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A la tribune, il avait peu de succès : nul enthousiasme , nulle flamme , dans sa parole froide et flasque. C'était l'opposé du général Foy qu'il avait, disail-on, le désir de remplacer. Fort ambitieux, assez remuant, ses goûts de grand seigneur se trouvaient un peu à la gène dans la cohue démocratique. Aussi pouvait-on le compter parmi ceux qui, au fond, étaient le moins disposés à s'enfermer dans l'impasse d'une opposition irréconciliable, et que le gouvernement eût le plus facilement rapprochés de soi, à condition de satisfaire leurs prétentions per-
important et plein de lui-même. Il soutenait, d'une voix haute et dans un style déclamatoire, qu'il est de premier intérêt pour le pays d'avoir une grande ville capitale, parce que cela tend à créer une opinion publique et à augmenter la liberté politique de l'Etat; que Paris n'est pas assez grand et doit être poussé; que le meilleur moyen d'y arriver serait d'exempter de taxes, pendant quinze à vingt ans, fontes les maisons qu'on bâtirait d'ici à une certaine période. . Après le dîner, il me fit l'honneur de me dire avec franchise que c'était grand dommage que tous les partis en Angleterre et le gouvernement eussent une idée si fausse du principe d'après lequel on devrait traiter avec la France. 11 c^t essentiel et indispensable à la France de reculer sa frontière jusqu'au Rhin; Landau et Sarrelouis lui sont particulièrement nécessaires. Tant ijuc la politique de l'Angleterre s'opposera à ces annexions, une alliance cordiale ne pourra exister entre l'Angleterre et la France; et la France, dont l'intérêt réel est dans ses relations avec l'Angleterre, sera conduite à s'unir plutôt avec la Russie et la Prusse, ou avec toute autre puissance qui l'aiderait à atteindre son but. La Prusse, quoi(iu'à première vue intéressée à empêcher ces agrandissements de la France, pourrait être gagnée par des morceaux de l'Autriche ou de la Saxe, ou par le Hanovre. J'exprimai de grands doutes qu'on pût trouver en -•Ingleterre aucun parti assez éclairé pour envisager cette affaire à ce point de vue, et j'ajoutai qu'il serait très-difficile de persuader à la nation d'accepter un tel arrangement, i {Life of Palinerstou , par Blluer.)
sonnelles. En aUendant, il gardait une attitude d'observation, attentif à se rendre possible, en se montrant par moments plus sage, plus modéré, plus politique que les autres hommes de la gauche, mais aussi demeurant à distance, sans s'engager, sans se livrer, tant qu'il n'aurait pas reçu le prix de son concours.
Si le général Sébastiani était le politique du nouveau centre gauche, AI. Dupin en était l'orateur le plus dispos et le plus abondant. Qu'il s'agît d'un petit incident ou d'une grave question, on était à peu près assuré de le voir monter à la tribune. Il avait acquis au barreau une aptitude qui lui faisait une place à part dans des assemblées où, à cette époque, presque tous les discours étaient écrits : il était improvisateur, prêt à entrer avec promptitude et vigueur dans n'importe quel débat. Il arrivait d'ailleurs à la Chambre précédé de son renom d'avocat « libéral » et « gallican ». Depuis le maréchal Ney jusqu'au Constitulionnel, en passant par Béranger et tant d'autres, que de procès retentissants il avait plaides ! La petite bourgeoisie l'avait alors en grande faveur; il était vraiment son homme par ses qualités et par ses défauts. Elle goûtait ce mélange de hardiesse et de prudence, cette sagesse subalterne et égoïste qui tenait grand compte de l'intérêt, ignorait l'enthousiasme, et résumait la morale de la vie, comme la politique
du pays, dans la formule : chacun chez soi et pour
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soi. Elle aimait cette parole un peu vulgaire , sniis délicatesse, . sans grâce, sans émotion profonde, mais rapide , ïive , lucide , dans sa rigoureuse familiarité; un peu brusque, fout en demeurant fort adroite; aussi prête à l'offensive qu'à la riposte; pleine de verve, sinon d'esprit, avec des saillies de bon sens ou àlnimour; donnant aux idées de tout le monde un tour de proverbe ; d'ailleurs, nullement clarifiée ni affinée, roulant confusément les anecdotes, les bons et les méchants mots, les dissertations érndites et les lazzis au gros sel, les dictons populaires et les centons latins ; ayant, comme on l'a dit justement , de l'Intimé aux mauvais endroits et du Paysan du Danube aux meilleurs '. Qui ne connaissait cette figure commune et forte, sans noblesse, non sans originalité, bien en barmonie avec le talent de l'homme; ce masque abrupt et raboteux qui portait comme la marque de cette race du Morvan, sauvage et laborieuse, âpre et sobre; ce front bosselé et saillant; ces yeux vifs et mobiles à demi cachés sous des sourcils touffus et disgracieux; ce bas de visage qui semblait taillé pour donner des coups de boutoir; cette démarche inégale et puissante; et jusqu'à cette tenue dont la simplicité, frisant la négligence, sera-; . blait provoquer la caricature?
1 M. de Pontniartin a très- spirituellement défini le talent de M. Dupin : ui.e o ctolfe ferme, solide, tenace, compacte, bonne au soleil et à la pluie, à la fois rude et souple, et surtout remarquable par ses couleurs variées > .
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Par sa popularité comme par son talent, AI. Dupin était appelé à tenir une place considérable dans la Chambre. Est-ce donc lui qui va entreprendre de redresser la direction mauvaise suivie par la gauche? S'il s'était posé en libéral, il n'avait jamais pris parti contre la Restauration. II partageait les susceptibilités des classes moyennes, non les haines de la démocratie. Rien n'indiquait que, par tempérament ou conviction, il dut prélérer toujours la popularité de l'opposition aux avantages d'un rapprochement avec le pouvoir. Mais il ne fallait pas attendre de lui une vue un peu haute des choses politiques. Avec cette modestie orgueilleuse du roturier dédaignant la noblesse qu'il ne peut avoir, il disait n'être qu'un légiste, non un homme d'Etat. Il avait raison, et dans sa vie publique il restera toujours avocat '. De plus, une prudence avisée, terre à terre , l'empêchait de jamais com-
' La politique, a dit encore AI. de Poiitmartin, » u'a jamais été pour M. Dupin qu'une cause, un procès, un plaidoyer, où il s'agissait, non pas d'approfondir et de comprendre les périls de la société, les difficultés du pouvoir, les éli?nients de stabilité qu'il perdait,... mais de contenter juges et plaideurs, accusés et partie civile, sans trop se brouiller avec le réquisitoire, de combiner adroitement de beaux restes de popularité avec de beaux chiffres d'honoraires, et des privautés de Paysan du Danube avec des privilèges de courtisan... Il n'a jamais eu de parti, il a eu des clients. 11 n'a ni pensé, ni agi, ni déserté, ni trahi : il a plaidé. Tout, chez lui, a ce caractère de plaidoirie continuelle, jouée en des variations innombrables. 5 — .Aussi M. Dupin a-t-il dit lui-même dans ses Mémoires : ï La vie politique m'a toujours moins convenu que la vie judiciaire. C'est à demi et comme à regret que je m'y suis laissé engager. »