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faire qui l'entravât, il ne croyait pas à sa force et à sa durée; il ne s'associait pas directement à son œuvre, et demeurait à l'écart, en quelque sorte à la disposition de la monarchie en péril, à la fois ému du rôle qui pourrait d'une heure à l'autre lui être imposé, et impatient de le jouer. Silencieux à la tribune, il s'épanchait dans l'intimité sur l'aveugle • ment d'un pouvoir qui ne savait pas reconnaître où serait son sauveur, et il considérait d'un œil anxieux, avec un sentiment mêlé de colère et peut-éire de remords, la révolution qui s'approchait.
§4. LE PÉRIL RÉVOLLTIOWAIRE.
Casimir Périer n'avait pas tort d'être inquiet, et en cela il montrait qu'il avait la vue d'un homme d'État. Les événements n'ont que trop donné raison à ses alarmes. Cependant, pour un observateur superficiel, il eut semblé que jamais la dynastie n'avait eu moins d'ennemis. La gauche persistait en effet dans la lactique constitutionnelle quilui avait si bien réussi. Elle faisait même volontiers apparat de son royalisme, et affectait, quand Charles X venait lire le discours du trône , de crier : Vive le roi! aussi haut que la droite. Ses orateurs . ses journaux répétaient tous les jours que la monarchie
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était désormais unanimement acceptée, aimée, et que, sauf les rêves d'une poignée infime d'exaltés, il n'y avait nulle part de desseins révolutionnaires '. Quelque député de la droite disait -il que le roi avait des adversaires à gauche, de ce côté s'élevait aussitôt une protestation indignée. AI. de Schonen ou M. de Chauvelin n'étaient pas les moins ardents à réclamer, et M. Du pin s'écriait, aux applaudissements de foule l'ancienne opposition : « Rien n'est plus blessant pour nous que de nous entendre sans cesse accuser d'être les ennemis de ce qui est
' Le général Sébastian! protestait de a l'alliance indissoluble qui existait et qui existerait toujours entre le roi et la France » . — M. Etienne raillait la peur hypocrite » de ceux ([ui affectaient de redouter les passions de la multitude : « Celle-ci, disjit-il, n'aspirait, comme les députés, qu'à la conservation, à la gloire de la monarchie constitutionnelle , à l'alliance indestructible du trône et des libertés publiijues. » — M. Viennet: « Aucune réiolutiou n'est imminente ni possible; pour l'observateur sans passion et sans intérêt, il est surtout une vérité rassurante, c'est que le trône et la famille qui l'occupe sont depuis longtemps en dehors des questions qui nous divisent; la Restauration est à cet égard un fait accompli. » — Benjamin Constant s'exprimait de même. — I-e Journal des Débats affirmait » qu'il n'y avait plus à craindre ni révolution ni conspiralion » . — Le Globe: « La Restauration n'a plus à lutter contre des préventions passionnées; il s'agit de gouvernement, non de dynastie, t — Le Constitutionnel publiait une série d'articles pour établir t qu'il n'y avait plus à redouter de révolution, et que tout le monde, à l'exception d'un petit noyau de faiiati(jues, voulait le roi et la Cliarte « . — Aussi un ancien député de l'opposition de droite, M. de Leyval , s'écriait un jour, dans une effusion d'espérance : » La voix de la Chambre va monter jusqu'au trône. Qu'elle dise au prince que, s'il fut deux peuples dans uu peuple, ils se sont donné le signe de paix... Le royalisme est devenu libéral, et le libéralisme est devenu monarchique !»
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chéri, adoré, béni! » En aoiit 1828, les provinces de l'Est, naguère les plus travaillées par le carbonarisme, accueillaient Charles X avec sympathie, souvent même avec enthousiasme. Les populations entières se pressaient sur son passage, en habits de fête ; de longues processions de jeunes filles couronnées de fleurs , des cortèges de cavaliers portant des lances ornées de flammes blanches, venaient à sa rencontre, et dans les villes où il s'arrêtait, les députés libéraux, MM. Benjamin Constant, Saglio, Kœchlin, Casimir Périer, Salverte, Cunin-Gridaine, tenaient à être les premiers à lui présenter leurs hommages. Quand M. Cauchois-Lemaire lançait, dans une Lettre au duc d'Orléans, l'idée à peine dissimulée que ce prince devrait s'emparer de la couronne, les libéraux de toute nuance ne cachaient pas la contrariété que leur causait une témérité si peu en harmonie avecleur tactique; ils désavouaient cette brochure, et La Fayette lui-même, dans une lettre intime, regrettait que l'auteur « eût fait cette plaisanterie qui ne menait à rien ». Dirons-nous que toutes ces manifestations constitutionnelles n'étaient qu'une feinte habile , une manœuvre perfide ? Xon. On a déjà vu ce qu'il fallait penser des démonstrations analogues qui s'étaient produites en 1824. Chez les uns, c'était sincère; chez les autres, c'était une résignation de plus ou moins bonne grâce à ce qui leur paraissait désormais inévitable. C'était en tout cas un état de l'esprit public.