LES ALLIÉS ])E LA GALCHE
go. LES ALLIES DE LA GAUCHE.
Lorsqu'elle se donnait pour rôle, en apparence unique, de défendre la société moderne conire Jes tentatives réelles ou imaginaires de retour à l'ancien régime, la gauche n'y trouvait pas seulement cet avantage de garder l'attitude constitutionnelle la plus correcte , tout en faisant une opposition ardente et en réalité fort meurtrière; elle voyait aussi avec joie les libéraux plus modérés et volontiers dynastiques conduits, par la manière dont la bataille était engagée, à combattre à côté d'elle et à confondre leurs rangs avec les siens. Ceux qui eussent été disposés à être les amis, ou résignés à ne pas être les ennemis de la Restauration, n'étaient pas en effet les moins vifs à repousser tout dessein de contre-révolution. Pendant que M. Mignet, ami de Alanuel, donnait le mot d'ordre dans le Courrier, en évoquant le spectre de l'ancien régime, un procureur général, homme du centre, jusqu'alors étranger à l'opposition, et qui fera partie plus tard du ministère Alartignac, M. Bourdeau , mêlant à ses alarmes politiques ses méfiances de vieux parlementaire, s'écriait à la tribune ■ " Ce qu'on «'eut nous imposer, c'est l'ancien légime, avec les jésuites en plus et les libertés de l'Église gallicane en moins ' » Quand
294 L'OPPOSmOx\ SOLS AI. DE VlLLiaE.
M. Royer-Collard lui-même sortait à de rares intervalles de son silence hautain et découragé, et prononçait quelqu'un de ces discours qui étaient des événements, c'était presque toujours pour combattre la contre-révolution. Dès 1824, il en montrait la folie et le péril :
« La démocratie est partout. Elle n'a plus de conquêtes à faire; elle touche les colonnes d'Alcide. L'esprit de la Révolution a donc passé tout entier dans la ferme et unanime volonté de les conserver à l'abri de la violence, à l'abri de l'insulte. La prudence conseille-t-elle d'inquiéter, de tourmenter, d'irriter ce redoutable esprit, et de rendre à nos sanglantes discordes leurs champs de bataille? Les situations relatives sont-elles changées? La démocriatie est-elle plus faibli^ qu'il y a quarante ans, ou bien ses adversaires sont-ils plus forts? Les niasses sont-elles moins ricbes, moins éclairées, moins nombreuses, moins jalouses de leurs droits? L'égalité a-t-elle cessé d'être un besoin invincible, inexorable? En un mot, les instincts de la Révolution sont-ils émoussés ou sont-ils moins redoutables? Nous sommes, messieurs, dans une situation critique, et le danger s'accroît d'année en année. «
Bientôt, en 1827, la parole du grand doctrinaire devint plus amère, plus agressive; il n'apportait plus seulement un avertissement , mais une dénonciation et une protestation :
Il La loi que je combats annonce la présence d'une faction dans le gouvernement, aussi ccrlaincmenl (juc si cette fac-