X. — Réponses aux Objections opposées à l'arbitrage
international.
Les idées neuves sont d'autant plus combattues qu'elles ébranlent davantage les vieux échafaudages du crime et de la sottise. Or il y a trop de crimes et de sottises dans la guerre pour que des objections furieuses ne s'élèvent pas contre l'organisme simple et puissant qui va bientôt la remplacer.
Fidèles à notre méthode d'impartialité dialectique, nous exposerons ces arguments adverses, en leur donnant toute leur force ; puis nous chercherons à les réfuter.
§ I. — Objection du fait accompli et de la légitime
défense.
On dit : « L'arbitrage international ne peut protéger contre une agression soudaine et injuste. Sans déclaration de guerre, la guerre peut être portée au cœur même d'un pays. Et, comme il nefautque deux ou trois jours pour mobiliser 500.000 hommes et une escadre de 50 cuirassés, si le peuple envahi, au lieu de se défendre, implore un arbitrage, ce sera trop tard. Au moment où les juges se réuniront à La Haye, c'est-à-dire au plus tôt deux ou trois jours après les premières hostilités, la flotte sera détruite, cinq ou six grandes villes occupées, plusieurs provinces dévastées et conquises, la capitale menacée. Alors, à quoi bon cette comédie juridique? Les diplomates se trouveront en présence du fait accompli, c'est-à-dire de la conquête, de l'envahissement, de la spoliation. Quarante juges autour d'un tapis vert pour s'opposer à cinq cent mille baïonnettes! On ne peut donc se fier au régime de l'arbitrage ; d'abord, parce que toutes les nations ne l'ont pas encore accepté, même en principe; et ensuite, parce que, même si elles l'avaient accepté, elles peuvent, à heure dite, si elles ont la force, user de leur force, et ainsi rendre tout recours juridique, non seulement inefficace, mais ridicule. Il faut reconnaître aux nations le droit de se défendre : car autrement elles sont exposées aux pires périls, à la conquête, au pillage, à l'anéantissement. Or le droit de se défendre, c'est l'ancien régime de la guerre, avec toute sa simplicité, mais aussi sa sécurité. »
J'ai reproduit sans l'affaiblir toute cette argumentation, telle qu'elle nous est présentée par ces esprits