L'HEURK DÉCISIVE POUR LK PARTI LIBÉRAL
de confesser que « les ministres se montraient de bonne grâce » , et « qu'il existait un air de mieux » auquel on « ne pouvait être insensible ». Faire un accueil cordial au nouveau ministère , le seconder loyalement, tels étaient donc le devoir et l'intérêt évidents des amis clairvoyants de la liberté.
Rien de moins homogène que la coalition victorieuse aux élections de 1827. En dehors même de l'extrême droite, la gauche comprenait des éléments fort disparates : d'un côté, les survivants ou les successeurs de l'ancienne opposition antidynastique qui, en dépit des feintes de tactique auxquelles ils se prêtaient momentanément, cherchaient toujours, ou désiraient une révolution '; d'autre part,
parole déjà si haute et si tranchée, remontât aux origines de la liberté politique, en racontant à grands traits le développement de la civilisation en Europe; — soit que M. Cousin, avec sa flamme éblouissante, fît la théorie du progrès, sous préteste d'une introduction générale à l'Histoire de la philosophie, et, exposant comment la victoire de la Charte avait compensé la défaite de nos armées, s'écriât, devant ses auditeurs transportés : « Non, nous n'avons pas été vaincus à Waterloo ! » — soit que M. Villeraain , avec les grâces ingénieuses et la séduction insinuante de son éloquente critique, terminât son tableau du dix-huitième siècle en faisant revivre devant une jeunesse passionnée de libertés parlementaires les grands débats des communes d'Angleterre!
' Presque tous les personnages connus de cette opposition avaient été élus, quelques-uns plusieurs fois: La Fayette, de Schoneu, IJupont de l'Eure, Alauguin, Bignon, Labbey de Pompières, de Ghauvelin, de Pradt, etc.. On pourrait rapprocher d'eux Benjamin Constant et M. Laffitte, bien qu'ils fussent d'opinions un peu moins avancées. Ou calculait que les cent quatre-vingts libéraux de la nouvelle Chambre
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les libéraux les plus modérés^ ralliés ou résignés aux Bourbons, souhaitant leur maintien, ou, en tous cas, résolus à ne rien faire pour les renverser : nuances diverses qui allaient de M, Casimir Périer à M. Royer-Collard '. Le ministère ne songeait pas à satisfaire ni à conquérir les premiers : il devait même s'attendre à provoquer chez eux d'autant plus d'hostilité et de colère qu'il réussirait mieux dans son œuvre de conciliation et d'apaisement. Le concours des seconds, au contraire, lui était indispensable. II fallait donc une séparation entre les deux. Alors pourrait se former, avec les libéraux dynastiques et les royalistes libéraux, cette majorité modérée , dont les éléments , malheureusement dispersés et divisés , existaient pourtant dans l'Assemblée nouvelle.
Après l'expérience des huit dernières années, quel homme eût pu regretter de modifier une classification de partis dont les vices étaient apparus si évidents? N'avait-on pas vu ce qu'avaient souffert la droite ou la gauche, dans ce face à face sans intermédiaire : les violents devenus les maîtres de
se divisaient à peu près par la moitié entre la gauche et le centre gauche.
' \e pouvait-on pas supposer que cette opinion tempérée n'était pas celle t|ui répondait le moins bien au sentiment général, quand on voyait M. Royer-Collard élu à la fois dans sept collèges? C'est à cette occasion que le maréchal Soult disait au roi ce mot, depuis lors si souvent répété : » Sire, il ne faut pas vous abuser, la l'rance est centre gauche. •