L'OPPOSITION SOLS M. DE VII.LRLE
regarderais comme un grand mal et un grand péril. Je tiens la révolution de 1789 pour satisfaite aussi bien que pour faite... Ce qui importe aujourd'hui à la France, c'est d'expulser l'esprit révolutionnaire qui la tourmente encore et de pratiquer le régime libre dont elle est en possession. La maison de Bourbon convient très-bien à ce double besoin du pays. Son gouvernement est antirévolutionnaire par nature et libéral par nécessité. Je redouterais beaucoup un pouvoir qui, tout en maintenant l'ordre, serait d'origine, de nom, d'apparence assez révolutionnaire pour se dispenser d'èlre libéral. 55 Ces sentiments sincèrement monarchiques n'empêchaient pas AI. Guizot de faire par ses brochures une guerre parfois redoutable au cabinet; mais jusque dans ses censures les plus sévères, « son ardente préoccupation était, disait-il, d'élever la politique hors de l'ornière révolutionnaire », et l'on discernait déjà, dans le futur ministre, les premiers symptômes de cet esprit de gouvernement qui tempère trop rarement, chez les écrivains de parti, les faciles entraînements de la critique sans responsabilité et de l'opposition à outrance '. Un tel exemple donnait le ton aux contro-
' iM. Guizot a dit à ce propos dans ses Mémoires : « Une antre vérité commençait aussi dès lors à m'a|)[);uaître. Dans nos sociétés modernes, quand la liberté s'y déploie, la lutte est trop inégale entre ceux (]ni gouvernent et eaux qui critiquent le gouvernement. Aux uns, tout le fardeau et une responsabilité sans limites; on ne leur passe rien. Aux autres, une entière liberté sans responsabilité; de leur part, on accepte ou l'on tolère tout. Telle est, du moins chez
Lie ROI LST MORT! VIVE LE ROI! 273
verses d'une portion de la presse libérale, et contribuait à leur enlever, au moins dans la forme, ce qu'elles avaient eu naguère de désordonné et d'insurrectionnel.
L'alliance des doctrinaires n'était pas la seule que la gauche fut réduite à rechercher. Elle avait besoin, dans la Chambre des pairs, du concours des anciens amis de M. de Serre, de M. Decazes et du duc de Richelieu. Aurait-elle pu l'obtenir si elle avait inquiété ou froissé leur royalisme? De plus, du moment où il lui fallait tant d'alliés, n'avait-elle pas intérêt à se distinguer d'eux le moins possible, afin de ne point faire mesurer sa propre faiblesse et compter son petit nombre? Son jeu était que tous les opposants parussent se confondre sous un même drapeau, et ce ne fut pas l'une des moindres raisons qui déterminèrent alors les plus hostiles à répudier toute apparence de desseins anlidynastiques.