LA QUESTIO.Y « CLÉRICALE > SOLS M. DE VILLKLE
mesquine et répugnante, mais parfois efficace!
Cette littérature , du reste , avait alors ses modèles qui n'étaient pas sans quelque éclat. Paul-Louis Courier, par exemple , n'était-il pas de ceux qui mettaient à la mode ces historiettes de curés, ces pamphlets contre les sacristies, cette façon d'attaquer la religion par les petits côtés? Il y apportait plus d'art que le ConstHution?iel,non plus de justice, de largeur, ni d'élévation. Il était possédé de la même animosité étroite contre la soutane. Là étaient pour lui Tennemi, le péril. « Serons-nous capucins? écrivait-il, ne le serons-nous pas? voilà aujourd'hui la question. Nous disions hier : Serons-nous les maîtres du monde? » •
Un homme personnifiait mieux encore, et avec un renom plus étendu, cette irréligion vulgaire qui semblait faire partie du libéralisme : chacun a nommé Déranger. Proudhon l'a dit : « La plaisanterie et les gaudrioles de Déranger sont en général puisées à deux sources suspectes, l'impiété et l'obscénité '. ^ On dirait quelque esprit fort d'estaminet qui insulte le prêtre dans la rue, et ricane au passage d'une procession. Rien ne l'arrête; il jette son petit vin de cabaret à la face de tous : du curé , de la religieuse ,
1 C'est pour outrage à la morale publique et religieuse qu'en 1822 la Cour d'assises a coudamné Déranger à trois mois d'emprisonnement. Les chansons dans lesquelles le jury trouva ce délit avaient pour titres : Deo gratins d'un Epicurien ; la Descente aux Enfers: Mon Curé; les Capucins; les Chantres de paroisse; les Missionnaires; le Bon Dieu.
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de Loyola, du pape et même du boa Dieu ; il abaisse la sœur de charité au niveau de la courtisane; il parodie les sacrements et les paroles de la prière, y mêlant le libertinage avec une impudeur sacrilège; il raille et salit les dévotions les plus pures et les croyances les plus populaires, VAnge gardien el le Jour des morts. Ce n'est pas chez lui entraînement de buveur aviné, s'oubliant dans la gaieté audacieuse de Torgie. Xon, c'est un faux ribaud, un blasphémateur à froid. Tout est calculé , moins encore dans un dessein de négation philosophique et doctrinale que pour flatter et exciter certaines passions qui lui paraissent devoir servir sa haine contre les Bourbons. Du reste, ce qui frappe et rebute le plus dans celte impiété, ce n'est pas sa grossièreté impudente, c'est sa niaiserie vulgaire. Cette théologie ne dépasse pas celle du commis voyageur. Des écrivains, fort hostiles pourtant au catholicisme, en ont été dégoûtés. Béranger, a dit M. Renan , attaque la religion « par tous les côtés étroits, courts, plats et communs ' ». Quelle conception plus basse en effet que celle de ce « Dieu des bonnes gens jj dont le chansonnier s'est fait le
• « D'un côté, a dit encore AI. Renan, nous sommes blessés de son rire; quand il raille l'huile sainte,... il nous oflense; car songez, disons-nous, à ceux que cette onction a consolés... De l'autre, son dieu de yrisettes et de buveurs, ce dieu auquel ou peut croire sans pureté de mœurs ni élévation d'esprit, nous semble le mythe du béotisme d'esprit, substitué à celui de l'antique sentiment. Xous sommes tentés de nous faire athées pour échapper à son déisme, el dévots poui n'être pas complices de sa platitude. *
356 LA QUtSTIOX c CLERICALE . SOLS AL m VILLÈLE.
psalniiste ! Dieu commode , à l'usage des buveurs et des griseltes, qui préside aux débauches de cabaret et de mauvais lieu, qui nous a donné le vin pour l'ivresse et les filles pour le libertinage, qui accueille sur le même rang, dans son paradis, la sœur de charité et la danseuse d'opéra, l'une apportée « sur les ailes des anges» , l'autre « dans les bras des amours » ; dont la morale substitue partout le plaisir au devoir, et dont le culte transformerait le monde en une vaste abbaye de Thélème. Quel apostolat de la part de celui qui se dit un poëte populaire! Quelle façon d'élever le cœur du bourgeois et de l'ouvrier! Quelle noble et efficace solution apportée à tous ces redoutables problèmes que la souffrance inégalement répartie et la convoitise impatiente soulèvent dans l'àme de la démocratie ' !
