CHAPITRE XIII
TEIDAICES lOUVELLES
M. le Directeur des Beaux- Arts (1), dans son discours prononcé à la distribution des prix du Conservatoire de cette année (189!), a exhorté les élèves à écouter leurs professeurs avec une déférence qui ne sera jamais trop docile.
Dans le langage qu'il leur a tenu, nous avons détaché certaines phrases, certains conseils qui se rapportent à Tart musical, nous réservant de les mettre à profit, soit comme citations quand l'occasion se présenterait, soit que leur nature nous fournisse un sujet d'étude.
Ce travail ne pouvait coïncider d'une manière plus op[:iortune qu'en ce moment, où nous nous occupons du « passé à propos du présent ». Aussi ce chapitre aura-t-il pour but de rattacher entre elles les propositions qui traitent de l'art en général, en les appliquant en particulier à l'art de la composition.
et ... La musique et le théâtre, a-t-il dit, traversent une période de transition et de crise : un besoin de nouveauté, c'est-à-dire d'observation plus profonde, de vérité plus exacte et de liberté plus hardie. . . » se fait sentir (?)
« Le désir de la nouveauté est l'aiguillon nécessaire de chaque génération », etc.
Pour ce qui concerne la musique instrumentale :
(1) M. Larroumet.
Depuis que la musique traverse cette période de transition, la symphonie de Beethoven est restée debout sans que le temps Tait marquée; elle a toujours figuré à chacun des concerts des Sociétés symphoniques, à côté de toutes les tentatives que ces Sociétés n*ont cessé de poursuivre, en introduisant sans relâche des fragments d'œuvres modernes des jeunes maîtres de Técole nouvelle, et des « sectaires » du chef suprême des œuvres de Tavenir.
Bien peu d'oeuvres n'ont été abordées entièrement, par la raison toute simple qu'elles appartiennent au théâtre, sauf quelques rares exceptions. — La symphonie est délaissée.
Malgré le désir de la nouveauté que Ton puisse avoir, il est difficile de renchérir sur « un besoin d'observation plus profonde, de vérité plus exacte et de liberté plus hardie », après les symphonies de Beethoven.
Nous avons analysé cette recherche de la nouveauté, faite dans le domaine de la symphonie, par deux maîtres renommés : C. Saint-Saëns et César Franck. Ces deux auteurs n'ont apporté qu'une « liberté plus hardie encore ». Voilà tout.
La symphonie proprement dite, en sa création, en sa nature, en sa constitution, reste l'œuvre du maître des maîtres ! « La symphonie se dresse aujourd'hui devant nous comme une colonne qui indique à l'art une nouvelle période; car avec cette symphonie a été enfantée au monde une œuvre à laquelle l'art d'aucune époque ni d'aucun peuple n'a rien à opposer qui en approche ou qui y ressemble ». R. Wagner le reconnaît hautement.
Mais on peut toutefois exprimer le désir de voir cette tentative, « de la recherche de la nouveauté », se reproduire. «Peut-être que de cette fièvre sortira le calme d'une production riche et durable ».
Quant aux œuvres théâtrales qui se sont produites à la scène depuis plusieurs années, on a pu juger, d'après les chefs-d'œuvres cités comme appartenant à chacune des périodes que nous avons vues se dérouler dans notre voyage musical, des progrès qui se sont accomplis de nouveau.
Chaque génération a donc apporté « un désir de nouveauté, un besoin d'observation, etc. », qui se sont sans cesse renouvelés; ces manifestations ont été plus ou moins heureuses, plus ou moins favorables à Tart, jusqu'à l'heure présente qui, paratt-il, n'est pas sans danger. Car la génération actuelle prétend pousser plus que jamais en avant « son irrésistible besoin de nouveauté ».
On ne voit pas où cela peut s'arrêter.
« n y a des hardiesses qui saisissent et enlèvent à la fois tout le monde. — Voire le crescendo de la symphonie en ut mineur qui souleva le parterre de la Société des concerts. Nous sommes donc de F avis de George Sand, à une considération près, « Pour une innovation, on pardonne dix maladresses ; pour un sentiment individuel, dix rébellions contre la méthode. Tant il est vrai qu'en fait d'art, le moindre éclair de génie, le moindre essor vers de nouvelles conquêtes, exerce sur les hommes plus de fascination que toutes les ressources et toutes les lumières de la science dans les limites du connu » (1).
Il ne s'agit que de s'entendre sur ce que l'on doit considérer comme éclair de génie et comme nouvelles conquêtes.
Mais avant d'examiner cette question et de continuer à envisager l'opéra comme musique de théâtre, nous reviendrons à la symphonie, que nous avons considérés comme musique pure et simple, par l'étude d'une œuvre nouvelle ; la symphonie de César Franck, dont l'analyse fera suite à celle de Saint-Saëns, déjà publiée (2).
(1) Consuelo.
(2) Voir mes mémoires.