LES ASSOCIATIONS FÉDÉRALES
Pour la Grande-Bretagne, il y a tant d'autonomie aux colonies, qu'elles constituent presque des Etats totalement indépendants. Le Canada, les États du Gap, T Australie, l'Inde constituent de vastes provinces qui s'administrent à peu près toutes seules. Le lien fédéral est très lâche. Elles ont leurs budgets, leurs lois, leurs armées, leurs armoiries, leurs postes, leurs douanes, leurs Parlements; elles nomment leurs administrateurs, et ne sont rattachées à la métropole que par quelques impôts, quelques lois communes, la reconnaissance de la royauté anglaise, etdu gouvernement central qui les représente à l'étranger et qui nomme le vice-roi ou gouverneur.
L'Empire d'Allemagne est une fédération d'un autre genre. Elle comprend 26 États qui ont chacun leur gouvernement et leur Parlement. Le lien est plus étroit qu'entre les colonies anglaises et la métropole, car beaucoup de lois sont communes ; l'armée est commune, à peu de chose près ; les postes, les douanes sont communes aussi, et un Parlement central (Reichstag) dirige les affaires de l'Empire.
L'Autriche-Hongrie est aussi une fédération, puisqu'elle est formée essentiellement de deux États, avec armée, postes, Parlement, armoiries et douanes distinctes : l'Autriche et la Hongrie. Le lien qui réunit ces deux États est très faible : c'est seulement la personne de l'Empereur et l'unité de la représentation diplomatique. Chacun de ces deux États est lui-même une réunion, à lien fédéral extrêmement étroit, de nationalités très diverses, n'ayant d'ailleurs, malgré leurs aspirations, qu'une très faible autonomie.
Mais les seuls États auxquels on donne le nom d'États fédérés, ce sont les Etats-Unis d'Amérique et la Suisse. Dans ces deux Républiques, l'autonomie des États est très grande, et le lien fédéral est cependant
assez puissant. Dune part les postes, les douanes, les armoiries, sont les mêmes : il y a une armée centralisée, un budget, un pouvoir exécutif et un pouvoir législatif central. Les deux Républiques forment donc en réalité une véritable nation avec une représentation diplomatique unique. Cependant les Etats fédérés ont une extrême indépendance. La législation n'est pas la même (il y a quelques années la polygamie était autorisé dans certains États de l'Amérique). En Suisse chaque canton a son armée indépendante, avec ses Universités. La plus grande part des impôts- est votée par l'État fédéré, et non par le pouvoir central; et naturellement les dépenses sont ordonnancées par lui. La fonction du pouvoir central n'est, dans nombre de cas, qu'un contrôle. Il s'ensuit que le Conseil fédéral, en Suisse, et le Sénat en Amérique, n'ont que des sessions parlementaires rares, courtes, et parfois sans grande importance. Ces assemblées sont cependant très puissantes, parce que le pouvoir exécutif dépend d'elles.
On peut concevoir encore d'autres types de fédération, dans lesquels le lien fédéral sera plus relâché encore, et où il n'y aura presque rien de commun, sinon un Parlement central, ayant pour mission de formuler des propositions communes, d'intérêt général.
Mais l'unité politique sera réalisée; car la convocation annuelle, pour quelques jours ou quelques semaines, d'un Parlement central, avec le lien de quelques institutions générales, va créer cette unité même. Et l'indépendance des Etats constituants, à part l'institution du Parlement central, sera tout aussi grande que par le passé.
Je vais maintenant essayer de prouver que la fédération — ou du moins certaine forme de fédération —
peut réaliser ce merveilleux idéal social : l'indépendance dans l'unité.