Malheureusement la plupart des libéraux de la vieille école n'avaient guère d'autre évangile que les chansons de Béranger, Parmi eux, cependant, il en
* Béranger cependant se défendait du reproclje d'impiété : il se proclamait déiste (ou a vu quel était son dieu) ; il se disait « croyant i , et même, à certains jours, se prétendait presque chrétien. La vérité est qu'il n'osait pas aller trop loin, dans la crainte de nètrc pas suivi par la foule d'alors. Il ne supprimait pas le culte divin; il se bornait à en transporter les cérémonies de l'église dans le cabaret. Parmi les impies plus radicaux de la seconde moitié du siècle, quelques-uns ont compris une réserve qui leur a paru de la prudence et de l'habileté; ils ont su gré au chansonnier d'avoir accompli la partie de la besogne qui était appropriée à son temps; ils l'ont remercié d'avoir fait passer le peuple du Dieu du catéchisme au Dieu des bonnes gsns. C'était une première étape, après laquelle tous les autres devenaient faciles.
LIBÉUALIS-Mt; KT IMPIÉTÉ. 327
est un qu'il ne conviendrait pas de confondre avec les insulleurs de prêtres et les fanfarons d'impiété. Celui qui faisait ainsi exception, — on peut s'en étonner, — était Benjamin Constant, De famille prolestante, il s'était posé, presque enfant encore, en railleur sceptique et en athée épicurien. Mais vers la fin de l'Empire, — il avait alors dépassé la quarantaine, — ou l'avait vu traiter les questions religieuses avec plus de gravité , avec un respect presque chrétien. A chacune des transformations de Constant , il faut toujours demander où est la femme. C'était sous l'influence de madame de Charrière que, au début de sa vie , il avait été en quelque sorte imprégné de l'esprit du dix-huitième siècle. S'il s'était ensuite montré préoccupé des choses de l'àme, il l'avait dû à madame de Staël. Plus tard, en 1814 et en 1815, il devenait presque mystique dans le rayonnement de madame de Kriidner et de madame Récamier.
Les modifications successives de cette intelligence mobile entre toutes se lient, d'une façon assez piquante , à la composition d'un livre sur la ReligioUj auquel Constant a travaillé pendant près de quarante ans, et dont le premier volume ne parut qu'en x' 1824. Préparé dans un esprit d'incrédulité absolue et d'athéisme , le plan avait du en être remanié à mesure que changeait le point de vue de l'auteur '.
' 1 L'utilité des faits esl vraiment merveilleuse, disait Constant de son ton sarcastique. Voyez, j'ai rassemblé d'abord mes dix mille
328 LA «jli:STIn\ . CLLRIGALK n SOIS M. DE VII.LKLE.
Singulier cadre du resle pour cette longue méditation religieuse, que la vie de ce joueur dissolu qui écrivait le brouillon de son livre au revers de cartes à jouerJ On raconte qu'une nuit, peu de temps avant la publication de l'ouvrage, quelqu'un, rencontrant Constant dans une maison de jeu, lui demanda ce qu'il faisait : a Je ne m'occupe plus que de religion » , répondit-il.
