Archives clrpart., Sôrie K. Arrêtés
fieffé. Le maire de Lacres bat son adjoint et se rend odieux à ses administrés. L'adjoint de Licques, Lafollye-Guyon, commet des abus de pouvoir; il a fait démolir et vendre l'ancienne église, ce qui amène sa révocation, contre laquelle il proteste dans une lettre au sous-préfet de Boulogne. Guendré, maire provisoire de Condette, a commis des faux dans la rédaction des actes de l'état civil ; il est suspendu de ses fonctions par le sous-préfet de Boulogne, le 8 thermidor an VllI 1.
Le sous-préfet de Saint-Pol trace le tableau suivant de la municipalité de Wail : « Le maire, Remy, n"a été nommé que parce que le citoyen Leblond a refusé d'accepter. Il sait à peine signer ; il n'est pas fort à l'aise ; son beau-père est percepteur ; le conseil municipal lui est tout dévoué parce qu'il n'est composé que d'hommes désignés par lui; on assure même qu'il est réduit à travailler à la journée et qu'il est assez peu délicat pour supposer qu'il a travaillé dix jours à des réparations au compte de la commune, lorsque réellement, il n'y a employé qu'une journée ». Le même sous-préfet écrit le 9 brumaire an XIII au maire de Ligny-sur-Canche, en lui demandant de se justifier de l'accusation qu'on porte contre lui d'avoir gaspillé les biens communaux « sous la forme perfide de ventes, de cessions ou d'échanges » et de s'en être même approprié une partie. Le maire de Fillières, Fermier, réunit son Conseil municipal au cabaret et non à la mairie ; il s'y enivre avec ceux des conseillers qui lui sont dévoués et emploie à payer le cabaretier l'argent destiné à la réparation des édifices communaux. Advielle, maire d'Izel-les-Hameaux, a favorisé la désertion d'un conscrit ; un arrêté en date du 13 frimaire an XIII le suspend de ses fonctions. Plainte est portée contre le maire d'Equire, Belval, qui a délivré unpasse-
1. Archives départ., 2" registre de correspondance du sous-préfet de Boulogne, f" 106, f" 116 ; 3° registre de correspondance du sous-préfet de Boulogne ; pr registre aux arrêtes du sous-prcfct de Boulogne, f° 7.
port à un déserteur ^ Dans l'arrondissement de Montreuil, le maire de la commune de Raimboval demande le remplacement de Robert, conseiller municipal, qui n'assiste jamais aux séances, étant obligé de pourvoir à sa subsistance, le plus souvent en mendiant-.
Le sous-préfet de Saint-Omer se plaint du maire de Clarques, qui a entravé les opérations du contrôleur des contributions dans une affaire de dégrèvement ; il propose de le remplacer et se plaint des gens turbulents et passionnés des cantons de Thérouanne et de Saint-Omer, Le maire d'Audruick, septuagénaire et malade, abandonne l'administration de la commune à son fils, un ivrogne, qui n'a pas même réuni le Conseil municipal en pluviôse, comme l'exige la loi. Dans une lettre au préfet au sujet des plaintes que le maire de Wandonne porte contre son Conseil municipal, le sous-préfet de Saint-Omer dit : '( C'est un homme faible ; il avait proposé la nomination d'hommes exagérés, turbulents, avides de pouvoir pour en mésuser » ; les conseillers actuels ne sont pas très capables, mais ils valent mieux moralement que ceux qui voudraient prendre leur place. Le sous-préfet profite de l'occasion pour donner son opinion sur le canton de Fauquembergues : « un pays qui est connu depuis trente ans pour être composé de mauvaises têtes ; ces hommes n'aiment point le gouvernement et disent hautement qu'ils regrettent le régime de 1793. Les gens qui poussent le maire de Wandonne à faire élire de nouveaux conseillers municipaux sont tels; ils ont insulté dernièrement les répartiteurs de l'impôt » . Les renseignements fournis sur un certain Blanchet que le préfet veut nommer maire d'Arqués sont des plus mauvais et le sous-préfet de Saint- Omer ajoute : « Je sens comme vous qu'il est des maires tièdes ; l'ignorance et la faiblesse en sont la cause ; chez d'autres, de la mauvaise volonté, le trop grand nombre de municipalités,
1. Archives départ., série K., 6% 1° et 9° registres de correspondance du souspréfet de Saint-Pol.
2. Id., 3" registre de correspondance du sous-préfet de Montreuil.
tels sont les vices qui entravent la marche rapide de l'administration » ; il rassure le préfet au sujet des craintes qu'il manifeste de la présence de quelques émigrés k Arques ; l'arrondissement est on ne peut plus tranquille ; il sait faire trembler les prêtres ; il a fait fermer trois églises ; tout va bien » (Lettre du 29 frimaire an IX) ^.
