tout en se prétondant et en se croyant fidèle à la royauté, combattait avec ses adversaires et pour eux. Pai* contre, presque tous 1 "s jeunes gens qui commençaient alors à se vouer aux œuvres de l'inlLlligence étaient plus ou moins engagés dans l'opposition '.
' Il serait assez curieux de parcourir la liste des lionimcs (jiii,
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Ce mouvement de la pensée, dont la Restauration avait donné le signal, semblait donc se retourner contre elle. Etait-ce maladresse imprévoyante du gouvernement, ou entraînement quelque peu ingrat de la jeunesse? Peut-être les deux. C'était aussi la foute d'une législation trop étroite qui reculait jusqu'à quarante ans l'âge de l'éligilîilité politique. Ces jeunes gens pleins d'ardeur, de confiance en euxmêmes et dans leurs idées, croyaient apporter des solutions nouvelles à tous les problèmes^ et ils se voyaient éloignés, pour des années qui paraissaient à l'impatience de leur âge mortellement longues, de toute participation efFeclive au maniement et à la délibération des affaires publiques. Luc seule porte restait ouverte à leur ambition politique : la presse. Or cette porte, on le sait, conduit le plus souvent à l'opposition. Pour les journalistes, la critique est plus facile, plus flatteuse, plus productive d'applaudissements et de popularité. N'ayant qu'à parler, non à agir, la nécessité d'appliquer leurs idées ne les
ayant moins de vingt-cinq ans au monieul de la Restauration, ont marqué depuis lors dans les travaux intellectuels et ont, à des degrés divers, pris part, de 1824 à 1830, à l'opposilion libérale : M. Villemain, né en 1790; M. Cousin, en 1792; .M.M. Patin et Alagnin, en 1793; MM. Augustin Thierry, Daniiron, Dubois, de SaUandy, en 1792; .MM. Jouflroy, Aliguet, eu 179G; .M.M. Tliiers et de Rémusat, en 1797; M.M. Duvergier de Hauranne et Michclet, en 1798; MM. Carre! et l'\ircy, eu 1800; MM. Saint-.Marc Cirardin et Jaequemonl, en 1801; .M. Vite!, en 18lt2; MM. Ducliàtel, Mérimée, Quine et Lerminior, en 1803; AI. Sainte-Beuve, eu 180'(. M. Guizot était un peu plus âgé; il était né en 1787.
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oblige pas, comme l'homme d'Etat, à les contrôler, à les mûrir, à y apporter des tempéraments; bien au contraire, Tentraînement de la polémique les pousse à devenir absolus, excessifs, violents, ne fût-ce que pour se faire entendre '.
Quoi qu'il en soit, c'est un spectacle étrange, et qui laisserait volontiers une impression de découragement, que celui de ce gouvernement puni, non par où il a péché, mais par où il a bien agi, et rencontrant parmi ses adversaires une jeunesse qui lui devait son émancipation. Sorte de contradiction, qui a fait dire un jour à l'un des hommes de cette génération, M. de Rémusat, avec un mélange de sérieux et de raillerie : « Je n'ai jamais eu un grand fonds d'aigreur contre la Restauration; je lui savais gré, en quelque sorte, de m'avoir donné les idées que j'employais contre elle. «
' Cairel a reconnu, clans une lettre écrite le 17 avril 1832, cette tendance presque fatale du journaliste à être violent et excessif, et il en a donné l'une des raisons : « Si j'étais député, disait-il, je ne parlerais pas à la tribune comme j'écris dans un journal ; mais il faut écrire dans un journal autrement que lorsqu'on parle en public. Quand ou fait de la politique dans un journal, c'est comme si l'on criait au milieu d'une foule; l'individualité est absorbée, elles ménagements qui donnent un certain relief d'habileté à l'individu qui se présente et parle en son nom éteindraient sa voix quand il parle au nom de tous et parmi tous, p
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