‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 88 sur 121 · L'HEURE DECISIVE POUR LE PARTI LIBERAL · texte numérisé non relu

L'HEURE DECISIVE POUR LE PARTI LIBERAL

chaque cô(é, poussant d'abord les opposants aux conspirations, de 1820 à 1823, ensuite les royalistes aux exagérations provocantes qui avaient suivi la victoire de 1824; entre les deux, les modérés du centre, annihilés, portés vers la droite d'abord, rejetés vers la gauche ensuite, mais toujours à la remorque d'une politique qui n'était pas la leur; et enfln, comme conclusion, les dissensions intestines des vainqueurs, la coalition monstrueuse des libéraux et des ultras? Où trouver une plus éclatante démonstration par les faits de la nécessité de reformer entre les extrêmes, avec les esprits tempérés des deux camps , le grand parti moyen , médiateur, royaliste et libéral, dont l'échec et la dissolution avaient été , en 1820 , le malheur de la monarchie et de la liberté?

Pour arriver à cette combinaison nouvelle des forces parlementaires, il fallait sans doute l'habileté du ministère et la bonne volonté des modérés de la droite. Mais, par l'effet des circonstances, le nœud de l'opération était à gauche. Ce qu'il fallait avant tout, c'était que les dynastiques du centre gauche se prêtassent à rompre avec leurs alliés révolutionnaires. En cela nous avons pu dire que la responsabilité principale pesait sur le parti libéral. L'œuvre n'était pas sans difficulté. Les années avaient fortifié les liens qu'il s'agissait de rompre, aigriles animosités qu'il convenait d'apaiser. Mais aussi la pratique du gouvernement représentatif n'avait-elle pas en-

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seigné aux hommes politiques de 1828 ce que leurs prédécesseurs n'avaient pu aj)prendre dans l'aventure démoralisante des Cent-Jouis, la nécessité de se modérer, ne fût-ce que par intérêt, d'accepter, par loyauté ou par résignation, le gouvernement existant, de mettre leur ambition à y trouver légalement leur part d'influence et de pouvoir, au lieu de poursuivre vainement la chimère périlleuse d'une révolution? Une telle leçon ne devait-elle pas être comprise surtout par les jeunes générations, étrangères aux ressentiments du passé, plus disposées à regarder en avant qu'à ressasser de vieilles querelles, pour elles reléguées dans l'histoire ? Tout à l'heure les libéraux pouvaient invoquer comme excuse de leur action commune avec la gauche l'obligation de trouver à tout prix des alliés, dans leur bataille contre M. de Villèle; la droite, d'ailleurs, il faut l'avouer, les avait en quelque sorte poussés elle-même à cette alliance, par ses provocations et ses maladresses; les torts avaient été au moins partagés. Aujourd'hui, voici M. de Villèle à terre ; les menaces de théocratie et d'ancien régime sont évanouies; on n'en est plus à compter les avances faites , les gages fournis par le nouveau ministère au parti libéral. Celui-ci va-t-il donc donner une preuve , la seule réelle, de cette loyauté dynastique, de celle modération constitutionnelle, si souvent proclamées par lui dans ces dernières années, en se dégageant des éléments suspects

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auxquels il s'était laissé associer par entraînement d'opposition? Va-t-il montrer que ses attaques contre M. de Villèle n'avaient ni visé, ni atteint la royauté? Sa victoire sur la droite aura-t-elle pour résultat de fonder la liberté et d'écarter la révolution? Son devoir, s'il veut le remplir, est bien clair. L'un des esprits les plus éminents parmi les libéraux d'alors, le duc de Broglie, l'a dit en rappelant ses souvenirs de cette époque : « La conduite à tenir était pour nous écrite en grosses lettres. Rien n'était plus aisé pour le centre gauche que de se mettre en accord avec le centre droit, et de réduire la droite et la gauche, même unies, ce qui ne pouvait arriver que par accident, à l'état de minorité habituelle. Rien n'était plus aisé dès lors que de prendre à notre compte le ministère Alartignac qui ne demandait pas mieux. Il ne fallait pour cela que mettre de côté nos petites animosités et nos petites lubies. »

^2. — l'umo\ de toutes les gauches. (1828.)

Aux appels que leur adresse le ministère, aux ouvertures que leur fait le centre droit, pour former une majorité nouvelle, les libéraux répondent aussitôt en posant comme règle de leur conduite politique

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