‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 70 sur 121 · V LA QLESTIOX . CLERICALE , SOLS AL DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

V LA QLESTIOX . CLERICALE , SOLS AL DE VILLÈLE

d'un deuil, porlé dans une de ces cérémonies un costume violet, le bruit se répandit parmi le peuple que, engagé secrètement dans les ordres sacrés et promu évêque , il remplissait les conditions imposées à cette faveur singulière et accomplissait la pénitence infligée aux erreurs de sa jeunesse. La rumeur présentait le prince comme un affilié secret des jésuites auxquels, pour prix du ciel, il avait livré son royaume ^

Y avait-il, en quelque endroit, une apparence de dévotion intéressée; racontait-on, par exemple, comment le maréchal Soult, jusqu'ici peu connu pour sa ferveur chrétienne, avait suivi la procession du Vœu de Louis XIII, et était allé à sa paroisse, en grande pompe, escorté de ses laquais, pour recevoir la communion pascale; ou comment tel médecin, plus renommé pour sa science que pour son orthodistance le roi, et pouvions bien en juger. On aurait lu dans tous les yeux que la population souffrait de voir son roi suivant humblement les prêtres. Il y avait moins d'irréligion que de jalousie et d'animosité contre le rôle que jouait ie clergé. • AL de ViUèle écrivait encore à propos d'une autre procession : t Le roi se livre trop à ces démonstrations religieuses, au milieu d'une population travaillée contre lui , sous ce rapport, par les agitateurs. Ou l'a encore vu avec peine à la suite du clergé, à la processiou du lô août. Il s'en est aperçu, et a bien senti le froid des dispositions du peuple de Paris. Cela l'a affecté. »

* La caricature se plaisait à costumer le roi en jésuite. Sous ces deux titres : Aujourd'hui et Jadis, on montrait d'abord Charles X vieux, revêtu d'habits sacerdotaux et disant la mo^se dans ses appartements, au milieu de ses courtisans agenouillés; ensuite le même prince jeune , se livrant aux orgies d'un souper Ou , en compagnie de jolies femmes.

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doxie, avait eu soin d'oublier un livre d'heures au château des Tuileries ' , — aussitôt on prétendait que partout régnaient la cafardise et l'hypocrisie , et que, notamment dans l'armée, toutes les récompenses et tous les avancements étaient accordés aux dehors d'une fausse piété. Accusation terrible en France! Par l'efTet d'un mot d'ordre, chaque représentation de Tartufe devenait l'occasion de manifestations tapageuses que la police aggravait, en tâchant de les réprimer, et l'on publiait, dans une édition à bon marché et tirée à cent mille exemplaires, le chefd'œuvre de Molière, devenu une sorte de pamphlet approprié aux querelles du jour.

Il était un nom, nous l'avons dit, sur lequel se concentraient toutes les terreurs et toute.'' ' es haines : celui de jésuite. Les fils de Saint-îgnace apparaissaient comme les mystérieux et redoutables instigateurs de la contre-révolution religieuse. Il n'était question que d'eux dans les journaux. On dépeignait le pays « attendant, dans le silence et l'effroi, l'issue des effrayantes intrigues du jésuitisme ». « Oui, sans doute, s'écriait le Journal des Débats, le nom des jésuites, ce nom sinistre , est dans toutes les bouches, mais c'est pour être maudit- il est répété dans les ieuilles publiques, mais avec l'expression de l'épouvante j il parcourt la France en-

1 Ce qui fit dire : » Il y a des gens qui, en perdant leurs heures , ne perdent pas leur temps, i

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tière, mais sur l'aile de la terreur qu'ils inspirent'. » Le Constitutionnel n'était pas journal à se laisser dépasser dans une telle besogne. A l'entendre, les jésuites étaient la cause de tout le mal. Une loi lui déplaisait-elle, il la montrait « sortant des catacombes de Alontrouge » . Y avait-il quelque conflit entre la police et la foule, c; c'étaient, affirmaitil, les jésuites qui avaient donné le mot d'ordre », Le sang avait-il coulé, « les jésuites devaient être satisfaits ». Non content de fouiller les régions inférieures et suspectes de l'histoire et d'en e.xhumer les vieux pamphlets, il y ajoutait pour le temps présent les calomnies les plus odieuses et souvent les plus bêtes. Ses lecteurs devaient se figurer le noviciat de Montrouge comme une sorte de château fort, dont les souterrains communiquaient avec les Tuileries et dans les caves duquel on faisait l'exercice à feu. L'or y était entassé à pleins coftres. Les ministres et les députés y comparaissaient pour être censurés ou récompensés, et les nouveaux chevaliers des ordres du roi y venaient attacher à leur cordon bleu le scapulaire imposé par la Compagnie ''.

