‹ Le Pas-de-Calais de 1800 à 1810; étude sur le système administratif instituéChapitre 81 sur 101 · G, PE Hauteclocque, op. CJÏ., pp · texte numérisé non relu

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les limites d'âge avaient été étranglement établies, La Révolution avait détruit les quinze collèges qui existaient en 1789 : elle les remplaçait mal par l'Ecole centrale de Boulogne.

Voyons maintenant ce qu'était devenu l'enseignement primaire. Les écoles primaires, étant tenues pour la plupart par des ecclésiastiques ou des congréganistes, avaient été fermées en 1792 et en 1793, Tousles maîtres convaincus d'avoir refusé le serment ou soupçonnés de sentiments monarchiques et religieux furent révoqués. Mais il ne suffisait pas de fermer les écoles suspectes et de révoquer les maîtres, il fallait les remplacer, sous peine de voir disparaître toute trace d'instruction. Les lois votées en 1793 et en 1794 avaient pour but d'organiser l'enseignement primaire ; elles étaient très pompeuses et promettaient de sérieux progrès : dans la pratique elles restèrent lettre morte ou à peu près. En 1794, Duflos constate que, dans le district de Saint-Pol, sur cent cinquantequatre communes, trente-quatre n'avaient point pourvu à la nomination d'instituteurs. La situation n'est guère plus satisfaisante dans les autres districts ; les écoles tombent en ruines, les maîtres ne sont pas pas payés et les classes sont désertées. La loi du 17 novembre 1794 prescrivait la création d'une école par 1.000 habitants, ce qui faisait un total de 300 écoles pour l'ensemble du département du Pas-de-Calais. Peu de candidats se présentant pour être instituteurs — surtout parmi les anciens maîtres — , les jurys d'instruction durent accepter des tisserands, des cabaretiers, des soldats en congé de convalescence. L'administration municipale du canton d'Hesdin écrivait, le il nivôse an VI, k l'administration du Pas-de-Calais qu'aucune école primaire n'existait dans le canton et que personne ne voulait être instituteur ; de même, l'administration du canton de Fleury en l'an VIP .

Si l'instruction des garçons est aussi précaire, l'enseignement primaire des filles que la République avait eu la louable

1. G. DE Hauteclocque, L'enseignement dans le Pas-de-Calais jusqu'en IS04, pp. 223-263.

intention d'org-aniser sur des bases uniformes, est encore plus théorique ; il a été presque impossible de recruter des institutrices capables et présentant toutes les garanties morales indispensables. Depuis longtemps, la jeunesse n'avait pas été aussi ignorante qu'on le constate pendant la période qui s'étend de 1792 à 1800.

Jusqu'à la fin de l'année 1802, le gouvernement consulaire laissa subsister l'enseignement secondaire tel qu'il avait été organisé en 1798: il se contenta des écoles centrales. La loi du 1"" mai 1 802 créa les lycées et supprima les écoles centrales ; un arrêté des consuls prolongea toutefois l'existence des écoles centrales jusqu'au 22 mars 1803.

Le département du Pas-de-Calais, privé de l'école centrale de Boulogne, aurait-il au moins un lycée ? Telle était la question qui préoccupait à juste titre ses divers représentants. La ville d'Arras particulièrement tenait à se voir attribuer un lycée ; elle confia le soin de défendre ses intérêts à Lefebvre- Cayet, député au Corps Législatif. Le 19 frimaire an X, ce représentant écrit au maire d'Arras : « Vous savez qu'il doit être établi des licées [sic], des écoles spéciales. Il n'y aura que six écoles de droit dans la République. Il en sera établi une à Douai ; il paraît qu'on ferait de vains efforts pour l'avoir à Arras. » Autre lettre, le 26 pluviôse de la même année : « On m'écrit du département que le citoyen Fourcroy, conseiller d'Etat, doit passer à Arras. C'est lui qui est chargé de préparer le projet de loi relatif à l'instruction publique. Il y a plus d'un mois que je lui ai fait remettre, par le tribun Jacquemont, qui le connaît, un petit mémoire pour obtenir l'établissement d'un licée à Arras. Je suis bien sûr que vous ne manquerez pas de lui faire observer, lors de son passage, tout ce que la commune d'Arras offre de jjropre à cet établissement. »

