‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 72 sur 121 · LA GUERRE AU PARTI PRETRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE AU PARTI PRETRE

appartenaient à cette association qui avait ses affiliés dans les Chambres, dans la presse, dans les fonctions publiques, à la cour. Son action a dû être fâcheuse en plus d'une circonstance, et ses membres semblent parfois avoir voulu exercer, sur le monde politique, une sorte de police religieuse, pour le moins compromettante. Des hommes très-dévoués à TEglise et aux Bourbons s'en montraient dès lors préoccupés '. Mais là même, il serait difficile de reconnaître

' L'un d'eux , le baron Laurencin, dans une lettre intime ù M. de Villèle, lui annonçait comme un des dangers de la situation » l'organisation mysti(|ue, où, à côté d'hommes respectables à tous égards et sincèrement pieux, s'étaient glissés des ambitieux s . Le baron d'Eckstein s'indignait publiquement contre a certains hommes qui tendaient à tout transformer en système de police, et qui voulaient les associations comme un moyen de surveillance du troupeau , comme des instruments subalternes du pouvoir i . — Dans ses Suitrenirx de jeunesse, M. de Cnrné raconte le fait suivant qui se ra[)porte probablement à l'une de ces associations à la (ois religieuses et politiques: a Lorsque je fus admis à la fin de 1825 au ministère des affaires étrangères, je fus introduit dans le cabinet d'un haut employé de ce département auquel je remis une lettre d'un personnage considérable de la droite. Ce fonctionnaire, aussi ardent dans ses opinions qu'il était tiède dans ses croyances, avait peu profité du précepte classique de W. de Talleyrand , et s'obstinait à déployer du zèle. Il me fit un accueil très-bienveillaut , entama une conversation politique à laquelle je me mêlai avec une réserve qui dut lui donner une piètre idée de mon esprit; et me tendant enfin la main avec beaucoup de cordialité, il enlaça ses doigts aux miens d'une façon qui m'embarrassa, sans (]ue j'y rattachasse aucune signification précise. L'entretien fut de sa part plutôt encourageant qu'abandonné, ce monsieur paraissant attendre jusqu'à la fin un mot ou un geste qui correspondît au mouvement dont le sens m'échappait. Lorsque, quelques jours après, il m'arriva de parler de cette entrevue à un homme pourvu de plus d'expérience que je n'en possédais moi-même, et quand j'eus incidemment meutionné le geste qui m'avait étonné: « Ah! maladroit! s'écria-t-il,

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la puissance formidable, le gouvernement occulte, dénoncés par certains libéraux avec une feinte épouvante. Dans ces abus, il y avait beaucoup plus de maladresse et d'imprudences que de desseins coupables et d'actions mauvaises. Les royalistes faisaient ainsi plus de tort à eux-mêmes qu'à leurs adversaires. Ce n'était en somme qu'une des formes de cette idée fausse, déjà signalée comme le mal de l'époque, et qui tenait à la confusion des deux causes religieuse et monarcbique. .^joutez-y le goût de certains catholiques, plus agités que clairvoyants, pour des organisations secrètes qui n'aboutissent le plus souvent qu'à des puérilités compromettantes. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, n'est-il pas piquant de voir ces hommes de gauche qui tout à l'heure étaient, en qualité de carbonari, membres d'une société secrète vraiment redoutable, complices de conspirations trop réelles et trop sanglantes, s'indigner si bruyamment à la seule pensée qu'il existait , du côté de leurs adversaires, des associations essayant une propagande plus ou moins heureuse et exerçant une action plus ou moins efficace ?

« c'était la chaîne; il fallait passer le pouce dans l'anneau. Vous avez « manqué votre fortune, j II me fut révélé ce jour-là que lorsque les sociétés secrètes ne soûl pas dangereuses , elles sont ridicules ! »

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