‹ Le Pas-de-Calais de 1800 à 1810; étude sur le système administratif instituéChapitre 89 sur 101 · DlîH.VMECOURT, 0/3. Cit., t. II, p · texte numérisé non relu

DlîH.VMECOURT, 0/3. Cit., t. II, p

d'Erin, Boniface, est contraint de démissionner, k cause des misères que lui font les habitants fidèles aux prêtres réfractaires, Sauvage et Caron ; de même, son successeur Peugniet .

Pendant la durée de l'Assemblée Législative et jusqu'à la journée du 10 août, s'il y eut des violences de part et d'autre, si les esprits se surexcitèrent et si les ennemis de l'Eglise en profitèrent pour engager plus avant dans la voie révolutionnaire les administrations du département, des districts et des communes, le clergé réfractaire ne fut cependant pas encore obligé de se disperser.

Devançant l'Assemblée Législative dans les mesures de répression qui devaient suivre au lendemain du 10 août, l'assemblée administrative du département prenait, dès le 19 du même mois, les résolutions suivantes:

« Considérant que les manœuvres des prêtres insermentés ont exposé l'Etat à des dangers tels que le salut du peuple, cette loi suprême, et la sûreté personnelle de cette classe d'hommes obligent les administrateurs à prendre contre eux des mesures répressives ; après avoir été entendu le procureur général syndic, a été arrêté ce qui suit :

« Art. l*''' : La peine de la réclusion aura lieu contre tout ecclésiastique qui n'a pas prêté ou qui a rétracté le serment décrété le 26 décembre 90, soit qu'il ait été soumis ou non à ce serment.

« Art. 2. Cette peine ne sera prononcée que sur la dénonciation de vingt citoyens d'un même canton, âgés au moins de 21 ans, lesquels affirmeront qu'ils ont la conviction intime qu'il importe à la tranquillité publique que tel ecclésiastique soit reclus.

(( Art. 3. La dénonciation sera faite devant le Conseil ou Directoire du district.

« Art. 4. La maison de réclusion sera la ci-devant abbaye de Saint-Bertin, k Saint-Omer. »

On sait que l'Assemblée Législative aggrava ces mesures puisqu'elle prescrivit que tous les ecclésiastiques assujettis au serment, qui ne l'auraient pas prêté ou l'auraient rétracté, seraient tenus de sortir sous huit jours des limites du district et du département de leur résidence et, dans la quinzaine, du royaume ; ceux qui n'auraient pas obéi à la loi seraient déportés à la Guyane. La loi du 23 avril 1793, plus rigoureuse encore, décréta que tous les ecclésiastiques réguliers, séculiers, frères convers et lais, coupables de ne pas avoir prêté le serment de maintenir la liberté et l'égalité, seraient embarqués et transférés sans délai à la Guyane.

Tandis que les manifestations continuaient dans les campagnes contre les prêtres constitutionnels, les diverses administrations commençaient, à partir de l'année 1793, à appliquer les mesures de rigueur contre les réfractaires, assez mollement d'abord, il faut le reconnaître, puis plus durement, lorsque les représentants en mission eurent destitué certaines assemblées administratives accusées de tiédeur. C'est dans le district de Saint-Pol que l'hostilité à la Constitution civile du clergé se manifestait le plus violemment ; c'est dans ce même district qu'eurent lieu les premières arrestations. Le 6 février 1794, 275 ecclésiastiques de ce district ou y résidant avaient pris le chemin de l'exil. Beaucoup de prêtres des diocèses d'Arras, de Saint-Omer et de Boulogne se réfugièrent dans les Pays-Bas autrichiens, mais les victoires des armées françaises les forcèrent plus tard à fuir jusqu'en Allemagne ou à rejoindre ceux de leurs confrères qui avaient choisi l'Angleterre comme lieu de retraite. Mgr Asselihe était le premier chef spirituel de ces exilés, chef infatigable et très écouté.

En septembre 1792, l'ancienne abbaye du Vivier à Arras, avait été transformée en maison de réclusion pour les prêtres âgés et infirmes qui n'avaient pas prêté le serment et étaient trop faibles pour supporter les fatigues de l'exil ; le collège de l'Oratoire de la même ville reçut, en 1793, la même destination ; puis, l'ancien couvent des Capucins, etc. La place

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manquait pour loger tous les ecclésiastiques qui devaient être reclus.