Ce livre, a-l-on pu dire justement, laisse lire à cbaque page ces mots : « Je voudrais croire 35 , comme le roman à\4dolj)/ie se résume en cette phrase : « Je voudrais aimer. » Mais Constant ne pouvait plus ni l'un ni l'autre. L'esprit était assez perspicace pour entrevoir la vraie lumière; l'àrae était trop usée pour y atteindre. Serrez d'un peu près ces dissertations, parfois éloquentes, sur la nécessité sociale de la religion pour le peuple qui trouve là seulement la consolation de ses souffrances et le fondement de sa morale, vous n'en pouvez faire sortir qu'une religiosité assez vague. Dans l'ordre des applications |)olit!ques , l'auteur se prononce pour la liberté la plus étendue des croyances; il condamne
faits : eh bien, dans toutes les vicissitudes de mon ouvrage, ces mêmes faits m'ont sufli à tout; je n'ai eu i|u'à m'en servii- comme on se sert de sold-its, eu cliaujioant de temps en temps roidrc de bataille. » Il disait aussi, en faisant jouer entre ses doigis les feuillets de sou livre : « J'ai 30,000 Itiils qui se retournent à mon commandement. » Ces léjjèretés de propos sont cho(| liantes, bien qu'il faille y faire la part d'une sorte de mauvaise fanfuroiniade et d'un parti pris de se railler boi-mènie.
LIBERALISME ET niPIÉTÉ. 329
toufe inlolérance, même masquée de libéralisme. L'un des premiers patrons de la thèse chimérique et fausse de la séparation absolue de TEglise et de l'Etat, il ne croit pas que la suppression ;!u budget des cultes doive en résulter '. Quoi qu'il en soit, du reste , des lacunes ou des périls qui seraient à signaler dans ses doctrines, on doit reconnaître à Constant une réelle supériorité sur Courier ou Déranger, ne serait-ce que par l'accent sérieux du langage et l'équité des intentions. En cette circonstance, il était moins le successeur des philosophes du dix -huitième siècle ou des oppresseurs de la Révolution , que le devancier de la jeune école du Globe. Mais le livre de la Rcli(jion n'eut que peu de x succès et n'exerça guère d'action sur les vieux libéraux. D'une part, il sortait des idées courantes; d'autre part, on n'y trouvait pas cette chaleur de foi, celte puissance d'élan, cette netteté de conclusions qui s'imposent aux contradicteurs et entraînent les hésilants.
* « De ce que l'autorité, dit Constant, ne doit ni commander ni proscrire aucun culte, il n'en résulte point <[u'elie ne doive pas les salarier; et ici notre constitution est encore restée fidèle aux vrais principes... On a cru dire une chose philosophique, eu affirmant qu'il valait mieux défricher un champ que de payer im prèti e ou bâtir un temple. Mais qu'est-ce que bâtir uu temple, p;iyer un prêtre, sinon reconnaître qu'il existe un être bon, juste et puissant, avec lequel on est bien aise d'être en communication? J'aime que l'Etat déclare, en salariant, je ne dis pas un cler,;;é, mais 1rs prêtres de toutes les communions {|ui sont un peu nombreuses, j'aime, dis-je, (]ue l'État déclare ainsi que cette communication n'est pas interrompue et que ^ la terre n'a pas renié le ciel •
330 [..\ QLLSTIUX . CLEHICALE , SOLS AI. DE VILLELE.
La note générale des écrivains de gauche n'en demeiirail donc pas moins celle d'une impiété mesquine et haineuse. Xous n'en voudrions pour preuve que l'espèce de passion avec laquelle on exhumait tous les classiques de l'incrédulité, en particulier ceux du siècle précédent. 11 n'y avait pas eu sous l'Empire une seule réédition de Voltaire ou de Rousseau. De 1817 à 1824, il en parut douze du premier et treize du second. On publia trois cent seize mille exemplaires des œuvres complètes de Voltaire, deux cent quarante mille de celles de Rousseau; soit un total de plus de deux millions de volumes. Heivétius, Diderot, d'Holbach, Dupuis, Volney furent évoqués de leurs tombeaux pour prendre part à la grande bataille. L'obscénité marchant de pair avec l'impiété, on réimprima à trentedeux mille exemplaires les romans de Pigault- Lebrun. Un officier en demi-solde, le colonel Touquel, se fit une sorte de célébrité dans cetteœuvre de propagande. Improvisé libraire en 1820, il commença par une édition des œuvres choisies de Voltaire, dans laquelle il eut soin de comprendre ses écrits les plus immoraux; en 1821, ce fut le tour de Rousseau. Ce premier essai ne fit que le mettre en goût, et bientôt on le vil annoncer, dans des prospectus lancés à grand fracas, quatre nouveaux Voltaire : 1" le Voltaire de la grande Proprielé ; 2° le VoUaire du Commerce; 3° le l'oliaire de la petite Propriété; 4° le Voltaire des Chaumières.
