LES MOXDAINS DU GLOBE
rience, ils se sont trouvés maîtres du terrain, qii'ontils pu faire de leur succès? Il en est qui ont continué à chanter victoire. M. de Rémusat, par exemple, rappelant après 1830, avec une sorte d'orgueil, quelles avaient été les prétentions de ce qu'il nommait le nouvel esprit: « Jamais, disait-il, il n'avait ambitionné à ce point de réunir tous les caractères d'un pouvoir ensemble ppiriluel et temporel. A lui désormais les deux glaives. A lui les deux couronnes. Il rend la pareille à l'esprit du moyen âge, il aspire aussi à la domination universelle. 5? Puis, l'ancien rédacteur du Globe ajoulait : « Ce nouvel esprit a-t-il réussi? Est-il vrai qu'il ait obtenu un double succès? A-t-il su en même temps démontrer et fonder des institutions, donner le mot d'une époque et d'une société?... Pour moi, je le crois... lime semble qu'à prendre les choses en masse , ce grand effort de l'intelligence n'a pas échoué. » Ailleurs, il précisait encore plus sa pensée : « Si un sceptique chagrin me demandait ce qu'a produit ce mouvement si complaisamment décrit, je n'hésiterais pas, et je répondrais : Il nous a rendus capables de la révolution de 1830, et je croirais assez dire... Voilà le résultat de quinze années: une révolution irréprochable ! 5?
M. de Rémusat avait-il donc raison de se féliciter? Un autre écrivain de la même génération, M. Sainte- Beuve, n'était-il pas plus dans le vrai quand, vers la même époque, en 1833, après avoir rappelé, lui
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aussi, ses grandes espérances, il confessait sa déception avec une franchise d'irrégulier?
Vers la fin de la Restauration, et grâce aux travaux et aux luttes enhardies de cette jeunesse déjà en pleine virilité , le spectacle de la société française était mouvant et beau... Ou allait à une révolution, on se le disait, on gravissait une colline inégale, sans voir au juste où était le sommet, mais il ne pouvait être loin. Du haut de ce sommet, et fout obstacle franchi, que découvrirait-on? C'était là l'inquiétude et aussi l'encouragement de la plupart; car, à coup sûr, ce qu'on verrait alors , môme au prix des périls , serait grand et consolant. On accomplirait la dernière moitié de la tâche, on appliquerait la vérité et la justice, on rajeunirait le monde. Les pères avaient dû mourir dans le désert ; on serait la génération qui touche au but et qui arrive . . . Tandis qu'on se flattait delà sorte en cheminant, le dernier sommet, qu'on n'attendait pourtant pas de sitôt, a surgi au détour du sentier; l'ennemi l'occupait en armes, il fallut l'escalader, ce qu'on fit aupasde course et avant toute réflexion. Or ce rideau de terrain n'étant plus là pour borner la vue, lorsque i'étonnement et le tumulte de la victoire furent calmés , quand la poussière tomba peu à peu et que le soleil, qu'on avait d'abord devant soi, eut cessé de remplir les regards, qu'apcrçut-on enfin? Une espèce de plaine , une plaine qui reconnnençait plus longue qu'avant la dernière colline, et déjà fangeuse. La masse libérale s'y rua pesamment comme dans une Lombardie féconde; l'élite fut débordée, déconcertée, éparse. Plusieurs, qu'on réputait des meilleurs , firent comme la masse et prétendirent qu'elle faisait bien. Il devint clair à ceux qui avaient espéré mieux que ce ne serait pas cette