LES LIBÉRAUX ET M. DE MARTIGNAC
§ 1". — l'hel're décisive pour le parti libéral.
Dans chaque acte du drame parlementaire, il est d'ordinaire un parti auquel les événements donnent le rôle prépondérant et imposent par suite la principale responsabilité. Au lendemain des élections de 1824, c'était la droite; c'est le parti libéral après celles de 1827. On a dû blâmer certains procédés de la gauche, pendant les quatre dernières années du ministère Villèle : néanmoins l'histoire s'en prend surtout aux royalistes euxmêmes, de l'usage malhabile qu'ils avaient fait d'une victoire si complète et d'une si grande puissance. Maintenant le parti libéral a vu la fortune lui revenir. Va-l-il à son tour se montrer plus sage et plus clairvoyant? C'est un des instants décisifs de son histoire; il peut beaucoup pour le bien ou pour le mal, réparer ou consommer ses fautes passées,
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siiirant qu'il aura ou non l'intelligence et le courage de faire ce qu'il doit à son pays et à lui-même.
Si battu qu'ait été M. de Villèle dans les élections, le parti libéral n'était pas cependant assez victorieux, pour être en droit d'exiger la remise immédiate du ministère à ses représentants. La nouvelle Chambre était partagée en trois minorités inégales : l'ancienne droite ministérielle composée d'environ cent soixante députés, la défection de droite qui en comprenait quatre-vingts, et les groupes de gauche cent quatre-vingts. En fait d'ailleurs, et même en droit parlementaire, ne fallait -il pas compter avec les sentiments personnels du roi? Dans ces conditions, comment les opposants d'hier ne se seraient-ils pas estimés heureux de voir en quelles mains était remise la succession de M. de Villèle? d'autant plus heureux que Charles X n'avait certes pas eu conscience de ce qu'il faisait. Il avait cru accepter seulement pour un temps les suppléants, un peu effacés et nullement gênants, du cabinet précédent. Le nouveau ministère ne devait point, on le sait, répondre à l'attente du roi. Il inaugurait aussitôt une politique de larges réformes, de conciliation généreuse, qui cherchait à obtenir l'appui des libéraux, en se montrant confiant envers eux, « système de fusion, d'oubli et de liberté», par lequel on espérait a ramener toutes les opinions à la royauté ». C'était reprendre, après huit ans, l'œuvre si malheureusement interrompue du duc de Riche-