POLITH)lE RELIGIEUSE DE LA DROITE. 331
Ces spéculations sur l'impiété ne furent pas, du reste, toutes heureuses : elles finirent par une calastrophe, et après avoir été l'une des notoriétés du libéralisme commercial, l'infortuné colonel dut s'enfuir en Belgique '.
2 POLITIQUE RELiCIEL'SE DE LA DROITE.
On avait donc pu discerner, dès les premières années de la Restauration, ce qu'il y avait d'impiété dans les idées de la gauche. Toutefois, tant que le pouvoir avait été aux mains des hommes du centre,
* On fit circuler à co propos ce détestable quatrain : X
s'il tombe dans le ruisseau , C'est la faute de Rousseaa; Et si le voilà par terre, C'est la faute de Voltaire.
Ce Touquet avait d'ailleurs beaucoup d'imagination pour spéculer sur les passions politiques du moment. C'est lui qui avait inventé les Tabatières à la Charte ou Tabatières constitutionnelles . Un prospectus, distribué en 1820, annonçait la mise en vente de 200,000 de ces tabatières qui contenaient, disait-on, quatre tableaux diflérents : 1° la Charte élevée sur un autel; 2" la colonne V^endôme; 3" la Charte jjravée dans un cercle; 4° un calendrier. Le colonel avait de singuliers imitateurs. Un ex-officier de la garde impériale, le capitaine Dulac , qui (enait rue des Jeûneurs un commerce de li(|ueurs , imagina, au moment où faisaient rage toutes ces rééditions desauteurs du di.x-huilièinc siècle, de mettre en vente des bouteilles-licres qu'il appelait : Esprit de Voltaire ou Esprit de Rousseau.
332 LA QUESTIOX » CLEHICALE » SOLS \ï. DE VILLELE.
Ja question religieuse était demeurée au second plan. C'est à l'arrivée du ministère de droite , plus encore après les élections de 1824 et l'avènement de Charles X, qu'elle devient la question principale, on dirait presque la question unique, tant elle occupe la presse, la tribune et l'opinion. D'où viennent cette émotion si vive, si universelle, cette exaspération du préjugé antichrétien? Qu'est-ce donc qui leur fournit des aliments nouveaux ou des prétextes si avidement saisis? Qu'est-ce qui permet à ces passions, anciennes sans doute, mais jusqu'alors confinées en des régions spéciales, d'envahir et d'infester en quelque sorte tous les champs de bataille du parlement ou de la presse ?
La droite était par conviction et par politique un parti religieux. Par conviction : les royalistes étaient d'ordinaire catholiques, et presquetouslescatholiques étaient royalistes. Par politique : les amis des Bourbons voyaient dans le catholicisme une grande force sociale, sur laquelle ces princes devaient s'appuyer, et avec laquelle ils avaient intérêt à confondre leur cause. Cette confusion n'avait-elle pas été faite par les événements eux-mêmes? Prêtres et roi n'étaientils pas montés ensemble sur l'échafaud révolutionnaire? N'avaient-ils pas encore les mêmes ennemis? La droite estimait donc que la Restauration politique devait avoir, coumie conséquence logique et comme accompagnement fructueux , une rénovation religieuse. Pour l'accomplir, elle comptait avant tout
sur l'action commune et presque mêlée du gouvernement et de rÉglise, sur ce qu'elle appelait, dans une formule souvent répétée : «l'union du trône et de l'autel ». Elle voulait, disaient ses publicistes, « une monarchie religieuse, ayant pour fondement une étroite alliance de la politique et de la religion » . Sur la nécessité sociale du réveil chrétien, sur le devoir et l'intérêt qui poussaient la royauté à s'en préoccuper, sur le profit immense que celle-ci en eijt recueilli, les écrivains de la droite n'en pouvaient trop dire. L'erreur commençait dans leur appréciation des moyens pratiques de provoquer ou de seconder ce réveil, et suilout dans leur façon de mêler les deux causes de l'Eglise et du parti royaliste. Pour comble de malheur, intervenaient les théoriciens d'extrême droite qui prenaient plaisir à présenter, sous leur aspect le plus provoquant, des idées déjà difficilement acceptées, même dans leurs parties raisonnables, par une société issue du dixhuitième siècle et de la Révolution. Tel était, on ne l'ignore pas, leur procédé habituel en toute matière; mais, dans l'ordre religieux, ils semblaient encore se surpasser. Nous avons indiqué, en de précédentes études, quelques traits de leur programme. Ils demandaient pour l'Eglise non-seulement la liberté, la protection, mais la prépondérance politique. Le clergé constitué comme premier ordre de l'Etat, avec un pouvoir dominant, une dotation territoriale, un droit de censure suprême sur la presse, leur pâli).
