‹ Le passé de la guerre: et l'avenir de la paixChapitre 17 sur 29 · L'OBJECTION DE LA LÉGITIME DÉFENSE · texte numérisé non relu

L'OBJECTION DE LA LÉGITIME DÉFENSE

qui se décernent le beau nom de positifs, et qui se déclarent hostiles aux chimères dangereuses. Si je l'ai fait, c'est parce que très souvent on oppose ces paroles, ou d'autres analogues, au système de l'arbitrage international. Mais j'aurais pu me dispenser de cet exposé ; car tout ce développement sur le droit de légitime défense n'est pas une objection à la théorie de l'arbitrage ; c'est une objection au désarmement. Un pays conquérant peut envahir ex abrupto un autre pays. Le fait est extrêmement rare, mais possible, après tout, et il faut prévoir qu'il est possible. Aussi n'avons-nous jamais prétendu qu'une nation doit désarmer, quand des nations voisines et rivales sont puissamment armées. Loin de là : nous regardons le désarmement unilatéral comme un réel danger pour le pays qui oserait s'y résoudre.

Et, quant à la légitime défense, il'a été dit plus haut que c'est un droit sacré pour une nation. Même nous voudrions qu'en pareil cas il n'y eût plus de droits de la guerre, ni ces distinctions subtiles entre combattants et non combattants. Quand l'étranger a passé en armes la frontière, il faut qu'il soit permis à chaque citoyen du pays envahi, en uniforme ou sans uniforme, de traiter les envahisseurs comme des bandits. Qu'il les massacre sans pitié, partout où il pourra les rencontrer. Vous qui violez la paix et qui venez dévaster notre pays, tout est soldat pour vous combattre! Et vous n'avez rien à attendre de nous que les pires représailles.

Pas de merci pour l'envahisseur. Qu'il sache qu'une guerre sauvage s'apprête contre lui. Les conquérants n'auront plus, dans leurs proclamations, à développer cette ridicule fiction qu'ils font la guerre à l'armée d'un pays, non au pays lui-même. Le pays est attaqué, et le pays va se défendre, comme il pourra, per fas et nef as, par l'empoisonnement des sources et la mutilation des pri-

sonnicrs. De sorte qu'au lieu de nier le droit de légitime défense, les partisans de l'arbitrage international l'exaltent, le considèrent comme sacré, et voudraient lui donner une telle extension qu'il n'y aurait plus de sécurité sur le sol envahi pour un seul des envahisseurs.

Soit, dira-t-on. Mais que devient l'arbitrage en pareil cas?

En pareil cas, évidemment, l'arbitrage est une pauvre ressource. Mais ce n'est pas une objection!

En effet, quelle que soit l'excellence d'une loi, nous ne pouvons, malgré tout notre optinisme, déclarer qu'il ne se produira jamais de violations de la loi : il serait prodigieusement absurde de déclarer qu'une loi est inutile, parce qu'elle ne restera pas toujours inviolée.

Nos lois garantissent nos propriétés et nos existences. Pourtant je viens de voir, dans le journal de ce matin, qu'une bande d'Âpaches a pénétré dans une maison , qu'on a pillé les meubles, brisé la caisse, emporté les valeurs et les bijoux, non sans avoir auparavant assassiné le propriétaire. S'ensuit-il qu'il faut rayer du Code les lois qui punissent le brigandage et l'assassinat? Parce que dans une immense ville on ne peut empêcher quelques sinistres gredinsde faire un mauvais coup, faut-ii supprimer la police et les lois?

Môme si l'anarchie européenne actuelle venait à être remplacée par un régime juridique, il est possible qu'il se produise encore des actes de piraterie.

Faire une loi contre le crime, ce n'est pas empêcher définitivement tout crime.

Reste à savoir si cette violation de la loi internationale est vraisemblable.

Comparons l'attentat commis par un gouvernement et le crime commis par des bandits. L'un est très facile; et l'autre, hérissé de difficultés. D'un côté, cinq

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