‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 80 sur 121 · LA MAGISTRATURE ET LE CLERGE · texte numérisé non relu

LA MAGISTRATURE ET LE CLERGE

tout... ;> Puis, après avoir exprimé l'espoir que la cour saurait remplir sa làclie , il ajoutait, en s'adressant aux magistrats : « Vous pourrez dire alors, ou du moins nous dirons de vous : si les libertés publiques n'ont pas péri en France; si l'ultramontanisme a été contenu; si l'on a pu continuer d'opposer à ses entreprises l'antique barrière des libertés de l'Église gallicane; si le pouvoir royal se trouve ainsi préservé pour l'avenir des attaques et des empiétefnents qui l'ont jadis mis en péril ; si l'ordre public est maintenu et l'opinion publique rassurée, — on le doit à la cour de Paris. » M. Mérilhou , qui défendait le Courrier français j développa le même thème, et ce ne fut pas l'un des spectacles les moins piquants de cet étrange procès, de voir un ancien carbonaro , qui n'était catholique d'aucune façon, et dont les clients étaient des voltairiens notoires, se poser en apologiste de la religion de Bossuetet de saint Louis, « ce prince qui fut grand parmi les grands rois » .

Cependant, à mesure que les débats se prolongeaient, l'émotion du public allait croissant; tous les yeux étaient fixés sur la cour. Que serait l'arrêt? Il n'y avait pas d'autre question. Au jour fixé pour les répliques, l'assistance était plus nombreuse encore. Les débats terminés, la cour se retira pour délibérer. Trois quarts d'heure après, elle rentrait en séance, et, au milieu d'un silence solennel, le premier président Séguier donnait, d'une voix

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ferme, IccUire de l'arrèl. Dès les premiers mois, on entrevit l'acquittement; un murmure d'approbation parcourut l'assemblée, puis vint le considérant suivant :

... Considérant que ce n'est ni manquer à ce respect, m abuser de la liberté de la presse, que de discuter ou combattre l'introduction et l'établissement dans le royaume de toutes associations non autorisées par les lois, que de signaler, soit des actes notoirement constants qui offensent la religion et même les mœurs, soit les dangers et les excès non moins certains d'une doctrine qui menace tout à la fois Tindépendance de la monarchie, la souveraineté du roi et les libertés publiques garanties par la Charte constitutionnelle et par la Déclaration du clergé de France en 1682, Déclaration toujours reconnue et proclamée loi de l'État'...

Alors les applaudissements éclatèrent et les cris de « \'ive la Charte! Vive la cour royale! Vivent nos magistrats! » retentirent pendant plus de dix minutes, répétés par la fouie assemblée aux porîcs du Palais. Tous les journaux de gauche étaient dans la joie. Le gouvernement, au contraire, se sentait battu. Charles X était triste et irrité. Quelques jours après, à l'occasion du 1" janvier, M. Séguier, à la tête de la cour, présentait ses hommages au roi.

' Viugl-sepI conseillers avaient pris part à la délibération, et parmi les plus résolus en faveur de l'arrêt , on en citait plusieurs connus pour leurs sciilirnenls religieux.

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« Le sentiment pur qui nous anime, disait-il clans sa harangue, remonte de lui-même à l'auguste auteur de nos devoirs, et, sans ambition de plaire, si nous lui plaisons, nous obtenons notre plus digne récompense, » Le prince répondit avec un accent bref : « Passez, messieurs. »

Il y avait là pour la magistrature un danger et une tentation. Elle était mise en goût d'applaudissements, et le premier président, naguère encore poursuivi par les refrains railleurs de Déranger, savourait le plaisir, nouveau pour lui, de la popularité. L'indépendance des juges ne sut peut-être pas toujours résistera cette séduction, non moins périlleuse que celle des faveurs royales. En 1826 et 1827, presque toutes les poursuites pour délits de presse intentées par le gouvernement aboutirent à des acquittements que M. de Villèle, dans ses notes intimes, qualifiait de «scandaleux)), et que la presse de gaucbe louait chaque jour plus bruyamment. Ces échecs renouvelés contribuèrent, au moins autant que les défaites parlementaires, à affaiblir le cabinet. Les hommes politiques de la droite reconnaissaient , avec M. de Bonald, qu'en supprimant la juridiction du jury, on avait rendu la magistrature trop forte, « Tous les corps inamovibles, disait tristement AL de Villèle, pairs et juges, manquent au gouvernement )) j et il en venait à écrire sur son carnet : « Les hérédités et les inamovibilités déplacent le pouvoir et amènent la destruction de la force morale et de la considération

3S4 LA QLllSTIO.V a CL'ÀUlGALi: . SOLS M. I)K VILLELH.

du gouvernement, quand elles sont appelées à prononcer sur des questions politiques. Deux puissances en ce genre sont toujours rivales ; la plus faible cherche à accroître sa force et à diminuer celle de l'autre par les voies, si dangereuses en ces matières, de la popularité et de l'opposition. »

Pendant ce temps , les relations s'aigrissaient chaque jour davantage entre la magistrature et le clergé. Des lettres pastorales protestaient en termes véhéments contre les décisions de la justice. Par représailles, plusieurs cours royales refusaient de prendre rang, suivant leur coutume, dans les processions solennelles. La cour de Xancy censurait le mandement de l'évèque de cette ville, Mgr de Forbin-Janson. A l'audience de rentrée, en 1826, le procureur général d'Amiens dénonçait, aux applaudissements des feuilles libérales , « les hypocrites qui se couvraient du masque de la religion pour conquérir le pouvoir ' », Fait curieux

1 i Xous n'ignorons pas, disait ce procureur général, qu'il est des aspirants à la majjistralure qui trompent effrontément Dieu et les liommes, par une hypocrisie sacrilège dont les exemples se sont multipliés sous nos yeux d'une manière révoltante. Quel est cet individu qui entre dans le temple, aux grands jours de fêle, vêtu d'un costume remarquable, et qui, s'avançant lentement pour être mieux aperçu, psalmodie des lèvres les louanges de la Divinité? C'est un liypocrite par calcul, dont quelques personnages pieux et confiants vanteront la conversion, et qu'ils recommanderont avec chaleur à l'autorité. Mais ses démarches affectées ne vous séduiront point; nous le ferons suivre dans l'obscurité dont il va bientôt se couvrir; on Ini arrachera son masque, sur le seuil même du vice auquel il doit sacrifier. »

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