‹ Le Pas-de-Calais de 1800 à 1810; étude sur le système administratif instituéChapitre 60 sur 101 · RocQUAiN, L'état de la France au 18 brumaire, p · texte numérisé non relu

RocQUAiN, L'état de la France au 18 brumaire, p

par le sous-préfet ». La nouvelle élection eut lieu par conséquent les 25, 26 et 27 pluviôse *.

Léandre Leducq fut nommé juge du canton d'Arras-Nord ; il avait eu une carrière assez mouvementée : successivement militaire, commis, négociant, officier de la garde nationale, premier commis de l'établissement de filature des pauvres de Paris en 1810, il était encore titulaire de la justice de paix d'Arras-Nord ; il dut mourir peu après, car il était remplacé en 1813 par Charles Buissart, dont une note établie par le conseiller de préfecture Corne, à l'époque de la première Restauration, dit qu'il mérite d'être conservé.

Dans le canton d'Arras-Sud, les électeurs maintinrent le juge en fonctions, Jérôme Lefebvre ; il avait pour concurrents, Triboulet, juge de paix à Arras en 1792; Deusy, avoué; Braine, homme de loi ; Corroyer, brasseur et Debeaucourt, ex-juge de paix. Les mêmes notes de 1814, que nous signalions précédemment, qualifient de la façon suivante Jérôme Lefebvre : « marchand d'eau-de-vie en détail, indigne destime par sa conduite révolutionnaire ».

Le juge de paix du canton de Bapaume est Pierre-Joseph- François Lardemer, juge de paix du canton d'Ilaplincourt en 1792, professeur particulier, puis maire. Les cinq adversaires dont il a triomphé sont : flaudouart, député du Pas-de-Calais à l'Assemblée Législative ; Tonnelier, juge de paix de Grevil- 1ers ; Hubert, niaire de Ligny ; Varnet, maire de Tilloy-lez- Bapaume, et Pajot. Lardemer exerçait encore en 1810, Dans le canton de Beaumetz, les électeurs font choix contre Billot, juge de paix en fonctions, d'Antoine Brazier, clerc de procureur et cultivateur, juge de paix du canton de Berneville en 1792 : (( probe, zélé, mais sa sobriété laisse à désirer ». Charles- Antoine Rodrigue, juge de paix en fonctions, est maintenu juge du canton de Bertincourt ; u il passe pour intriguant et ne jouit pas de la confiance générale ». De même, dans le

1. Archives départ., série U. Arras. Justices de paix. Elections de Tan X.

canton de Groisilles, c'est du précédent jug-e, Guislain Waterlot, que les électeurs font choix. A Marquion, est nommé Brisse, juge de paix d'Oisy : « probe, instruit, à conserver», disent de lui les notes de 1814, tandis qu'à Foncquevillers est aussi maintenu un juge en fonctions, Portrait.

Le juge de paix du canton de Vitry, Pierre-Ph. Quennesson, occupait ce siège depuis 1792 et nous l'y retrouvons en 1814; dans une note biogr;iphique adressée par lui-même au préfet en 1808, il fournit sur son compte les renseignements suivants : « l'époque de ma naissance est du 8 juillet 1749; je suis veuf avec deux enfants; j'étais cultivateur et proviseur des pauvres de Vitry avant 1789, et depuis lors, je remplis les fonctions déjuge de paix pour le canton de Vitry et j'exerce comme tel sans interruption; pour ne point vous ennuyer par des observations longues, je me borne à demander à être continué dans mes fonctions jusqu'à ce qu'il plaise à Sa Majesté l'Empereur et Roi de m'accorderune retraite, puisque, depuis l'installation première des juges de paix, j'en fais les devoirs sans m'en être écarté, ni démérité la confiance et l'estime de mes justiciables ». Les notes de 1814 ne sont pas aussi favorables à Quennesson que son autobiographie : « peu instruit, conduite privée immorale », telle est l'appréciation monarchiste.

