‹ Le Pas-de-Calais de 1800 à 1810; étude sur le système administratif instituéChapitre 96 sur 101 · Ibid. Lettre de l'Évêqueau Préfet, l" floréal an XI · texte numérisé non relu

Ibid. Lettre de l'Évêqueau Préfet, l" floréal an XI

qui avaient émigré, Mgr de La Tour d'Auverg-ne, resté courageusement en France pendant la tourmente, nouveau venu dans l'épiscopat, dégagé de toute obligation royaliste, n'en est pas moins favorable, de préférence, aux prêtres qui ont refusé d'adhérer à la Constitution civile du clergé. Au contraire, le préfet Poitevin-Maissemy, voltairien et sceptique, disposé à admirer l'œuvre religieuse de l'Assemblée Constituante, voudrait composer le clergé du nouveau diocèse d'Arras, en grande majorité, avec des prêtres constitutionnels ; l'attitude de l'ancien évêque de Boulogne, Asseline, n'a fait qu'accroître l'hostilité du préfet à l'égard du clergé réfractaire. Nous trouvons à ce sujet une curieuse lettre de Poitevin- Maissemy, écrite en germinal an X, qui signale, avec une réelle violence d'expressions, les menées de Mgr Asseline dans le département et qui mérite d'être reproduite intégralement :

« J'ai l'honneur de vous informer que le ci-devant évêque de Boulogne, Asseline, qui a refusé d'envoyer sa démission à son chef, est un véritable fléau pour l'arrondissement de Boulogne, qui devient de plus en plus redoutable. Il est plus exaspéré et plus fanatique qu'il se soit jamais montré ; il a envoyé des renforts aux agens qu'il entretient dans son ancien diocèse et leur a donné de nouvelles instructions, à l'aide desquelles ils égarent le peuple et cherchent à triompher complètement de sa crédulité. La correspondance avec cet évêque est active au dernier point; beaucoup de prêtres rentrent clandestinement ; les rassemblements nocturnes se multiplient; on porte l'audace jusqu'à les former en plein jour [sic). Le sous-préfet de Boulogne a envoyé récemment de la gendarmerie pour dissiper des réunions de cette espèce qui avoient lieu dans plusieurs communes ; il a reçu des députations, des remontrances, même des protestations et presque des menaces. Il me mande que le mal est à son comble, que bientôt l'on aura plus le moyen d'arrêter le torrent qui menace de tout envahir dans son arrondissement, si l'on n'adopte les

mesures de répression les plus promptes et les plus énergiques. Mais quelles mesures employer? Les menaces les plus atroces empêchent tous les fonctionnaires de s'opposer à ce torrent et de révéler tout ce qui se passe. Je viens d'être informé qu'un prêtre nommé Seghin, échappé de la maison d'arrêt d'Hesdin, est rentré en triomphe dans son arrondissement, qu'il a été accueilli avec des transports de joie ; qu'il y a eu à cette occasion des festins, des Te Deum, des prédications fanatiques et des offrandes à profusion. Les amis du g-ouvernement sont dans la consternation et dans l'effroi; les maires, les juges de paix, les gardes champêtres voient sans cesse une torche incendiaire à leur porte. Ce Seghin et trois autres prêtres, Balin, La Porte et Corne, renforcés par de nouveaux émissaires de l'évêque Asseline, colportent et commentent avec une ferveur qui tient de celle de la Ligue un nouveau mandement de ce prélat^. »

Une telle surexcitation des esprits, du côté des administrés comme du côté des administrateurs, prouvait 'suffisamment la nécessité d'appliquer au plus vite le Concordat et d'organiser le diocèse, pour ramener le calme et mettre fin à des intrigues dangereuses et coupables. Le préfet et l'évêque eurent parfois, l'un et l'autre, le tort de laisser influencer leurs décisions par les passions du dehors ; il en résulta un désaccord qui eut pour conséquence, comme nous l'avons déjà expliqué dans le premier chapitre de cet ouvrage, le déplacement de Poitevin-Maissemy et qui ralentit en même temps la constitution du clergé diocésain.

Dès le 30 floréal an X, les prêtres constitutionnels avaient été invités par une circulaire préfectorale à renoncer k la Constitution civile du clergé et à adhérer aux principes du Concordat. Cette circulaire était ainsi conçue : « Votre attachement au gouvernement républicain, votre soumission constante aux lois, votre conduite morale, en un mot tout ce que

1. Archives départ. Série M. Brouillon de la lettre du préfet Poitevin- Maissemy au ministre de l'intérieur, germinal ai X.

VOUS avez opéré dans l'exercice du ministère, sont autant de garants de celui que vous pouvez faire dans un nouvel ordre de choses qui doit mettre fin à toutes les dissensions religieuses. Mais pour atteindre ce but si désirable, il est important de faire préalablement disjîaraître tout ce qui peut établir une différence dans les principes des ministres du même culte. En conséquence, et pour que rien ne s'oppose à ce que vos vertus, vos talents et votre dévouement puissent êtrepromptement utilisés, je vous invite, citoyen, à déclarer sous le plus bref délai que vous renoncez à la Constitution civile du clergé, que vous adhérez aux principes du Concordat et que vous reconnaissez comme légitime l'évêque envoyé par le gouvernement, institué parle Saint-Siège, nommé parle Premier Consul et reconnu par le Préfet du département ^. »

On remarquera avec quels ménagements le préfet Poitevin- Maissemy s'adressait aux prêtres constitutionnels ; ceux-ci s'empressèrent du reste d'obéir et de faire toutes les déclarations que l'on réclamait d'eux.

Il est très important d'établir la part proportionnelle du clergé réfractaire et du clergé constitutionnel dans la constitution du clergé concordataire. Voyons d'abord quels choix sont faits pour les cures. Commes nous l'avons déjà dit, la ville d'Arras comprend deux cures : la cure d'Arras-Nord et la cure d'Arras-Sud. Pour celle d'Arras-Nord est désigné un prêtre étranger au département, un ami personnel de l'évêque qui l'a amené avec lui comme secrétaire particulier, Louis- François Pelletier, né à Amiens, âgé de 44 ans, ancien vicaire de la paroisse Saint-Leu à Amiens, du reste, réfractaire ; au contraire, la cure d'Arras-Sud est attribuée à un ancien constitutionnel, Jean Charles François 2. Le curé de Bapaume est l'abbé Fauquembergues, déjà curé-doyen de Bapaume avant la Révolution et que M. l'abbé Deramecourt qualifie

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