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LA GAUCHE ET LA LIBERTÉ RELIGIEUSE

Tout était lait ponr surprendre dans la polémique de la gauche. Ces libéraux n'avaient pas îa notion la plus élémentaire de la liberté religieuse, et ils aboutissaient toujours, comme ultima ratio do leur argumentation, à l'intervention de l'Etat dans le donmine de la conscience; ces défenseurs si bruyants de la société moderne ne savaient employer contre leurs adversaires que les armes les plus rouillées de l'ancien régime. Contre les jésuites, par exemple, ils exhumaient les vieux arrêts du dix-huitième siècle; comme si ce monument de proscription eût seul mérité de demeurer debout, dans îa ruine générale du vieil édifice '. Opposait-on à cette évocation du passé les principes nouveaux, les droits garantis par la Charte à tous les citoyens, ils répondaient que la liberté reconnue à toutes les opinions, depuis le matérialisme de l'athée jusqu'au mysticisme du quaker, ne s'appliquait pas aux jésuites, a parce que la liberté ne devait pas s'étendre à ceux qui voulaient la détruire ». Ils ajoutaient d'ailleurs que «« tous les

• W. de Sainl-Ciiamans ne faisait-il pas ressortir avec raison l'anachronisme de ces querelles, quand il monlrait à l.i tribune « ces restes des jésuites poursuivis encore, après soiianle ans, par les restes des jansénistes, aux cris de joie des restes des soi-disaut philosophes »?

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moyens étaient bons pour défendre la société et la civilisation 55.

Troubler l'exercice du culte par des manifestalions inconvenantes et tapageuses , ou même par de véritables émeutes , c'était aussi faire acte de libéralisme. Les missions à l'intérieur avaient pris alors un grand développement : œuvre d'intention excellente, bien appropriée à la situation d'un pays que la Révolution, en supprimant pendant plusieurs années toute vie chrétienne, avait presque ramené à l'état païen. Quelques-uns de ces missionnaires, il est vrai, n'avaient peut-être pas toujours autant de tact et de mesure que de zèle et de dévouement; leur mode de prédication, leur mise en scène pouvaient être habilement appropriés à un auditoire populaire; mais ils oubliaient qu'un public moins simple et fort mal disposé écoutait aux portes, prêt à tout railler, à tout dénaturer ; partageant l'idée fausse qui était alors celle de tous les hommes religieux, ils cherchaient trop souvent à donner à leurs démarches une sorte d'appareil officiel et gouvernemental, plus provoquant qu'utile, et surtout ils avaient laissé parfois se mêler à leur apostolat quelque propagande politique '. Toutefois ces erreurs

' Dans plusieurs des cantiques en usage dans les missions, il était question des Bourbons. Le refrain de l'un des plus connus était :

Vive la France !

Vive le roi !

Toujours en France Les Bourbons et la foi !

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