‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 96 sur 121 · LES LIBERAUX ET AI. DE MARTIGXAG · texte numérisé non relu

LES LIBERAUX ET AI. DE MARTIGXAG

proraetlre sa responsabilité dans les initiatives d'intérêt général qui coiitaient quelques peines et faisaient courir certains risques. Son égoïsme limitait et rapetissait son ambition. Il avait ainsi quelques points de ressemblance avec un de ses clients, Déranger, De là une sorte d'isolement méfiant et rétif. Assez sûr de sa force pour n'avoir pas besoin de s'appuyer sur les autres, il était trop craintif pour s'attacher à personne, parti ou gouvernement. Cette indocilité, cette indépendance peu maniable qui devaient marquer la conduite parlementaire de M. Dupin, tenaient donc en réalité, non à une fierté ombrageuse, mais à un manque de courage et de caractère. Ce n'était pas un tel homme qui pouvait tenter un effort généreux, pour se mettre en travers des entraînements d'un parti, et pour servir une autre cause que son intérêt propre, étroitement entendu.

Il était , parmi les vétérans de la vieille opposition, un député qui faisait sous ce rapport contraste absolu avec l'avocat du centre gauche ; caractère impétueux, véhément, passionné, mais énergique, intrépide jusqu'à l'héroïsme, se révoltant et rejetant aussitôt toute indécision au seul soupçon de lâcheté; un de ces hommes de combat et de commandement pour lesquels la parole est action, et qui, loin de reculer devant la responsabilité, sont attirés par elle, s'y jettent tout entiers, la tête haute, la poitrine découverte, y jouent sans compter leur vie et leur

honneur; — c'était Casimir Périer. X'ous ne l'avons guère connu jusqu'ici que comme un des plus implacables adversaires de la droite ' ; sa fougue, qui tenait moins à ses opinions qu'à son tempérament, a pu le faire prendre parfois, à tort du reste, pour un ennemi des Bourbons. Depuis la mort du général Foy, dans les sessions si ardentes de 182G et de 1827, il avait été le leader de la gauche. Il fallait le voir, dans quelqu'une de ses terribles colères, étreindre l'infortuné M. de Villèle de ses mains violentes, le frapper à coups redoublés, sans lui laisser un instant de répit, puis rentrer chez lui, encore ivre de joie et d'orgueil, prendre sur son bureau les cahiers du budget, les mettre en pièces, et faire voler les feuillets au feu, en s'écriant « qu'il venait de traiter ainsi, aux yeux de la France entière, le ministre et sa loi de finances » !

Mais après la chute de M. de Villèle, paraît s'accomplir en Casimir Périer un travail mystérieux dont il n'a jamais fait confidence au public, et qu'on devine seulement par quelques signes extérieurs. La fumée de la bataille, qui naguère obscurcissait tout, s'étant un peu dissipée, le combattant, calmé par la victoire, se sera pris à regarder autour de lui. Il aura découvert alors l'œuvre de renversement qui avait été poursuivie à ses côtés, et à la-

' Nous avons déjà eu à nous occuper de M. Périer, dans celte première partie de son rôle politique. (Cliap. it, '^ V.)

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quelle il s'élait associé, sans s'en bien rendre eomple. 11 aura reconnu les pronostics menaçants d'une crise prochaine. Considérant quelques-uns de ses compagnons d'armes, son àme fière aura éprouvé les premiers dégoûts « des camaraderies révolutionnaires' ». En même temps, à la vue des périls à conjurer, cet homme de gouvernement, jusqu'alors déclassé dans l'opposition, aura senti se dégager en lui, des violences souvent désordonnées auxquelles il s'élait livré, quelque chose, non pas de moins passionné, mais de plus sérieux et de plus puissant, instinct supérieur, don rare qu'il ne se connaissait pas, que ses amis non plus ne discernaient pas en lui^, et qui n'était autre que le génie du pouvoir.

Dès lors, un changement notable se produit dans l'attitude de M. Périer. Cet orateur tout à l'heure si prompt, si peu ménager de lui-même et de ses adversaires, prend prétexte du mauvais état de sa santé pour garder un silence bientôt remarqué*.

* Casimir Périer, exprinianl (rois ans plus tard au général de Ségur les raisons qui le faisaient hésiter à accepter le ministère, lui disait : « Reuoncera-t-on à ces prostitutions de la royauté devant les républicains cf. les anarchistes, à l'avilissement des camaraderies vévolutionnaires? i

~ M. Roycr-CoUard parlât, sur la tombe de Casimir Périer, de I "-es instincts merveillenx qui étaient comme la partie divine de l'art de gouverner » , et qui constituaient « la vocation > de ce grand ministre, et il ajoutait : t Jusqu'à ces derniers temps, nous l'iguorions, il l'ignorait lui-même. »

^ ( Je demandais hier à Casimir Périer, écrivait La Fayette dans

On le voit assidu au jeu du roi. Lors du voyage de Charles X dans l'Est, il se reud à Troyes dont il était député, pour rendre ses hommages au prince, reçoit une décoration de sa main, et danse même, dit-on, un quadrille avec la duchesse d'ringoulème. Ces relations avec la cour faisaient jaser ses anciens amis de gauche. Quelques-uns murmuraient même tout bas les mots de défection et de convoitise ministérielle '. La vérité est que l'opposant d'hier voyait

une lettre intime , s'il ne parlerait pas à l'occasion du budget ; il m'a bien compris, et j'espère le revoir au moins une fois à la tribune. Son silence est remarqué et blâmé. »

1 Un article publié par Carrel, dans le National du 25 mai 1831, sous forme de lettre au vice -président du conseil, article auquel nous avons déjà fait allusion, révèle d'une façou assez saisissante les soupçons et le mécontentement mêlé de surprise qu'avait éveillés, chez les adversaires des Bourbons, l'attitude nouvelle prise par Casimir Périer sous le ministère Martignac. Carrel rappelle d'abord longuement l'oppositionde M. Périer, si violente, si passionnée, si implacable, si bien faite pour satisfaire pleinement, dit-il, les hommes qui détestaient la Restauration. Il se complaît dans ce tableau afin de faire mieux ressortir le contraste, puis il arrive à 1828 : « Il vous en souvient, monsieur le ministre : à peine eut-on voté l'adresse qui qualifia de » déplorable i le ministère renversé en grande partie par votre opposition, que vous vous enfermâtes dans le silence, non pas mystérieux , mais au contraire facile à deviner, d'un homme qui n'est pas sans espoir d'arriver aux affaires, et qui sent le besoin de se purger de la réputation de tracasserie, de violence et d'esprit révolutionnaire, qu'on ne manque jamais de s'attirer en faisant de l'opposition... Vous fuies souffrant, accablé, mourant, tant que M. de .Martignac travailla à réaliser sa fameuse conception politique, le juste milieu de ce temps-là. Il entrait dans ce plan de choisir un certain nombre de pairs dans les centres et même dans le côté gauche de la Chambre. Vous étiez de ceux qui n'avaient à désirer au monde que de la naissance ou les titres qui en tiennent lieu. La cour pensant à vous, vous fûtes visité par l'auguste prince, qui depuis... Vous

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