CONTE DE PAQUES
ANS ce pays d'Albret, tellement déchiré au XVI® siècle par les guerres de
■ religion, dans ce pays où Montluc a laissé le souvenir de tant de huguenots pendus, les catholiques vivent aujourd'hui en bonne intelligence avec le petit nombre de protestants qui y demeurent encore. Le temple et l'église voisinent sans rancune au milieu des villages ; la
2o6 CONTES DE NOËL ET DE PAQUES
différence des religions n'empêche pas les alliances entre les familles; le prêtre et le pasteur, opposés sur le dogme, s'accordent dans la charité.
Pourtant, au bourg de Candéléou, situé à peu près à mi-chemin dans la région accidentée qui s'étend de Nérac à Vianne, la mésintelligence des deux bergers du Christ — le catholique et le réformé — avait fini, il y a quelques années, par ranimer l'animosité confessionnelle au cœur de leurs ouailles respectives. Le curé, vieillard de soixante ans passés, tranquille jusque-là dans son domaine spirituel, ne pardonnait pas au jeune pasteur, venu un beau jour des rudes Cévennes, où persiste encore le souvenir des dragonnades, une ardeur prédicante inusitée dans nos contrées plus douces... M. Lagarrigue — c'était le nom du pasteur — ne s'était-il pas avisé de faire deux conversions? L'abbé Couloumet avait beau affecter de déclarer que les deux néophytes étaient les deux plus fieffées « pratiques » de la commune, et qu'ils n'avaient abjuré que pour tirer de l'argent à quelques notables protestants, son cœur saignait. Souvent,