‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 55 sur 121 · L'OPPOSITION! SOUS M. DE VILLKLE · texte numérisé non relu

L'OPPOSITION! SOUS M. DE VILLKLE

opposilion , l'avènement d'une jeune génération étrangère aux partis pris de ses devanciers, la tactique de loyauté constitutionnelle acceptée ou subie par toutes les nuances de la gauche, la lassitude des uns et le bon vouloir des autres, le besoin général de repos et de stabilité, créaient une situation nouvelle dont, avec une nouvelle politique, le gouvernement pouvait tirer un heureux parti. L'heure avaitelle donc enfin sonné, où l'on allait sortir de l'état révolutionnaire, pour entrer dans ce qui devrait être le régime normal d'un pays libre, c'est-à-dire des partis se disputant la direction des affaires, sans contester le principe , ni mettre en péril l'existence du gouvernement? Il n'eût été alors nullement indifférent que tel ou tel de ces partis rivaux l'emportât; mais, au risque de voir ses préférences plus ou moins longtemps contrariées, on n'en aurait pas moins du saluer celte condition nouvelle des luttes politiques, comme la réalisation du plus beau des rêres. C'eût été la liberté fondée !

Pour y arriver, il aurait fallu tout d'abord que les libéraux se séparassent définitivement de la partie révolutionnaire ou bonapartiste de l'opposition. Compter qu'ils prendraient d'eux-mêmes l'initiative de cette rupture, surtout à l'heure où la droite victorieuse leur apparaissait comme l'adversaire immédiat, et v^olonliers comme l'ennemi unique, eût été peut-être leur supposer un sentiment de leur devoir, une intelligence de leurs intérêts, une clairvoyance du vrai

LES FAITES DES VAI.VQLELHS. 2Sl

péril, que leurs antécédents n'autorisaient pas à espérer. II était donc à désirer que le gouvernement allât en quelque sorte au-devant d'eux, attirât à lui leur bonne volonté un peu incertaine, affermît leur loyauté naissante, que surtout il leur enlevât tout prétexte de maintenir cette alliance, et leur fournît au contraire des motifs et des occasions de la rompre. Le parti en possession du pouvoir avait ainsi, à raison même de son succès, une grande lâche à remplir envers l'opposition. Il eût été bien imprudent de sa part de ne voir, dans les élections de 1824, qu'un triomphe dont il avait seulement à se réjouir avec orgueil et à user sans ménagement. Pour des hommes d'Etat prévoyants, l'étendue même d'une pareille victoire devait être une cause de préoccupation. Une réaction si subite et en quelque sorte si violente est rarement définitive : résultat d'un coup de vent, elle peut être détruite par une bourrasque contraire '. D'ailleurs, toute la politique ne se résumait pas à réunir une majorité plus ou moins forte dans la Chambre des députés. Un gouvernement sage avait à regarder en dehors du parlement et du pays légal, et à s'inquiéter de la direction que prenait l'esprit de la

* Des royalistes comprenaient ainsi la situation, et au lendemain des élections, .M. de Lamartine écrivait de province à M. de Genoude : i Les conversions politiques ont été ici belles et nombreuses. Dans tout mon petit canton, de dix-huit électeurs que nous sommes, seize votèrent mal en 1820, et deux seulement ont mal voté cette fois-ci. Mais tout cela n'est qu'un vent inconstant qu'une mesure plus ou moins sage peut faire souffler d'un autre côté, i

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jeunesse libérale. S'il n'y avait dans les rangs de cette jeunesse aucun éligible et même si elle comptait très-peu d'électeurs, elle n'en représentait pas moins un mouvement intellectuel, une impulsion d'avenir, dont la Restauration avait donné le signal , et que, pour son honneur et sa sécurité, elle ne devait pas laisser se retourner contre elle.

Certains royalistes, qui devaient peut-être à leur éloignement de la politique militante une vue plus claire et plus sereine de la situation , comprenaient mieux que d'autres la conduite imposée par sa victoire même au gouvernement de droile. Madame Swelchine écrivait, vers cette époque, à la marquise de 3Iontcalm, sœur du duc de Richelieu : « Voilà le roi de France remonté pour la troisième fois sur son trône, et j'espère que cette fois-ci, c'est tout de bon. Ce succès doit donner tant de force au gouvernement que, s'il le veut, il est sur d'avoir réduit également amis et ennemis , et de pouvoir les faire marcher dans cette voie de modération et de sagesse qui jusqu'ici n'a paru convenir ni au\ uns ni aux autres'. » En ces quelques lignes, madame Swetchine donnait un excellent programme : profiter de ce qu'on était très-1'orl, pour se montrer

' Les sentiments royalistes de madame Svvcliliine n'étaient cependant pas suspects. Elle écrivait dans une autre lettre : » Je suis Française depuis que je nie connais. Dans cette France, je n'ai jamais admis d'autre pouvoir que celui des Ikiurbons , et je sens la gloire de leurs triomphes comme leurs meilleurs serviteurs, i

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