DE 1865 A
CINQUIÈME PÂRIODK
Don Carlos, Bâcles, G. Verdi, H mai 1867.
Hamiet, S actes, A. Thomas, 9 mai 1868.
Reprise : en 1872.
Centième représentation : 1873.
(n En combinant les sons du saxophone baryton avec ceux du cor anglais, l'auteur d'Hamlet obtient une sonorité nouvelle, étrange et convenant à merveille à des tableaux du monde surnaturel (scène de TEspIanade). » (G. Ch.)
Faust, S actes^ Ch. Gounod, 3 mars 1869.
« Ce bel ouvrage a été composé pour le Théâtre Lyrique, où il fut représenté pour la première fois, le 19 mars 1859. »
Centième représentation : 8 novembre 1871.
Jeanne d'Arc, 8 actes, Mermet, 5 avril 1875.
Le Roi de Lahore, 5 actes, J. Massenet, 27 avril
Le Roi de Lahore clôt la liste des grands ouvrages, opéras en cinq actes, dont nous avons vu le défilé à FOpéra. U est, en même temps, le point final de notre carrière au théâtre, et le point de départ d'une génération qui annonce une nouvelle période.
Ces vingt à vingt-cinq ouvrages se divisent en plusieurs
Ëriodesqui se distinguent chacune par un point culminant. ties embrassent plus ou moins d'années, selon que le prorës accompli dans chacun des espaces de temps désigné ! soutient, dure, jusqu'à ce qu'un nouveau point, k son mr surélevé, se soit fait jour, et que de nouveaux rayoDements s'étendent après lui, pour le faire dispar^tre, ainsi ue le veut la loi commune.
Et, comme l'a très bien dit Halévy, prenant exemple des ânërations antérieures : « C'est le destin des œuvres léâtrales, c'est surtout celui des partitions, de perdre un lur la faveur du public, facilement entraîné vers des émoons nouvelles,
■» La musique est de tous les arts, celui qui vieillit le lus vite; ne s'appuyant pas, comme la poésie, sur la phiisophie de l'observation; n'ayant pas, comme la peinture, a point de comparaison perpétuel avec les phénomènes [térieurs, la musique donne une large part k la mode, à , fantaisie, k la convention ; des mélodies qui faisaient leurer nos pères, nous semblent grotesques, et nous ferions js airs de ballet avec les morceaux les plus pathétiques, ous les cinquante ans au plus, le goût musical se renouîlle; c'est lui qui fait que les reprises de chef-d'œuvre >nt rarement heureuses, si la tradition en est interrompue sndant un quart de siècle seulement... » (T. G.)
Mais ces beaux ouvrages, ces chefa-d'œuvre formant les )mmets des périodes que l'on vient de passer en revue, et ui oSrent entre eux des comparaisons dont nous avons [Qeuré quelques parties, par le rapprochement de certains étails, se succèdent les uns aux autres, conservant des éditions |qui sont la base de leur provenance.
Us vivront plus ou moins de temps par leur puissance, ar leur génie, sans rompre avec ceux qui ont vécu gloeusement avant eux.
D ne semble pas qu'il puisse en être de même avec les ouvres de l'école actuelle. Celles-ci s'éloignent des tradions; les auteurs ont brûlé leurs vaisseaux. Rien ne les
relie au passé. Leur style parait insaisissable ; il se confond dans une sorte de mélopée appropriée à tout sentiment, à toute phrase, à toute scène, de manière à n'en faire qu'une par acte, en attendant qu'il soit possible d'en écrire une pour l'opéra entier.
Les lignes suivantes, écrites il y a un demi-siède, en leur attribuant un sentiment d'actualité on ne nous accusera pas d'exagération dans leur application.
a L'opéra d'aujourd'hui est en quelque sorte une symphonie visible où le sens des harmonies de l'orchestre est traduit par les personnages et les décorations: les voix y font le rôle d'instrument, puisque les paroles qu'elles récitent ne sont presque jamais entendues...
» L'opéra moderne est le drame du son et non de la pensée; les vers n'y servant que de âls de canevas où se brodent les dessins mélodiques. » (T. G.)
Mais si nous remontons le demi-siècle et que nous lui appUquions les paroIes][ci-après qui le concernent : c nous en sommes à la période des complications, et, en cela, nous n'avons fait que suivre la marche ordinaire des choses. » En vérité, cela devient curieux.
Nous lisons, en efiTet: a En art, on ne peut pas rétrograder c'est-à-dire revenir du composé au simple ». (Le môme.)
Nous voilà donc en ce moment au composé.
Mais ne savons-nous pas c qu'on se tromperait beaucoup si l'on croyait que la musique a procédé du simple au composé. C'est le contraire qui est vrai. On ne saurait s'imaginer combien la musique a eu d'efforts à faire pour parvenir à être elle-même, à être conforme à sa vraie destination ». (F. Halévy).
Et bien, puisque sa destination est^ par la marche des choses, le composé (et que nous ne pouvons rétrograder), du composé — disons mieux, si l'on veut — du compUqué, l'école actuelle nous conduit... k quoi?
A ce que MM. Massenet, Saint-Saêns, Reyer, Palfdilhe s'occupent de répondre à cette heure. Une période nouvelle est ouverte, c'est à eux de tracer une voie où les jeunes vont les suivre à leur tour. En attendant que les premiers soient arrivés au faîte du progrès qu'ils sont chaînés d'accomplir, que les nouveaux venus prennent place à leur côté, poursuivant et affermissant leur tendance dans une Foi commune, en attendant qu'il surgisse un ouvrage éclatant, opéra, drame, un monument, enfin, dont les proportions, la grandeur du style, du « faire », l'élévation de pensée, la richesse des détails, toutes conditions remplies par le talent, l'inspiration, le génie ; en attendant que cette nouvelle période ait, à elle aussi, son point culminant, qu'elle soutienne le poids de la comparaison, comme l'ont fait les périodes précédentes, on ne peut être fixé sur la nature du progrès, du genre lui-même, de la forme à venir, ni prévoir si elle se rattachera par un fil quelconque à ses aînées, ou si les tendances allant au delà de toute limite n'y mettront pas obstacle ?
Alors cette musique de l'avenir, tant attendue, si ardemment désirée par la nouvelle école, et qui aura si longtemps été une menace, une épée de Damoclés suspendue sur la tête des opposants, des arriérés, des routiniers, et d'autres noms dont on ne manquera pas de nous appeler, cet avenir sera arrivé à être le présent, lequel vivra seul, sans souvenirs d'autrefois. Car il aura fait feu et flamme pour anéantir tout ce qui se trouvait sur son passage.
A ce présent distancé du nôtre par combien d'années? — on ne peut le dire — quel sera pour lui l'avenir? si le progrès, tel qu'on est convenu de l'appeler, ne bifurque pas un beau jour et ne déraille point de la voie sur laquelle il est lancé à toute vapeur.