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La gauche, d'ailleurs, obtenait ainsi un autre concours qui paraîtrait aujourd'hui fort surprenant : celui du corps judiciaire. La résistance de la magistrature a été, avec l'opposition de la Chambre des pairs, le coup le plus sensible porté à la politique de M. de Villèle. Celte résistance venait , non d'un entraînement vers un esprit nouveau de libéralisme, mais au contraire d'un retour aux préventions et aux animosités des vieux Parlements contre Rome et les jésuites. S'il n'y avait sur les fleurs de lis de la cour de Paris qu'un seul Schonen , ami de La Fayette et de Manuel, carbonaro et conspirateur, on y pouvait trouver plusieurs Cottu ! Type singulier que le conseiller Cottu ! Loin d'être un « libéral n , ses opinions en politique étaient celles de la plus extrême droite, et, dans les nombreuses brochures qu'il avait la manie de publier, il exposait les rêves
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de réaction aristocratique les plus extravagants '. Esprit honnête, mais étroit, obstiné, infatué des souvenirs de la féodalité ou de la grand'chambre, il avait, quoique chrétien convaincu, une terreur folle de tout ce qui lui apparaissait comme la domination ecclésiastique, et perdait la tête au seul nom de jésuite. Dès 1824, il annonça que « la magistrature veillerait sur les entreprises du clergé " , et depuis lors nul ne reprocha plus violemment au ministère de livrer la France au parti prêtre. C'en étai! assez pour que les libéraux élevassent aux nues ce tenant d'ancien régime, et même l'inscrivissent parmi leurs candidats aux élections de 1827. Les Cottu de la cour étaient secondés par les Dupin du barreau. Nous retrouverons M. Dupin, en 1828, sur la scène politique, et nous aurons alors l'occasion de considérer de plus près celte singulière figure. Il en voulait au clergé, non d'une haine d'impie, mais d'une rancune de légiste du Tiers. Sa nature batailleuse, terre à terre, sans autre originalité que celle de la forme, se délectait dans celte politique de vieux textes, se passionnait à ces querelles de gallicans et de jésuites. Il devait demeurer jusqu'à sa dernière heure, malgré bien des transformations, l'incarnation bizarre de cette antique théologie de basoche et comme le survivant unique d'une race
' C'est lui qui, en 1829 et 1830, poussera le plus ouvertement M. de Polignac à son coup d'Etat et surtout à la suppression du droit d'élection.
378 LA QL'ESTIOX « CLÉRICALE s SOIS M. DE VILLELE.
disparue dans le grand déluge révolutionnaire '. Les opposants avaient entrevu de bonne heure l'appui qu'ils pourraient trouver dans le corps judiciaire , et en 1824 M. de Salvandy avait indiqué que, pour abattre la nouvelle Ligue, on devait compter « sur cette généreuse magistrature, faite pour rendre des arrêts , non pas des services » . Avec
' Si orand adversaire que M. Dupin fût des jésuites, ii était en bons rapports personnels avec quelques-uns d'entre eux. En 1825, il était allé visiter le célèbre colléye tenu par ces religieux à Saiut- Acheul près d'Amiens, et dirigé par le P. Loriquet, homme de science et d'esprit, malgré le renom ridicule qu'on a voulu fort injustement lui attribuer. Les Pères avaient mis une sorte de coquetterie à faire le plus gracieux accueil à leur liôle. En 182G, M. Dupin retourna à Saint-Acheul. Arrivé le jour d'une grande cérémonie religieuse, les jésuites lui offrirent, non sans quelque malice, l'honneur de porter à la procession l'un des cordons du dais. Le fait fut ébruité, l'opinion libérale s'en émut comme d'une sorte de trahison et d'apostasie. L'avocat, si populaire la veille, se vit vilipendé, raillé par tous les journaux. C'était devenu l'événement du jour. M. Dupin ne sut avoir ni assez d'esprit, ni assez de courage pour résister à la tourmente, et il s'abaissa à écrire une lettre d'excuses et de justification, où, renouvelant sa profession de foi gallicane, il se prononçait pour l'application des lois de proscription contre les jésuites, ses hôtes de la veille. — Ce n'est pas, du reste, la seule mésaventure arrivée à M. Dupin, dans sa campagne contre la Compagnie de .Jésus. L'n j)eu plus t.ird , c'était en 1828, et M. Dupin était député, il arrivait à la Chambre fout ému, et, la voix altérée par l'eifroi, il demandait à signaler à ses collègues un fait des plus graves. Il venait de voir, dii-ait-i! , avec une juste horreur, le monogramme des jésuites exposé et arboré dans l'enceinte niéme du Palais. A ces mots, la séance fut interrompue; M. Dupin sortit de la salie avec un des (juestcurs et ui:e foule de députés qui bientôt rentrèrent en séance, parfaitement rassurés. Le fameux monogramme était tout simplement celui du Christ, l. H. S. (JiStis Homhiuin Sa/rator), surmonté d'une croix, et placé au haut d'un rcposoir. ():i conçoit que les journaux de la droite ne se firent pas faute de rire aux dépens de M. Dupin.
