LA GLEHRE AU PARTI PRETRE
que, on ose rarement lui donner son vrai nom ; aujourd'hui, les calholiques sont pour leurs adversaires des « cléricaux »; sous la Restauration, ils étaient des a jésuites ».
La « Congrégation » ne tenait pas une moindre place dans la polémique du temps. D'après les feuilles libérales , c'était une association formidable et ténébreuse, une c puissance invisible qui semblait ne siéger nulle part et dominait partout » , s'imposait au gouvernement par la terreur ou la ruse, disposait des places, enveloppait dans son réseau toute une partie des fonctionnaires, était « en conspiration perpétuelle contre les trônes », entreprenait « une croisade souterraine contre la civilisation », et déclarait une «guerre à mort à la société» . L'historien trouve-t-il donc dans la réalité des faits quelque chose qui ressemble, même de loin, à cet effrayant tableau? La Congrégation proprement dite était une association que dirigeait un jésuite, le P. Ronsin, en vue de conserver, par la prière, par la pratique de la charité, par les camaraderies honnêtes, la religioii et les mœurs des jeunes gens qui en faisaient partie Rien, on le voit, de plus simple et de plus correct. En fait, sans doute, ces jeunes gens appartenaient tous au monde de la droite ; leurs directeurs et patrons étaient disposés à considérer comme une seule et même œuvre de les maintenir dans la foi chrétienne et dans la foi monarchique; par là cette association, d'intention toute religieuse,
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risquait de prendre parfois un peu l'apparence d'une pépinière de fonclionnaires royalistes. La mesure était difficile à garder. Qu'elle ne l'ait pas toujours été; qu'il y ait eu quelques imprudences; que certains brouillons aient prétendu étendre l'action de la Congrégation hors de son cercle naturel, et transformer l'emploi très-légitime des recooimandations en une ingérence indiscrète et compromettante dans le personnel administratif j que des intrigants se soient glissés dans cette société , attirés par son renom d'influence et avec le dessein d'exploiter, au profit de leur ambition, les hautes relations qu'ils s'y créaient par de faux dehors de piété : c'est possible, c'est vraisemblable, bien que l'étendue et la gravité de ces petits abus soient assez difficiles à déterminer exactement. Mais il n'y avait pas là, en tout cas, motif à ces reproches violents, à cet effroi mêlé d'indignation '.
A gauche, d'ailleurs, on confondait le plus souvent cette Congrégation, après tout fort innocente, avec une autre association à laquelle les jésuites et le clergé demeurèrent étrangers. Celle-ci, vraiment politique, avait son origine dans certaines sociétés secrètes, formées sous l'Empire, tantôt pour délivrer le pape, tantôt pour rétablir les Bourbons. Les personnages les plus remuants du parti ultra- royaliste
' On avait voulu fonder une Congrégation dans l'armée; mais quand le Dauphin en entendit parler, il déclara qu'il ne recevrait jamais de coiiyréganistes chez lui, et l'association dut se dissoudre.