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Lefebvre-Gayet revient, dans une lettre du 7 ventôse an X, sur l'importance de ce voyage de Fourcroy : « Nous n'étions pas, dit-il, sans espoir d'obtenir l'établissement d'un licée à Arras. Le troisième consul reconnaît qu'il est de justice que notre commune obtienne quelque chose dans les nouveaux établissements qui se créent depuis quelques années. D'un autre côté, le ministre de l'intérieur, que la députation a encore vu le 5 de ce mois, a pareillement semblé prendre des dispositions qui nous étaient favorables. Il a paru touché d'apprendre que nous avions jadis un collège aussi florissant et fréquenté ; il savait que nous avions autrefois une académie. Il a demandé si nous avions un local convenable pour le licée. Nous lui avons rendu compte de tous les avantages que présente à cet égard la ci-devant abbaïe de Siaint-Vaast... Pour peu d'après cela que le citoyen Fourcroy insistât en faveur d' Arras, nous compterions beaucoup sur le succès, mais la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 3 de ce mois me donne beaucoup d'inquiétudes. Il semble en résulter que le citoyen Fourcroy pourrait bien parler en faveur de Douai et il y aurait tout à craindre que son avis l'emportât, si en venant de visiter les deux départements, il assurait que les convenances locales sont en faveur de la commune de Douai, qui a d'ailleurs pour elle d'avoir été ci-devant une université ^ ».

Mais, peu après, Fourcroy était remplacé à la direction de l'instruction publique par Roederer : « Le corps législatif, écrit Lefebvre-Gayet le 26 ventôse an X, sera réuni en session extraordinaire le l'"'" germinal et le projet de loi relatif à l'instruction sera le premier qui lui sera soumis. Gela ne doit pas effrayer. Ce projet de loi ne fixera ni le nombre des licées à établir, ni le lieu où ils devront être placés ; on laissera au gouvernement le soin de déterminer ces choses ; il paraît que

1. Le rapport de Fourcroy publié par M. Rocquain dans son livre sur l'État de la Fmnce au 1S brumaire, pp. 215-227, ne contient aucun détail x*elatif à cette question du lycée d' Arras.

le gouvernement n'établira que successivement des licées, suivant que la grande utilité en sera sentie eu égard à chaque localité et suivant qu'il trouvera des hommes d'un mérite bien reconnu et capables de remplir les places de professeurs ; on se propose de faire le choix de ces hommes avec le plus grand soin ».

Le récit suivant d'une entrevue entre Lefebvre-Gayet et Rœderer montre très nettement quelles étaient les considérations qui devaient influer sur les choix du gouvernement pour l'emplacement des lycées : « Le citoyen Rœderer a observé que l'on placerait toutes les écoles de droit à côté des tribunaux d'appel et que par suite, il était de l'intérêt du gouvernement d'y placer aussi les licées, afin de n'avoir qu'une seule administration chargée de veiller sur tous les établissements de cette nature, qu'il fallait par conséquent réunir ; il a aussi parlé de l'université qui se trouvait ci-devant placée à Douai ^ », Malgré l'intervention active de Lefebvre-Gayet et surtout de Jacquemont, malgré les démarches de Gezeaux, directeur de l'octroi d'Arras, envoyé à Paris par la municipalité, la ville de Douai, comme il était facile de le prévoir d'après les considérations précédentes, l'emporta ; le lycée de Douai devra être mis en activité le l*"" germinal an XI et le département du Pas-de-Galais n'avoir aucun établissement officiel d'enseignement secondaire.

A défaut de lycée, la municipalité d'Arras voulait installer dans cette ville au moins un collège. Le 11 frimaire an XI, le maire écrivait au préfet que le « vœu très prononcé de tous les pères de famille, celui non moins certain de chacun des membres du conseil municipal est pour l'établissement d'un collège ; ces établissemens communaux sont dans l'intention de la loi ; elle n'a pas voulu les ordonner formellement, mais ils étaient dans le désir du législateur ». Tel n'est pas l'avis du

1. Archives départ, du Pas-de-Calais, série R. 42 pièces relatives au projet de lycée à Arras, an X- an XI.

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Préfet (alors représenté par le conseiller de préfecture Gayant), car, cl la même date, nous trouvons un arrêté préfectoral ainsi conçu : « Le préfet du département du Pas-de-Calais, considérant que la loi du il floréal qui a déterminé les différens degrés d'enseignement, ne fait aucune mention des collèges et n'en autorise pas l'établissement ; qu'elle dispose impérativement que l'instruction secondaire doit être reçue dans les écoles secondaires établies par des communes ou des particuliers et approuvées par le gouvernement ; considérant qu'il résulte du 6'"*' alinéa de l'instruction du conseiller d'Etat du 12 messidor que le gouvernement n'a pas voulu rétablir les anciens collèges, afin de ne pas déti-uire les maisons d'éducation particulières, qui, nées récemment du besoin général, se sont élevées à la demande des pères de famille, sous la direction d'instituteurs avoués par leur confiance; qu'il résulte aussi du 20'"^ alinéa de la même instruction que la faculté laissée aux communes par la seconde disposition de l'art, l*"" de la loi du 11 floréal de faire ce à quoi l'intérêt particulier n'aura pas pourvu, ne doit s'appliquer qu'au cas où nul particulier n'aurait pas formé avec succès une école secondaire;