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la mauvaise chance qui marquait alors beaucoup de ses actes, le gouvernement avait contribué à donner aux tribunaux une partie de celte puissance dont ils allaient se servir contre lui. Il avait cru l'aire merveille, dans la loi de 1822, lorsqu'il avait remplacé, par les juges correctionnels, la juridiction du jury, établie par la loi de 1819, en matière de presse , et avait créé les délits de tendance déférés directement aux cours royales. Une poursuite intentée en vertu de cette dernière disposition avait abouti, en 1824, à un acquittement. Mais c'est surtout à partir de 1825 que les incidenis judiciaires devinrent des événements politiques considérables. Sous l'Empire, les murs du Palais avaient été en quelque sorte sans écho. L'arbitraire régnait, non le droit. Dans la bouche de Napoléon I" , le nom d'avocat était une qualification méprisante. La Res-f tauration fut, au contraire, l'ère des procès éclatants, depuis les accusations tragiques portées contre les complices des Ceot-Jours , ou contre les conspirateurs de 1820, 1821 et 1822 , jusqu'aux poursuites de presse du ministère Villèle. Il semblait d'ailleurs que tous les lieux où se faisait entendre une parole publique eussent alors une sonorité particulière. A la barre des tribunaux, on discutait les plus graves questions politiques ou religieuses; le public y apportait une jeunesse d'attention qu'on ne devait pas retrouver plus tard , et à certains jours les arrêts passionnaient la rue, comme sous la
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Fronde ou à la veille de la Révolution , aux temps de Broussel et d'Epréraesnil.
Aussi quelle foule curieuse et agitée se pressait, en décembre 1826, aux abords du Palais de juslicc, afin d'assister aux débats du procès de tendance intenté au Constitutionnel et au Courrier, pour « attaques systématiques à la religion de TElat «! Du moment que le délit était prévu et puni par la loi , l'imputation était absolument justifiée, et le ministère public n'avait pas de peine à relever dans les colonnes des deux journaux une longue série d'agressions hypocrites ou ouvertes, de calomnies odieuses, d'outrages grossiers. Toutefois, l'esprit connu des juges, l'indépendance hostile dont ils avaient déjà commencé à faire preuve, ne laissaient pas le gouvernement sans inquiétude , les accusés sans espoir sur le résultat de la poursuite. M. Dupin plaidait pour le Constitutionnel; il prit aussitôt l'offensive Les jésuites, l'ultraraontanisme, la politique religieuse du gouvernement devinrent les accusés. Tirant habilement parti des exagérations de quelques écrivains, notamment de Lamennais, il dénonça l'invasion qui menaçait la société temporelle et l'Eglise de France. La vraie question, disait-il, est de savoir qui l'emportera du pouvoir civil ou du pouvoir sacerdotal , des doctrines ullramontaines ou des libertés gallicanes. « Reconnaissez l'effort des pharisiens du jour; sentez les coups de cette épée dont la poignée est à Rome et la pointe par-