‹ Le pas relevé: nouvellesChapitre 20 sur 25 · DEUX BERGERS DRAMES · texte numérisé non relu

DEUX BERGERS DRAMES

— Nilka est trop douce, trop aimable quand je Tinstruis, pour me faire ce chagrin.

A l'aube, le curé, ne pouvant dormir, quitta son lit, et se rendit à l'église, où il pria longtemps. Le bourdon du clocher commençait à tinter, répondant au carillon plus grêle du temple protestant. Après une heure d'humble prière, M. Couloumet se leva, un peu rasséréné, et alla respirer l'air dans son jardin, où les fleurs et les légumes voisinaient. La journée s'annonçait ardente comme en été.

— C'est le saint jour de Pâques, pensa l'abbé. Et il supplia le Seigneur de faire éclater en ce

jour la gloire de son Église.

A ce moment, il vit venir son sacristain.

— Voyez donc ce que j'ai trouvé contre la porte de l'église, monsieur le curé! lui dit cet homme en lui tendant un bouquet de roses rouges.

Le curé reconnut les fleurs aimées de Nilka.

Le bouquet était lié par une mince cordelette noire. En regardant ce lien de plus près, M. Couloumet s'aperçut qu'il était fait de cheveux tressés ensemble.

Un pressentiment lui crispa le cœur.

Quittant brusquement le sacristain, il s'éloigna, courut presque, gagna la maison du maire. Il y trouva tout le monde sur pied. Nilka était absente, personne ne l'avait vue sortir. M. Lebize et ses gens l'appelaient, sans obtenir de réponse...

L'abbé avait à peine appris cet événement que le pasteur Lagarrigue apparut à son tour. Il tenait à la main un bouquet de roses rouges, pareil à celui qu'avait trouvé le sacristain... Dans leur émoi, le curé et le pasteur se parlèrent.

— Vous aussi?... Un bouquet lié avec des cheveux?

— Oui .. sur l'appui de ma fenêtre, ce matin.

— Vous savez que Nilka est partie avec son bébé?,..

— Partie pour tout à fait?

— Sans doute! Elle couchait dans cette grange... Le lit est vide... Elle a dû s'enfuir avant le jour.

— Oh! sans être baptisée?...

— Ni elle, ni son enfant!

— Pour la petite, s'écria la tante du curé qui

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