• Dans un autre article, le même journal dénonçait cet ordre t dont l'orageuse carrière clait renfermée entre la pyramide de Jean Cliàti 1 et l'échafinid de Damiens, dont le nom avait retenti parmi les clameurs lactieiises dus Seize, les gémissements des Dragonnades et les orgies de madame du Barry i .

' I.e CoHslitutioiintl ne craignait pas de prendre sous sa protection et de recoin.nauder, comme une révélation Ji;rne de produire la plus graniie sensation, un ignoble pamphlet écrit par nu jésuite

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Cette polémique à outrance avait fini par produire une véritable panique dans l'opinion : étal d'esprit étrange et maladif dont on se ferait aujourd'hui difficilement une idée. Les plus sensés et plus courageux sur d'autres sujets ne pouvaient prononcer de sangfroid le nom de jésuite.

N'était-ce pas vraiment jouer de malheur? En d'autres temps ou en d'autres pays, les jésuites avaient pu se mêler aux événements politiques, et y exercer une influence diversementjugée. En France,

défroqué, Marcel de la Roche-Arnaud, sous ce litre : les Jésuites modernes. Voici par exemple comment on y dépei;{nait le supérieur de Montroiige, le Père Gury : « Sa volonté, un seul regard même, peuvent mouvoir mille bras armés de poignards pour assassiner les princes et détruire les empires. Dans un appartement obscur de Montroiige, tous les huit jours, à l'entrée de la nuit, les novices se rendent, à la suite du Père Gury, au pied des statues d'Ignace et de François Xavier, pour entendre les mystères de la Société. Ils jurent tous d'abattre aux pieds de leur Père Ignace toutes les couronnes de l'univers... On dit même , et je ne l'écris qu'avec effroi, que le vendredi saint, après la cérémonie de la Passion de Jésus-Christ, tous les novices vont frapper d'un coup de poignard la statue de Ganganelli, qu'ils croient enchaîné par des liens de feu dans les enfers, celles d'un roi de France et de son ministre Choiseul, et encore celles de de Pombal et de son roi faible (jui laissa opprimer la Société. Voulez-vous une idée de la puissance du Père Gury sur ses pauvres novices? Lisez l'histoire du Vieux de la Montagne; encore trouverezvous peut-être que ce Vieux de la Montagne avait de la modération. > — L'auteur s'est repenti plus tard, et, en 1845, il a dé-avoué cet écrit « comme étant le fruit honteux dune vengeance pleine d'imposture ]• . Il a déclaré « que l'esprit de parti l'avait mêle dans le déchaînement dont les jésuites furent les victimes, et que c'était à la condition de (nultiplier les plus incroyables faussetés qu'il aiaitciii le succès populaire d'un jour dont avaient joui ces déplorable> productions ». Ln tel fait peut donner une idée de ce qu'était et de ce que valait la polémique contre les jésuites.

358 L.^ Ql ESTIOX a CLKRlCALli: . SOLS M. DE V ILLÈLK.

SOUS la Restauration, n'ayant encore qu'une situation légale mal définie, ils s'étaient tenus volontairement en dehors des luttes de parti , tout entiers à leurs œuvres d'enseignement, d'apostolat et de prière, cherchant à attirer le moins possihle l'attention, évitant le bruit, poussant la prudence jusqu'à la timidité. Snns doute la plupart des membres de la Compagnie, surtout les plus âgés dont l'esprit s'était formé sous l'ancien régime, avaient peu de goût pour les institutions nouvelles qu'ils confondaient volontiers avec la Révolution , leur mortelle ennemie. Qui pourrait en être surpris ou offusqué? Travaillait-on d'ailleurs à leur faire aimer ces institutions? Mais ces sentiments ne se traduisaient pas en action publique. Nulle part , dans les luttes politiques de ce temps, l'histoire ne peut saisir la main des jésuites; aucune des exagérations ou des maladresses que nous avons signalées ne leur était imputable. Si les meneurs avaient jeté ce nom dans la bataille, n'est-ce pas que, réveillant de vieux préjugés, il leur paraissait bien choisi pour ameuter les passions? Ils pouvaient faire marcher contre les jésuites ceux qui n'eussent pas voulu touchera leurs curés, soulever contre le jésuitisme ceux qui se fussent effarouchés d'entendre attaquer directement le catholicisme. En réalité c'était au clergé entier, à la religion elle-même qu'on faisait la guerre. Par une sorte de timidité hypocrite qui est un hommage rendu au prestige du christianisme, quand on l'atta-

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