Dans le canton de Vimy, Marchand était remplacé par Emmanuel Defontaine, élu juge de paix à Arras en 1762 ; ce Marchand, qui était juge de paix de Vimy depuis 1792, ne se montra pas bon joueur ; il se plaignit vivement au préfet de son échec, et dans un style quelque peu réjouissant : « Cette occasion, citoyen préfet, me fournie celle de vous dire franchement les causes qui ont détourné la volonté des vrais citoyens, cequepourmarénommation, il ne s'est commis aucune fraude, ni cabale, la volonté seul des citoyens des anciennes communes du canton de Vimy en a été le résulta. Mais il est bien autrement des nouvelles communes du canton ; elles se sont réunis pour y commettre des actions qui ne sont pas digne

des citoyens, puisqu'ils ont admis des réquisitionnaires et qu'un prêtre insoumis a roulé de maison en maison exposer aux citoyens qu'il fallait se réunir pour opérer le changement du jug-e de paix ancien puisque la ti'anquillité des prêtres ni était pas en sûreté... Je réclame auprès de vous, citoyen préfet, puisqu'il est de votre pouvoir de faire crouler cette nomination ».

Dans l'arrondissement de Béthune, les électeurs faisaient choix le 3 nivôse et le 11 pluviôse, comme juges de paix pour le canton de Béthune, de Louis Joseph Troy ; pour le canton de Gambrin, d'Auguste Caron ; pour le canton de Carvin, de Ph. Hubert Dautricourt , pour le canton d'iloudain, de Siméon François; pour le canton de Laventie, de Xavier Delbarre; pour le canton de Lens, de François Allart ; pour le canton de Lillers, de Guislain Parent, et pour le canton de Norrent- Fontes, de George Hannotte.

Des contestations assez vives se produisirent dans les cantons de Béthune, de Gambrin, de Lillers et de La Ventie. Une erreur commise à Béthune entachait évidemment de nullité l'élection : une commune, la commune de Verquigneul, avait été omise dans l'arrêté des Gonsuls du 9 brumaire an X, portant réduction des justices de paix du département du Pasde-Galais et indiquant la répartition des communes entre les nouveaux cantons ; elle ne prit pas part au vote. Lorsque se produisit la réclamation incontestablement un peu tardive de la commune de Verquigneul, le sous-préfet de Béthune qui avait déjà pris un arrêté pour fixer le jour de l'installation du nouveau juge Troy, prit un autre arrêté pour suspendre cette installation jusqu'à ce que le gouvernement se fût prononcé sur la pétition de la municipalité.

Par un arrêté en date du 25 ventôse an X, les consuls réunissaient la commune de Verquigneul au canton de Béthune, et il devenait nécessaire de procédera une nouvelle élection du juge de paix de ce canton. En l'an XI, cette fonction y est

remplie par De Bailliencourt , qui l'exerce encore en 18141.

Un certain nombre d'irrégularités sont reprochées par quelques électeurs pour faire annuler l'élection d'Auguste Caron dans le canton de Cambrin : la boîte de la série 23 aurait été déposée dans un cabaret et dans cette série le citoyen Caron aurait eu toutes les voix, sauf quatorze ; cependant vingt-neuf citoyens indiqués n'auraient pas voté pour lui; dans la série n" 24, il n'a manqué au citoyen Caron que neuf suffrages pour avoir l'unanimité et cependant dix-huit votants ne lui ont pas donné leurs voix, etc. De leur côté, Bonaventure Menche, de Beuvry, François Souville^ maire de Beuvry, François Bruneau, maire de Cuinchy, Louis Brasme, maire de Givenchy, Constant Dansou, maire d'Annequin, Guffroy, maire de Violaines, et Prohier, maire de Noyelle, protestent contre ces réclamations qu'ils déclarent non fondées. L'intéressé, Auguste Caron, écrit au préfet que « les individus dont le témoignage a été invoqué auprès du sous-préfet par ses antagonistes sont ou des mendiants soudoyés, ou des hommes souillés d'excès sous le règne de l'anarchie ». Caron fut du reste installé par l'administration et, en 1814, les notes monarchistes disent qu'il mérite d'être maintenu dans ses fonctions".

Les protestations étaient non moins vives dans le canton de La Ventie et une lettre du ministre de l'Intérieur au préfet donne en quelque sorte raison aux protestataires : « J'ai reçu, citoyen préfet, avec votre lettre du 8 de ce mois, l'arrêté du 22 germinal en vertu duquel la 94^ série pour l'élection du juge de paix de Laventie a été admise, malgré les irrégularités qu'a commises le directeur de cette série ; si vous ne m'aviez point transmis cet arrêté dix-huit jours après sa date et qu'il n'eût pas reçu maintenant son exécution, je vous aurais

1. Archives départ., série U. Réclamation de la municipalité de Verquigneul pour élire le juge de Béthune ; réclamation du sieur Troy contre le sous-préfet qui refuse de l'installer à cause de l'affaire de Verquigneul.

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