L'UXIO.V DE TOUTES LES GAUCHES
nécessité de l'autorisation préalable , la censure facultative et les procès de tendance. Aussi , dans la première heure de sincérité, les libéraux y font-ils très-bon accueil. Le Constitutionnel approuve. La satisfaction du Journal des Débats s'exprime sur un ton presque lyrique. « Les vœux de la France ont été entendus, s'écrie-t-il; la loi nouvelle est le gage le plus tranquillisant de l'heureuse union du roi et de la Charte. Digne frère de Louis XVIII, permettez à notre amour de vous faire hommage de votre justice et de vos bienfaits! » Mais le Courrier vient, de sa voix sévère, troubler ces expansions, et il signifie tout net qu'on ne doit pas trouver cette loi meilleure que celle de M. de Peyronnet. Vainement Benjamin Constant se hasarde-t-il à protester et à déclarer que « cette comparaison lui paraît d'une injustice extrême », le journal maintient son dire. On voit alors peu à peu le Constitutionnel d'abord, le Journal des Débats ensuite, reconnaître que la loi, louée par eux naguère, est « une autre Bastille, sur laquelle on a écrit le mot liberté t^ ; et le Courrier, contemplant avec fierté les effets de son pouvoir, se félicite que « l'unanimité du parti constitutionnel » se soit reformée contre une « loi inique, monstrueuse , odieusement destinée à ressusciter les mesures du Comité de salut public « . Même changement d'altitude se produit parmi les députés de la gauche. Quand vient la discussion , presque tous ceux qui, au premier moment, s'étaient inscrits ^owr
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la loi, intimidés par le Courrier, parlent contre. L'un d'eux surtout se fait remarquer par son animosité, annonce qu'il repoussera le projet entier, et, traitant les ministres de « constitutionnels honteux» , leur déclare une guerre ouverte; cet orateur est celui-là même qui tout à l'heure faisait l'apologie de la loi : c'est Benjamin Constant '. Sans doute un admirable discours où M. de Alarlignac laisse apparaître, avec une dignité fière, la tristesse et le dégoût que lui inspire cette palinodie, rétablit un peu la fortune du projet, et regagne, sinon l'approbation cordiale et reconnaissante, du moins les votes d'une partie de la gauche. Encore le Courrier réprimandet-il vivement les députés qui faiblissent; le Constitutionnel, toujours docile, déclare que désormais « la méfiance est à l'ordre du jour » , et tous deux s'entendent pour railler le Journal des Débats qui, par une troisième variation, en est revenu à défendre la loi. Le projet est enfin volé tant bien que mal ; mais le résultat politique cherché par le cabinet, et qui devait être, dans sa pensée, le prix des concessions faites aux libéraux, ce résultat n'était pas atteint.
La gauche faisait preuve d'autant plus d'imprévoyance qu'elle ne pouvait ignorer les sentiments secrets du roi. Celui-ci ne voyait dans le ministère
• Benjamin Constant était coulumier de ces faiblesses. Il avait donné le même spectacle en 1819, à propos de la loi sur la presse présentée par M. de Serre. Il y avait d'abord applaudi, mais, réprimandé à ce sujet par le Cousiiluliouuel , il s'était hàlé de l'attaquer.