(( Considérant que l'art, l'"'" et 2""" de l'arrêté du 4 messidor ayant ordonné la formation d'un état des écoles de chaque département susceptibles d'être considérées comme écoles secondaires, cet état a été dressé et envoyé au conseiller d'Etat chargé de l'instruction publique, en exécution de l'article 3 du même arrêté ; que par suite, le gouvernement vient de prendre un arrêté qui établit à Arras deux écoles secondaires, celles des citoyens Bouleau et Deletoile ; qu'aux termes de l'art. 4 du même arrêté du 4 messidor, les écoles comprises dans l'état approuvé parle gouvernement doivent porter seules le titre d'écoles secondaires et être seules admises à participer aux encouragements et récompenses mentionnés en l'art. 7 de la loi du il floréal ; que d'après toutes ces considérations, la demande du maire d'Arras est inadmissible : déclare qu'il

n'y a lieu d'autoriser le conseil municipal d'Arras à délibérer sur l'établissement d'un collège dans cette ville ^ ».

Ces divers documents montrent bien de quelle façon et sous quelle forme le gouvernement consulaire comprenait la réorganisation de l'enseignement secondaire.

Repoussée à cause de la désignation de « collège », la proposition de la ville d'Arras est renouvelée avec la désignation d' «école secondaire ». Le 10 ventôse an XI, le conseil municipal prend une délibération qui tend à ce qu'il soit établi à Arras une école secondaire communale et à ce que la ville obtienne la concession de la maison nationale du Vivier pour y placer cette école. L'instruction serait donnée dans l'école secondaire communale par quatre professeurs de latin, un professeur de belles-lettres latines et françaises et un professeur de mathématiques, logique, physique et chimie ; ces professeurs seraient nommés par le maire et le conseil municipal, leur nomination devant être approuvée par le ministre de l'intérieur; les professeurs de latin recevraient un traitement annuel de 1 .000 fr. ; les deux autres professeurs, un traitement de 1.200 fr. ; au directeur, serait attribué un traitement de 1.800 fr. et aux maîtres d'études une rémunération de 300 fr. Le prix de la pension était fixé à 400 fr. par an (il fut élevé ensuite à 430 fr.) et les externes verseraient une rétribution mensuelle de 4 fr. L'établissement de cette école secondaire est enfin approuvé par le préfet le 1*"' floréal an XI et autorisé par le gouvernement le 19 messidor de la même année. La direction en était confiée à l'abbé Théry, ancien chanoine d'Arras ~. Un arrêté ministériel du 8 prairial an XII nommait les professeurs suivants : Belles-Lettres, Loyal, instituteur ; 1'*' et 2™" classes de latin, Péchena, desservant à Vaulx ; S'"" et 4'"'" classes de latin, Genel, prêtre ; S™" et 6"'" classes de latin, Roche, vicaire de Saint- Joseph, à Arras ;

1. Archives départ, du Pas-de-Calais. Série R. Collèges. Organisation. Collège communal d'Arras, an XI.

2. Ihid. Série R. Ecoles secondaires communales, an Xl-an XII.

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S""" et 4"'" classes de mathématiques, Lamy, professeur de mathématiques ; 5™® et 6'"" classes de mathématiques, Delétoile, professeur à Arras'.

Saint-Omer avait précédé Arras dans cette voie ; l'ancien pensionnat du collègue français avait été érigé en école seA)ndaire le 23 germinal an XI, sous la direction de deux prêtres, l'abbé Lansiarre, chanoine honoraire d'xVrras, et l'abbé Poillion ; le prix de pension y était fixé h 520 livres-.

Des statistiques très détaillées de l'an IX et de l'an X nous permettront de montrer avec beaucoup de précision l'état de l'enseignement secondaire dans le département pendant le Consulat :

An IX. — Boulogne : quatre pensionnats, Liégeard, Voisin, Pichon, où les maîtres font répéter les cours de l'Ecole centrale, et Blériot, où l'on enseigne la lecture, l'écriture, l'arithmétique raisonnée, les principes des langues française et latine ; le nombre total des élèves de ces quatre pensionnats est de 70.

Calais : cette ville possède une école de dessin et de mathématiques, spécialement préparatoire à la navigation, qui compte 25 élèves. Il y a un pensionnat de garçons tenu par Lehodey, avec 30 élèves ; le programme de l'enseignement comporte la lecture, l'écriture, l'arithmétique raisonnée, les principes des langues française, latine et anglaise, la géographie et l'histoire. En outre, la statistique signale deux pensionnats pour les filles, avec 43 élèves, mais l'enseignement ne s'y élève guère au-dessus d'une bonne instruction primaire.

Saint-Omer : neuf pensionnats pour les garçons, dont six seulement donnent réellement l'enseignement secondaire ; pour les filles, vingt et une pensions, qui sont plutôt des écoles primaires particulières, où quelques arts d'agrément sont ajoutés au programme.

Aire : une école salariée par la commune et dirigée par

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