Les faux en matière d'état civil sont extrêmement fréquents, ceux qui les commettent ont presque toujours pour but de faire éviter le service militaire aux jeunes hommes qu'ils font passer pour mariés. Le sous-préfet de Boulogne écrit le 26 fructidor an VIII : « Je puis vous envoyer, citoyen préfet, si vous le jugez k propos, quelques centaines de faux extraits de mariage semblables aux trois que je vous ai adressés comme échantillons ; vous en conclurez sûrement qu'il est indispensablement nécessaire de remonter k la source du mal et de la tarir tout k fait pour l'avenir ». Le 12 pluviôse an IX, il revient sur cette question : <( les huit nouveaux extraits d'actes de mariages cy-joints sont tous de la plus impudente fausseté ; vous y verrez tel garçon de seize ans marié k telle femme de 7i ans; un jeune homme de 20 ans accoUé k une figurante de 78 ans ; un autre du même âge prenant pour femme une Geneviève Deseille de 81 ans, etc. Je ne conçois pas de dérision plus insultante que de pareils actes qui d'ailleurs portent tous les caractères d'une fabrication de faussaires ; il est inconcevable que des officiers publics, des témoins et les principaux acteurs ayent osé signer ainsi eux-mêmes leur acte d'accusation - » .
Et, si ces municipalités sont défectueuses, il faut reconnaître qu'il est souvent bien difficile de les constituer. Roussel, maire de Harnes, a été invité k donner sa démission, mais on ne peut trouver de remplaçant, car la commune n'est pas aisée k admi-
1 . Archives départ., Registres D, E et T de la correspondance du sous-préfet de Saint-Omer.
2. /c/.. Premier registre de la correspondance du sous-préfet de Boulogne, f"' 33, 85.
nistrer. A Clenleu, Ecuires, Tigny-Noyelle, etc., tout le monde refuse de remplir des fonctions municipales; même inertie, même mauvais vouloir des citoyens à Etaples. A propos de la difficulté de trouver un maire pour la commune de Saint- Pierre-lez-Calais, le sous-préfet de Boulogne écrit au Préfet : « Je profite de cette occasion pour vous observer, citoyen préfet, que cette obligation de prendre les maires et adjoints dans la liste communale restreint la latitude des choix, au point que souvent ils seront impossibles ; veuillez donc faire sanctionner le plus tôt possible le travail relatif à la réunion des communes '. »
Aussi, le gouvernement s'attache-t-il, vers les dernières années de l'Empire, à faire choix pour les mairies de grands propriétaires, d'anciens officiers, etc. ; la vieille noblesse reparaît à la tête de plus d'une municipalité ; on espère de la sorte avoir des garanties morales, qui manquent avec quelques-uns des maires précédents. Nous trouvons, par exemple, en 1812, comme maire de Villers-aux-Flots, Maximilien Guislain de Louverval, baron, ancien officier de cavalerie, ayant 30.000 francs de revenu ; comme maire d'Hendecourt, Louis-François-Joseph Le Sergeant d'Hendecourt, propriétaire, d'une ancienne famille de l'Artois, 10.000 francs de revenu ; comme maire de Beaumetz-lez-Cambrai, Auguste Bruneau de Beaumetz, âgé de 27 ans, vivant avec son père, qui a 33.000 francs de revenu, et frère du député au Corps Législatif; comme maire d'Auxi-le-Château, Louis Sulpice Duboille, gros propriétaire, 12.000 francs de revenu ; comme maire de Bouvigny, de Boisgérard, ancien officier au régiment d'Auvergne, 18.000 francs de revenu, etc. 2.
1. Archives départ., Deuxième registre de correspondance du sous-prcfet de Houlogne, f" 107, f" 100, f» 87; 2° registre de correspondance du sous-préfet de Montreuil.