Lorsque Le Bon, de suppléant à la Convention Nationale y devient député et est envoyé en mission dans le département du Pas-de-Calais, la terreur commence réellement à régner ; l'exil et la réclusion sont des peines trop douces, la guillotine fonctionne en permanence. Les arrestations se succèdent sans relâche et la folle équipée d'Aumerval, connue sous le nom de « Petite Vendée de l'Artois », fournit un facile prétexte aux mesures sanguinaires de Le Bon. Deux des auteurs de l'émeute d'Aumerval, Jacques Bins et Augustin Grimbert, sont exécutés à Saint-Pol; ils inaugurent la funèbre série dans laquelle seront compris tant d'ecclésiastiques. Le premier prêtre, qui porte la tête sur l'échafaud est le chanoine Jean Poulin, du chapitre d'Arras, ancien professeur de l'Université de Reims, accusé d'avoir contrevenu aux lois sur l'émigration. Le 3 octobre 1793, c'est le tour de l'abbé Jean-Pierre Poulteau, ancien vicaire d'Mucqueliers, exécuté à Boulogne. Nous trouvons ensuite parmi les victimes : le chanoine Jean d'Advisard, originaire d'Arras, vicaire général de l'archevêque de Tours ; François de Conzié, frère de l'évêque d'iVrras ; l'abbé Carg, curé de Colline, condamné à mort pour avoir prêché l'indissolubilité du mariage et l'impossibilité spirituelle où étaient les fidèles d'obéir à la loi du divorce ; l'abbé Marchand, attaché à la paroisse Saint-Nicolas-en-1'Atre, jugé, condamné et exécuté en moins de deux heures ; les six chanoines d'Arras, Malbeaux, Boucquel de Lignicourt, De Buissy, Leroux du Châtelet, de France de Vincly et Harduin, accusés d'avoir signé la déclaration du chapitre contre la Constitution civile du clergé ; Jean Diot, curé de Ligny-sur-Conche, ancien député du clergé aux Etats généraux où il avait voté les principales réformes et ancien curé constitutionnel ; Louis François Joseph Ansart, religieux de Saint- Vaast et Charles Michaud, curé constitutionnel de Saint-Bertin, ancien député à l'Assemblée Constituante, auquel Le Bon reprochait d'avoir

prêché contre la descente des cloches. Après un répit déterminé par un vojag-e de Le Bon à Paris, la funèbre série recommence ; Dom Desruelles, sous-prévôt de Saint- Vaast ; le chanoine Roch Legrand, du chapitre de Saint-Barthélémy de Béthune, qui avait adressé une lettre de remerciements au châtelain delà Vaissière, M. de Vieilfort ; Barthélémy Laig-nel, religieux de Saint- Vaast, et son frère Jacques Laignel, abbé de Saint-Eloy ; l'abbé Brasseur, vicaire de Chocques ; Jacques Piedfort, vicaire constitutionnel d'Audincthum, accusé d'avoir falsifié un acte de baptême pour se soustraire à la réquisition ; Pierre-Joseph Peugniet, curé constitutionnel de Vitry ; deux religieuses, Marie-Eugénie et Marie-Joséphine de Nédonchel; quatre sœurs de charité de la maison d'Arras, Marie-Madeleine Fontaine, Marie Lamelle, Thérèse Fontoux et Jeanne Gérard 1; Pierre-Joseph Nonjean, prêtre chantre de l'église Saint-Gerj ; Edouard Gouillard, chanoine d'Aire ; Marie- Dominique Braure, supérieure de la maladreriede Saint-Omer, six récollets, deux carmes déchaussés, trois prêtres séculiers, quatre ursulines et une hospitalière, arrêtés à Ypres et condamnés en bloc, etc.

A Béthune, le conventionnel Duquesnoy, digne rival de Le Bon, faisait arrêter cinquante-sept personnes et les dirigeait sur Arras pour être jugées par le tribunal révolutionnaire.