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raissait un élément de cet ancien régime dont ils poursuivaient le rétablissement, ou dont plutôt ils rêvaient la glorification et se plaisaient à agiter la vaine et compromettante menace. Les projets les plus bizarres traversaient parfois leurs cerveaux exaltés, et maîbeureusement ils ne les gardaient pas pour eux '. Or, s'il était quelque chose de plus insensé et de plus périlleux encore que de chercher à réaliser ces chimères, c'était de les imprimer. Par une maladresse et une sorte de contradiction étranges, les ultras, si ardents à demander contre la publicité une censure draconienne , usaient et abusaient de cette publicité. Dans nul autre parti on n'était aussi empressé à raconter ses projets, à proclamer ses théories, à prêcher ses divagations. Toutes leurs imprécations contre la presse, ils les étalaient dans la presse elle-même; tous les procédés qu'ils imaginaient pour imposer le silence, ils éprouvaient le besoin de les célébrer bruyamment dans quelqu'une de leurs innombrables brochures. Au fond, il y aurait eu là de quoi rassurer les esprits
* C'est ainsi qu'en 1825, au plus vif de ces polémiques, une brochure qui fit quelque bruit proposait (le créer une espèce de conseil des Dis. charge de défendre la relijion, notamment contre les attaques de la presse; conseil supérieur aux iniiii;trcs, ju;;eant à huis clos, sans axocaf, requérant l'action du pouvoir politique qui serait obligé en conscience de prêter main-forte au pouvoir religieux, et pouvant appliijuer toutes les peines, même la mort. Les journaux d'extrènio droite applaudissaient i\ cette conception, et reprochaient à l'auteur inconnu « d'avoir, en gardant ranoiij(ne, privé son livre de l'autorité d'un nom célèbre» .
POLITIQUE RELIGIEUSE DE LA DROITE. 33ô
perspicaces et de sang- froid; ces réactionnaires étaient assez bavards pour être inofTensifs ; ils n'appartenaient pas à la race des oppresseurs, vraiment redoutables, qui se gardent bien d'annoncer leurs coups, ou qui même parlent de liberté au moment où ils préparent l'arbitraire. Mais le public superficiel ou passionné ne faisait pas de telles réflexions, et toute celte campagne semblait imaginée pour irriter l'opinion sans l'intimider.
L'Eglise de France aurait dû désavouer ce zèle compromettant des royalistes d'extrême droite. Sa cause n'était-elle pas plus large, plus baute, plus durable que celle d'un parti, même le plus respectable? On ne peut avoir la prétention d'envisager ici sous toutes ses faces la situation et la conduite du clergé pendant la Restauration. Ce serait un sujet d'étude vaste et difficile, où il y aurait à la fois plus d'une critique à indiquer et d'une excuse à faire valoir. Moins encore par la faute des hommes que par le malheur des temps, dans le monde ecclésiastique de cette époque, très-peu ont bien conqjris leur rôle et leurs devoirs. Une notable partie de l'épiscopat, sans aller jusqu'au gallicanisme parlementaire de M. de Montlosier, tendait à ressusciter une sorte de gallicanisme mitigé ; erroné au point de vue théologique, sorte de contre-sens et d'anachronisme dans nos sociétés nouvelles, ce gallicanisme se traduisait surtout au dehors en une confusion de la religion et de la politique, et en une sorte de subordi-