CONTE DE NOËL
'étais fort pieux, dans mon enfance, gçXI ^À ce qui ne veut pas dire que je sois ^jr^OSJ devenu impie en prenant de l'âge. Les grandes fêtes religieuses, qui éveillent encore en moi une très amicale émotion, me troublaient d'un violent désir de sainteté. Elles constituaient, pour ma conscience, comme des étapes que, d'avance, je me fixais, datant de leur échéance mon renouvellement moral... Aujourd'hui —
pour parler la langue de l'Église — je ne suis pas moins humilié par mes imperfections ; seulement, je n'ai plus la même confiance dans l'effet des résolutions pour modifier soudain ma nature intime. Je me contente d'entretenir de mon mieux ma machine morale, remettant au mystérieux ouvrier qui la fabriqua le soin d'y changer quelque rouage, s'il le juge opportun.
Jusqu'aux environs de ma dixième année, j'habitais avec mes parents une maison de la rue de Ponthieu — aux Champs-Elysées. La maison existe encore. De temps en temps, je me détourne de mon chemin pour saluer sa vieille façade, et la porte par où j'ai fait mes premières sorties, tenant par la main ma mère ou ma bonne; car, dès l'enfance, la main d'une femme nous conduit... Je regarde furtivement la ^our pavée, j'entrevois les fenêtres du rez-dechaussée que nous habitions. Il était agréable, donnant, par son autre façade, sur un jardin où poussaient quelques arbres, mais que limitaient, par malheur, des murs assez hauts... Je me garderais bien de repasser le seuil. J'effaroucherais