Le rappel de Le Bon, le 9 thermidor, puis l'arrestation de ce tyran qui, après un procès interminable et une détention de quatorze mois, porta enfin à son tour la tête sur l'échafaud, permirent au département du Pas-de-Calais de retrouver une certaine sécurité. Du 9 thermidor au coup d'Etat du 18 brumaire, ce n'est évidemment pas la liberté religieuse et beaucoup d'ecclésiastiques sont déportés à la Guyane, mais ce n'est plus le régime terroriste comme l'avait compris le sanguinaire proconsul. Les mariages de prêtres, le culte de la Raison, puis le

1. V. sur la mort de ces religieuses les récentes et curieuses brochures de M. l'abbé Misermont, les Sœurs de la charité d'Arras.

culte de l'Etre suprême avaient désorganisé le clergé constitutionnel lui-même. Rien n'était fait pour rétablir le culte. Au lendemain du 9 thermidor, le représentant Berlier, envoyé en mission dans le Pas-de-Calais, dit dans l'une de ses proclamations . « Le règne de la superstition n'est point reproduit par la chute des tyrans ; dénoncez ceux qui voudraient vous agiter sous ce prétexte. La liberté, la justice, la morale, voilà la vraie religion, celle que la raison commande et que l'esprit conçoit sans le secours des hypocrites apôtres qui avaient jusqu'à ces derniers temps rivé les fers de l'humanité. »

La population, en réalité, désirait ardemment la restauration du culte, car, de toutes parts, rentraient des prêtres réfractaires qui parcouraient les communes, célébraient les offices, prêchaient, donnaient les sacrements, etc., et les brigades de gendarmerie, lancées à leur poursuite, rentraient presque toujours les mains vides, ce qui prouve la complicité des populations et des municipalités, et même celle des gendarmes. Le culte caché se pratiquait partout au moment où se produisit le coup d'Etat du 18 brumaire.

Nous pouvons ainsi résumer l'histoire du clergé du département du Pas-de-Calais de 1789 à 1800: la Révolution est mal accueillie par les évêques, dont l'un, Mgr Asseline, est le partisan le plus acharné et le plus irréductible de la résistance à outrance ; cette altitude des évêques contribue notablement à décider la majorité du «lergé à refuser le serment constitutionnel, que prête toutefois une assez forte minorité , les subdivisions nouvelles des paroisses et la diminution de leur nombre sont, parmi les causes les plus sérieuses de l'opposition des populations au clergé constitutionnel, enfin l'odieuse persécution de Le Bon et de ses acolytes grandit aux yeux des fidèles les missionnaires du « culte caché », devenu très actif depuis la fin de l'année 1795 '.

J. Deuamecourt, Le clergé du diocèse d'Ar ras, Boulogne et Sainl-Onier pendant la Révolution, t. 1, 2 et 3.

Après le coup d'État du 18 brumaire, rien n'est changé dans la législation relative à l'Eglise ; ce sont les lois promulguées par la Convention Nationale et le Directoire que les administrations doivent appliquer aux j)rêtres réfractaires ; mais, dans la pratique, on montre plus de bienveillance et d'humanité à l'égard des ecclésiastiques détenus. Un certain nombre sont mis tout de suite en liberté, les autres voient s'adoucir leur captivité ; enfin, le 7 janvier 1800, les portes des prisons sont ouvertes à toutes les victimes de la persécution religieuse. Dans un esprit contraire, le 25 prairial an VIII, l'administration refuse de rendre aux habitants des communes de Gavron-Saint-Martin, d'Arondance, de Planques, de Torcy, de Crécy, de Boulers-les-Nesmond et de Sains-les- Fresvin les églises qui ont été vendues comme biens nationaux i. Un autre arrêté, en date du 19 messidor an VIII, met les cérémonies du culte sous la surveillance des autorités -. « Informé, dit le préfet, que les lois sur la police des cultes ont cessé depuis quelque temps d'être pleinement et généralement exécutées dans ce département ; considérant qu'autant il est dans l'esprit du gouvernement et du dépositaire de son autorité de protéger la liberlé des cultes, autant il est essentiel au bon ordre et à- la tranquillité publique que l'exercice de ces cultes soit strictement renfermé dans les bornes qui lui sont assignées par les lois ; considérant néanmoins qu'il suffira de rappeler aux citoyens les lois qui doivent être la règle de leur conduite en cette matière, arrête la réimpression des articles de loi qui suivent » Et l'arrêté reproduit l'article VII de la loi du 3 ventôse an III, la plupart des

1. Archives départ, lic^. 98 des arrêtés préfectoraux, f" 155.

2, Ihid., llcg. 98 des arrêtés préfectoraux, f" 281.

articles de la loi du 7 vendémiaire an VII, la loi du 22 germinal an IV, etc.

