‹ Le Pas-de-Calais de 1800 à 1810; étude sur le système administratif instituéChapitre 74 sur 101 · L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

L'INSTRUCTION PUBLIQUE

I. L'enseignement primaire et l'enseif^nement secondaire avant la Révolution. — Les collèges d'Arras, de Saint-Umer, de Boulogne, de Calais, de Monli-euil, etc. — L'enseignement primaire organisé dans les villes, très rudimentaire dans les campagnes.

II. Pendant la Révolution, fermeture des collèges et d'un grand nombre d'écoles. — Les lois qui ont pour but l'organisation de l'instruction restent sans application. — L'école centrale de Boulogne.

III. L'enseignement secondaire de 1800 à ISIO. — Vains efforts de la ville d'Arras pour avoir un lycée. — Ecoles secondaires communales et écoles secondaires particulières.

IV. L'enseignement primaire de 1800 à 1810. — A'œuxdes conseils d'arrondissement. — Le conseil général et l'enseignement primaire.

y. Ecole de médecine et de chirurgie d'Arras. VI. Conclusion.

Avant d'examiner ce qui a été fait dans le département du Pas-de-Calais, de 1800 à 1810, en faveur de l'instruction publique, il est nécessaire d'étudier rapidement quel était en 1 789 l'état de l'enseignement secondaire et de l'enseignement primaire dans les territoires qui ont formé ce département ; il est nécessaire également de voir ce qu'étaient devenues pendant la Révolution les diverses institutions qui prospéraient en 1789.

On comptait dans le Pas-de-Calais, avant la Révolution, quinze collèges de garçons. Le collège d'Arras était dirigé par les Oratoriens depuis 1777; le père Frigard en était supérieur et le Père Spitalier du Seillans, préfet des études ; neuf professeurs enseignaient depuis la septième jusqu'à la philosophie inclusivement et le pensionnat occupait trois autres maîtres. Parmi ces professeurs, il j avait un professeur de physique, un professeur de logique et un professeur de rhétorique. Sous le patronage de l'évêque, les oratoriens avaient établi une académie pour les élèves de philosophie, de rhétorique et de

seconde; Joseph Le Bon, le futur conventionnel, fit partie de l'Académie de rhétorique et composa en 1781 une pièce de poésie en l'honneur de la naissance du Dauphin. Le nombre des élèves était assez considérable, mais la situation financière du collège se trouvait très obérée et les Oratoriens durent en 1781 contracter un emprunt de 40.000 livres.

A Saint-Omer, il n'y avait pas moins de trois collèges : d'abord le collège Saint-Bertin, sous la direction de l'abbaye de Saint-Bertin, fondé le 1*"" mars 1561 par Gérard d'Haméricourt, 69""' abbé de Saint-Bertin; c'était en réalité plutôt un pensionnat, les élèves suivant le cours du collège français. Un religieux du couvent de Saint-Bertin remplissait les fonctions de préfet et de supérieur (Dom Dufour en 1789) et un autre moine était régent et économe (Dom de Witte en 1789). 11 y avait eu jusqu'à quarante boursiers « à qui on fournissait gratuitement le logement, la nourriture, le chauffage; ils devaient pourtant donner 20 écus pour l'habillement et 5 pour les domestiques; ils pouvaient rester tout le temps nécessaire pour faire leurs humanités, mais ils devaient remporter un prix chaque année, faute de quoi ils étaient éliminés et remplacés » '.

Le collège français, dû également à l'initiative de Gérard d'Haméricourt, avait été inauguré le 15 janvier 1569 et confié aux Jésuites ; il portait alors le nom de « Collège des Jésuites Wallons ». Les Pères de la Doctrine chrétienne furent chargés de l'établissement en 1777. On y comptait vers 1789 80 pensionnaires, 300 élèves externes ; le personnel se composait d'un recteur et principal, d'un procureur et sous-principal, d'un préfet des études, d'un préfet du pensionnat, d'un suppléant, d'un professeur de rhétorique, d'un professeur d'histoire, d'un professeur d'histoire naturelle et de six autres professeurs : (( Les professeurs, persuadés de la nécessité de faire marcher les sciences exactes avec celles qui ornent l'esprit

1. G. DE Hauteclocoije, L'ensei(fnement dans le Pas-de-Calais jusqu'en 1804, pp. 151-153, 375-379.

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et règ-lenL le goût, avaient établi une chaire de mathématiques. Dans chaque classe, pour rendre plus utiles et plus intéressants les ouvrages des anciens remis aux élèves, on joignait à ces ouvrages l'histoire des peuples chez lesquels ils avaient pris naissance. De grandes cartes peintes sur le plancher retraçaient continuellement aux élèves la marche des héros dont l'histoire faisait le sujet de leurs études et, pour les habituer à marquer la situation des lieux et leurs distances mutuelles, ils étaient chargés de les rétablir ou de les refaire tous les ans ; aussi la géographie, qu'on appelle à si juste titre le flambeau de l'histoire, y était enseignée avec beaucoup d'étendue* ». A l'époque de la Révolution, le P. de Torcy était recteur, le P. Guillemont, préfet, le P. Blanchard, suppléant, les PP. Flament, Milon, Froussart, Cuitot, Carré, de Sainte- Luce, Sabbatieret Bouffier, professeurs.

Un établissement d'un caractère tout à fait spécial était le célèbre collège anglais où le grand patriote de l'Irlande, Daniel O'Gonnell, fit ses études. Le collège anglais avait été fondé en 1593 par les Jésuites pour servir d'asile et d'établissement d'enseignement aux jeunes catholiques anglais proscrits des universités d'Oxford et de Cambridge ; lors de l'expulsion des Jésuites, ceux-ci furent remplacés par des prêtres séculiers anglais et Albon Butler administra brillamment le collège de 1760 à 1773. En 1790, il y avait au collège anglais 166 pensionnaires ; M. Grégoire Stapleton en était alors recteur, Patrice Keating, vice-président et Cornwhuit, procureur 2.

Les Oratoriens s'étaient établis à Boulogne dès 1632 et y avaient pris, à la demande de l'administration municipale, la direction du collège. Le personnel du collège de Boulogne comprenait, en 1788, un supérieur, le Père Cazin, un préfet des études et sept professeurs enseignant depuis la philosophie jusqu'à la sixième inclusivement ; il y avait en moyenne vingt élèves par classe. Daunou y fut élevé et y enseigna.

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