‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 59 sur 121 · LES ALLIES DE LA GAUCHE · texte numérisé non relu

LES ALLIES DE LA GAUCHE

tion se proclamait elle-même , et si elle marchait devant nous, enseignes déployées. Je ne lui demanderai pas qui elle est, d'oiî elle vient, oià elle va : elle mentirait. Je la juge par ses œuvres. Voilà qu'elle vous propose la destruction delà liberté de la presse; l'année dernière, elle avait exhumé du moyen âge le droit d'aînesse; Tannée précédente, le sacrilège. Ainsi, dans la religion, dans la société, dans le gouvernement, elle retourne en arrière. Qu'on l'appelle la contre-révolution ou autrement, peu importe, elle retourne en arrière; elle tend, par le fanatisme, le privilège et l'ignorance, à la barbarie et aux dominations absurdes que la barbarie favorise. La société ne succombera pas, je lésais; elle est assez forte, assez éclairée, assez glorieuse, dans l'opinion du monde entier, pour braver ses ennemis, et elle les brave; si le pouvoir aussi se fait son ennemi, elle ne se sentira pas encore vaincue, et ce n'est pas pour elle que je craindrai. Mais je déplorerai cette inexplicable fatalité qui repousse la confiance par la menace, l'affection par l'injure; qui, d'une main infatigable, va ranimant sous toutes les formes des combats éteints, et sollicite, avec une aveugle ardeur, de nouvelles victoires et de nouvelles défaites. X'est-ce donc pas assez qu'une fois déjà la monarchie ait péri sous nos yeux, pour une cause qui n'était pas la sienne? Qu'a-t-elle besoin, pour sa sécurité ou sa splendeur, des périls de la contre-révolution ? »

La gauche était appuyée par des hommes plus rapprochés encore de la droite, par les survivants du centre droit, anciens amis ou collègues du duc de Richelieu. Ceux-ci, en nombre infime à la Chambre des députés, étaient influents à la Chambre des

206 L'OPPOSITIOX SOUS M. I)K \ ILLKLi:.

pairs. MM. Decazes, Mole, Pasquier, Roy, Siméon, Dessoles, unis aux libéraux du centre gauche comme le duc de Broglie, M. de Barante et M. Lanjuinais, aux pairs d'origine impériale tels que MM. Daru et Moliien, et aux amis de M. de Chateaubriand, étaient de force à tenir en échec le cabinet. M. Laîné lui-même se joignait à eux, tant l'opposition provoquée par la politique de droite gagnait loin, montait haut, dans les régions monarchiques '. Ce sont les pairs qui, faisant contre-poids à la majorité élue, en 1824, à la Chambre des députés, infligèrent à M. de Villèle les grandes défaites parlementafres des trois dernières sessions de son ministère. Ce sont eux notamment qui repoussèrent la loi sur le droit d'aînesse, et firent retirer la loi sur la presse. Spectacle rare dans l'histoire politique que celui d'une opposition libérale trouvant son point d'appui dans la Chambre haute, tournant vers celle-ci ses regards, fondant sur elle toutes ses espérances! Dès 1824, M Mignet écrivait dans le Courrier : « L'opinion ne doit plus compter que sur les pairs »; et après chaque vote, c'était, dans les feuilles démocratiques, une explosion de reconnaissance attendrie et d'éloges enthousiastes à l'adresse de la noble Assemblée.

• M. Laîné cependant ne pouvait être snspett, \"avail-il pas, en 1818, quitté le ministère, parce ([u'il trouvait que M. Decazes et M. (le Serre penchaient trop à gauche?

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