A ce moment les prêtres Denis-Marie-Xavier Deschodt, Ducauroy, Armand-Joseph Henry, le chanoine De Vicques, Fahy, ancien curé de Saint-Pierre, Charles-Ignace Blin, ancien vicaire de W^imille, Dapvril, ex-curé de Bois-Bernard, Etienne Boisleux, vicaire à Quentin, Pierre-Joseph Houriez, curé du Transloy, Joseph Defasque, ex-cordelier, Vaast Galland, ex-curé de Barlin, sont internés à la maison d'arrêt dite des Dominicains ou au Vivier.

Qu'était devenu au milieu de la tourmente le clergé constitutionnel? L'évêque Porion s'était marié; il fut nommé admi nistrateur municipal de Saint- Omer le 12 décembre 1797, mais il donna sa démission le 23 février 1798 et vécut dans l'obscurité jusqu'à sa mort, qui arriva le 20 mars 1830. A la fin de l'année 1795, le clergé constitutionnel avait tenté de se réorganiser : le curé de Lestrem, Warenghem, avait parcouru presque tout le département et était parvenu à réunir à Lestrem un « synode » de douze prêtres représentant quatre-vingt-trois ecclésiastiques du Pas-de-Calais ; ce' synode constitua le « presbytère » du département, dont il nomma président Mathieu Asselin, curé du Saint-Sépulcre de Saint-Omer, et secrétaire le vicaire épiscopal Royer. Le 30 novembre 179G, le « presbytère » adressait au diocèse une instruction pastorale; peu après, Mathieu Asselin était élu évêque constitutionnel du Pas-de-Calais.

Mathieu Asselin, né à Beauvoir, hameau de Bonnières, dans le doyenné d'Auxi-le-Château au diocèse d'Amiens, le 26 octobre 1731, avait été ordonné prêtre à Meaux en 1760 ; il avait pris en Sorbonne les grades de maitre-ès-arts et de bachelier en théologie, avant d'être nommé en 1765 a la cure de Falaise ; lors de la Constitution civile du clergé, il prêta le serment et reçut la cure duSaint-Sépulchre, à Saint- Omer. En 1797, il prit part au concile national organisé par Grégoire et s'eiforça de relever de sa ruine l'église constitu-

tionnelle du Pas-de-Calais ; mais son activité, son zèle apostolique furent impuissants à ranimer cette Eglise expirante ' . Le 20 messidor an X (15 juillet 1801 "l la signature du Concordat mettait fin à la lutte entre prêtres constitutionnels et prêtres réfractaires.

ni

Dans la nouvelle organisation de l'Eglise de France, le département du Pas-de-Calais devait constituer l'évêché d'Arras, suffragant de l'archevêché de Paris. La bulle d'érection est du 10 avril 1802. L'évêque constitutionnel Asselin s'empresse de se soumettre et, le 20 octobre 1802, il adresse au Souverain Pontife, une lettre dans laquelle il déclare que sa foi est celle des apôtres et qu'il veut vivre et mourir dans le sein de l'Eglise catholique, apostolique et romaine et dans la communion du Saint-Siège, centre de la vérité ; en même temps, il envoie sa démission au métropolitain de Rouen. Retiré à Bonnières, sa paroisse natale, il y donne l'exemple « d'une conduite exempte de tous reproches ^ ».

Malheureusement, les évêques réfractaires, Mgr de Conzié et Mgr Asseline, nïmitèrent pas la sage attitude de l'évêque constitutionnel. Ils sont du nombre de ces prélats qui n'hésitent pas à sacrifier leur foi catholique à leurs convictions royalistes; refusant d'obéir à la voix du Souverain Pontife, ils tentent d'entraver en France la pacification religieuse qui n'était possible qu'avec l'application du Concordat. Retiré en Angleterre, Mgr de Conzié signe avec douze autres évêques une lettre au pape pour réclamer une assemblée de tous les évêques de l'Eglise gallicane ; quant à Mgr Asseline, qui vivait en Allemagne, il rédige, selon toute probabilité, ses « Expostulations canoniques et très-respectueuses adressées à Notre

1. DuHAMKCotjRT, Le clcrgé des diocèses d'Arras, Boulogne et Sainl-Omer pendant la Révolution, t. IV, pp. 196-212.

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